ayamun

CyberRevue de littérature berbère

ⴰⵢⴰⵎⵓⵏ, ⵛⵢⴱⴻⵔ-ⵔⴰⵙⵖⵓⵏⵜ ⵜⵙⴻⴽⵍⴰ ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ

 

24 ème année

 Numéro 138 juillet 2025

 

Email :  ayamun@hotmail.com

 

           

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Tidlisin nniḍen : http://www.ayamun.com/telechargement.htm

 

Inasiwen (claviers) :  

 1_ Anasiw azegrar :

Clavier complet, deg-s ţ,Ţ, v, o, p ; deg-s taggaɣt (, ġ, k̇, )

2_ Anasiw_n_mass_Sliman_Amiri :

clavier complet, deg-s ţ,Ţ, v, o, p

 

 

   

Prénoms algériens authentiques (mis à jour et augmenté)

 

Sommaire :

 

1°) Texte en prose : Hiver brûlant (Tagrest,urɣu), roman de Σmer Mezdad, éd. ayamun,2000 

Extrait d’une traduction en cours

par M. B, pages 1 à 24

 

2°) Chroniques_Timkudin : Snat temkudin sɣur Lmulud Sellam

 

3°) Etude  : Témoignages de la "longue marche" hilalienne, par Claude H.BRETEAU, Micheline GALLEY, Arlette ROTH

 In ACTES DU DEUXIEME CONGRES INTERNATIONAL D’ETUDE DES CULTURES DE LA MEDITERRANEE OCCIDENTALE.TOME II

 pages 329 à 341

 

4°) Un article : Uqbel ad teɣreḍ ayen yellan akkin i umnaṛ, Sɣur Mohand Aklis, FB  17juillet 2025

 

 

5°) Un autre article : Sul  i d-neffiɣ si «la régression féconde », mi fkan afus kra n ‘imussnawen !

sɣur Aumer U Lamara, Le Matin d’Algérie 07/05/2025

 

 

6°) Tidlisin nniḍen, en PDF :

 

Tizi_wwuccen_methode_de_langue_berbere_kabyle.pdf

Textes Berbères des Ait Souab (Anti-Atlas, Maroc)_Jean Podeur_1995.pdf

                              

7°) Evocation : TIKASSIḌIN N MUḤEND U YEḤYA, sɣur Mayas Ilyas

 

8°) TIMEZDEYT-nneɣ :  Snat temεayin  sɣur Ahmed Ait-Bachir

 

9°) Le poème : Sin ‘isefra i s-yesuɣel Ziri At-Mεmmer : 1) Tilelli    2) Qebbaḍ lerwaḥ

 

11°) Toutes  les rubriques :

 

  

 

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 Numéro 138 juillet 2025

 

Le texte en prose :

 

Hiver brûlant (Tagrest,urɣu)

 

roman de Σmer Mezdad, éd. ayamun,2000 

Extrait d’une traduction en cours

par M. B

pages 1 à 24

 

 

I - SALEM

 

 

A cette étape de l’interminable marche, c’est une tempête de neige qui les accueille : blanche et froide bienvenue sur les terres suspendues des Aït Yedjer. Les cristaux timides et épars qui voltigeaient jusque-là s’enhardissent maintenant en flocons, larges à rappeler des pans de burnous, comme aime à les décrire l’exagération des comparaisons  montagnardes. A mesure qu’ils gagnent en altitude, terre et broussailles disparaissent sous l’immaculé manteau.

       La fatigue, s’imposant en crampes et  courbatures, pèse sur leur progression. Les pieds sont gourds, lourds comme  lestés d’invisibles boulets de plomb. Parfois, certains patinent avant de vaincre l’inertie qui les fige, d’autres voient leurs efforts neutralisés par de décourageants pas en arrière. Ne sont-ce la boue et la neige qui épaississent leurs semelles et, en débordant,  évasent le contour de leurs chaussures, ils attribueraient  leur  lenteur à quelque frein sournois du cœur qui se morfond ou de la peur qui leur mine les entrailles.

      Une avance appréciable détache le chef du reste de la procession. Derrière lui ses hommes peinent. Un chapelet de fourmis aux mandibules chargées de graines et défiant la raideur d’un talus. Sauf qu’à la différence d’une colonie de ces noires bestioles, leur petite colonne à eux n’en finit pas de blanchir sous les flocons laineux, et leurs épaules ploient sous des charges d’acier plutôt que sous des sacs de blés.

 Dos meurtris, cœurs lourds, les pieds luttant contre  les caprices des sentiers et la neige. La peur aussi, malgré  leur courage. C’est qu’ils  ne sont ni d’acier ni des adeptes de l’advienne que pourra. Dans leurs  veines coule un autre  sang que celui dont l’écume autorise toutes les audaces. Rien à voir avec ces héros de légende sortis droit de l’imagination féconde des aèdes ; ceux-là seuls peuvent se targuer d’une échine qui ne peut tressaillir et d’une mâchoire qui ne sait frémir, les jambes toujours droites et alertes, prêtes à casser plutôt qu’à subir l’affront de la moindre courbette.

 

     De chair et de sang, l’homme, aussi courageux soit-il, connaît la peur. Il arrive qu’elle fonde sur lui telle un rapace pour le couvrir de toute l’envergure de ses ailes sombres, de le maintenir otage de  sa chape d’angoisse qui lamine la poitrine ou de l’emplir d’un épais brouillard jusqu’à lui troubler la vue. Quand elle le surprend, elle lui foudroie le cœur ; ses jambes la reçoivent comme une décharge, ses mâchoires telle une onde de choc. Et sur un front de guerre, le preux a beau être preux, son cœur reste accessible à la hantise de l’amertume embusquée, de l’imminence du face-à-face avec la mort et, bien des fois, du regret d’un retour  toujours compromis. Sauf que, du fait de son courage, la conscience  du risque ne fait pas obstacle à sa course. Pour l’honneur d’être né Homme, il s’exerce à rester le maître de ses appréhensions chaque fois que sa lucidité lui brandit la menace des  dangers à venir. Ainsi Salem, le chef du groupe. Il lui arrive de croiser la peur. Son mérite est de savoir l’apprivoiser en feignant d’ignorer l’affreuse morsure de ses tenailles.

      Salem n’est pas non plus un suicidaire ni un s’en va-t-en-guerre. Il aurait eu le choix qu’il aurait opté les yeux fermés pour une  vie  paisible ; lisse et sans aspérités. Il n’est pas insensible à ses  bienfaits et à sa valeur à disqualifier tout étalon. Qui peut cracher sur une vie douillette ? Qui refuserait de traverser l’existence sur un chemin rectiligne et serein, sans épines ni avatars ? Qui voudrait tourner le dos aux délices et à la fortune ?  « Hormis le  macaque de nos forêts, nul ne fuit un plat de couscous garni »,  disait la dérision des anciens. Ainsi s’interroge-t-il pendant que  sa silhouette  hante maquis et montagnes, loin des siens, à des lustres des paisibles conversations familiales qui l’emplissaient d’un bonheur qui frisait l’extase. A ne considérer que l’insatiable ego, contre tout l’or du monde il n’aurait échangé cette chaleur exquise d’un âtre flamboyant, géniteurs et progéniture à portée de main, le temps s’égrenant comme un fleuve tranquille.

 

En optant pour cette voie, la page qu’il avait tournée couvre désormais ceux qui lui sont chers, comme ensevelis dans un temps si proche mais révolu. Eux aussi ont sans doute appris à vivre sans lui. Le cours  de l’existence charrie peut-être leurs rêves  dans le sens d’un courant qui n’est pas  celui qui l’avait emporté. Dans le meilleur des cas, sa femme et ses enfants l’enfouiraient  en un coin de leur être, simple image dans la mémoire, s’estompant à mesure que s’épaissit le brouillard du temps, ne lui concédant que l’ultime avantage que son souvenir ne soit pas terni. Il sait qu’il les a privés de tout, y compris de son ombre qui leur incarnait l’espoir rien qu’en emplissant l’embrasure de la porte. Souvent, il se retrouve aux prises avec la culpabilité de les avoir abandonnés, aujourd’hui livrés à la précarité et  la misère, demain peut-être aux larmes amères que ferait couler sa mort.  Les jours de grand gel comme aujourd’hui, les émotions négatives le harcèlent davantage à l’idée qu’ils aient faim et froid.  Quelle âme  généreuse  daignerait   leur faire don d’une galette ou d’un fagot de bois ? Ils n’ont que lui, mais lui se retrouve  entre plaines et montagnes, à cheval sur  la vie et la mort. Ses pieds exécutent la marche lorsque son cœur se morfond dans l’ignorance de l’instant où le fil de son existence céderait. Il a certes tout accepté,  et en connaissance de cause. Mais la dure carapace qu’il exhibe au clair cache un cœur meurtri. Une voix profonde le sermonne de l’intérieur chaque fois qu’il consent à l’écouter : « Quel genre d’homme tu es pour accepter l’inacceptable et te perdre dans les méandres d’une situation qui t’échappe ? Tu as longtemps nourri l’espoir d’une vie sereine, et te voilà séparé de la chair de ta chair, saignant de l’absence des rires et des paroles aimés. »

Paradoxalement, la vrille de la culpabilité qui lui laboure l’esprit finit à chaque fois par aiguiser sa détermination. Elle l’exhorte à transgresser ses limites pour aller chercher les arguments susceptibles de la faire taire ; un exercice d’où sa conviction   revient toujours renforcée. La Cause est noble mais encore fragile. Son appel se perdrait dans la cacophonie des égoïsmes paternels s’ils se mettaient tous à parler. Et pour sa part, il y a bien longtemps qu’il s’était assuré que  son amour et sa tendresse ne  seraient que  lâches et fades sentiments s’il les dispensait  aux siens sous le joug de l’humiliation.

 

Maintenant la plaine n’est plus visible derrière eux. Les montagnes succèdent aux collines devant la dizaine d’hommes qui les bravent tels des Sisyphe pour qui des charges d’acier ont remplacé la pierre de la légende. A ce stade, les signes de fatigue éclatent les uns après les autres,  la majorité du groupe s’arc-boute pour supporter le poids des ballots. Mine de rien, cela fait une semaine qu’ils marchent, depuis l’extrême est du pays où ils avaient rencontré  Ceux  des frontières  et récupéré leur quota d’armes et de munitions. Tout au long du chemin de retour, ils ne cessent de régler rythme et itinéraire  aux humeurs du ciel. Les nuages rares et effilochés  des jours d’avant les avaient contraints à marcher la nuit tant ils ne pouvaient espérer un camouflage  naturel  le jour.  Signe que la mèche est vendue, les mouchards au-dessus de leurs têtes s’enragent à les repérer. Une aubaine donc qu’aujourd’hui le brouillard et les nuages bas s’interposent entre eux et l’œil perçant des maudits avions. Ils se fient à ce bouclier céleste non sans nourrir une réelle inquiétude tant est inestimable l’enjeu de cette mission.

Pour ses compagnons Salem est un homme âgé, lui qui n’a même pas bouclé ses trente cinq ans. Relativité oblige, il est le doyen de ses protégés dont la majorité est  imberbe. Certains  d’entre eux ne sont pas encore astreints au jeûne du mois sacré selon les préceptes de la Loi.  À leur âge, les chanceux qui vivent sous des cieux plus cléments sont encore épris des jeux de l’adolescence. Peigne en poche, cigarette à la commissure des lèvres, nageant dans la joie et l’insouciance. Mais les destinées sont capricieuses. Celle de ces jeunes combattants n’a prévu pour eux ni peigne pour cheveux gominés ni jeux de l’innocence. Elle les a projetés dans les maquis, traversant des montagnes inhospitalières, bien des fois, comme aujourd’hui, sous un ciel crachant la neige ou infesté d’engins volants, prêts à déverser leur plomb sur les buissons ou à les arroser de leur napalm dévastateur.

       

C’est donc plus par considération à son âge qu’à son rang de chef que Salem a été exempt dès le départ de porter quoi que ce fût hormis ses objets personnels. En quittant la frontière, l’un de ses compagnons, un jeune garçon originaire d’un village du littoral, avait insisté pour qu’il en fût ainsi :

«  Nous répartirons ton lot entre nous, avait-il décrété, notre jeunesse devra servir à quelque chose ». Il avait peut-être deviné que Salem observait le carême.

Ainsi allégé, le chef est tout à son rôle de mener à bon port les hommes et leurs charges. Il n’est pas sans savoir que de toutes les missions, celle d’approvisionner les maquis en armes et munitions reste des plus exigeantes. L’itinéraire se rallonge  des détours sûrs pour se dérober au regard étranger, amical ou hostile fût-il. Quand de surcroît les missionnaires ont conscience que la mèche est vendue ainsi qu’il en est à présent, ils savent que la moindre imprudence les perdrait. Ils s’imposent alors les itinéraires les plus ardus et improvisent les leurres les plus subtils. Les sentiers  oublient très vite leur trace et, selon l’altitude, oliviers, pins ou cèdres offrent gracieusement la protection de leur feuillage. Le corps  consent à n’être que silhouette furtive : Le vent absorbe ses moindres bruissements et le brouillard son ombre traîtresse. Rien n’est de trop pour  déjouer les pièges de l’ennemi. Lui ne lésine pas sur les moyens autant qu’il ne manque  d’imagination. L’enjeu de l’opération exacerbe sa férocité, et ses mouchards tourmentent de plus en plus  le ciel et la terre. Par leur obstination, ils rappellent parfois à Salem les petits papillons de nuit autour d’une literie. Mais si ces insectes ailés sont la réincarnation des âmes des chers disparus en quête des odeurs familières, les avions au dessus de leurs têtes ne sont qu’esprits maléfiques.  Leur bruit n’a rien d’un bourdonnement nostalgique. Plutôt un aboiement nocturne et ininterrompu d’un  chien de ferme ayant flairé au loin l’odeur d’un intrus.

Tout vigilant qu’il est, Salem ne s’empêche pas de s’aménager de temps à autre une brèche pour laisser voguer son esprit au-delà de ce présent fait de froid et de fatigue. Quand il a rejoint les maquisards il avait laissé derrière lui sa femme et ses deux enfants. Un statut certes délicat mais pas au point de l’avoir dissuadé. Dans la symbolique des métaux qu’il connaît bien, cela s’appelle choisir entre le fer de la dignité ou l’argent de la résignation. Il a préféré le fer en dépit de ses devoirs et son attendrissement paternels. Il est des moments où l’homme doit s’élever au dessus de ses instincts. Ce n’est qu’en marchant sur leur poussière qu’il s’élancerait à l’assaut de ce qui le dépasse.

Du nord de la France aux maquis. Sans escale. Pas même une visite éclair aux siens. Il lui fallait dès le départ éviter le piège  des émotions et ne voir sa famille qu’après le fait accompli. Son dénuement  aurait déclenché  fatalement en lui l’inévitable conflit du pour et du contre dont nul n’aurait pu garantir l’issue. En cela, l’expérience de certains parmi ses amis l’avait bien instruit : Ils ont paru sûrs d’eux-mêmes et poussé jusqu'au rendez-vous final qui les aurait conduits aux montagnes, mais ils ont fini par se rétracter le pas fatidique venu. Salem les connaît. Ni lâcheté ni indignité ; à moins de prendre pour telles cette faiblesse de l’amour paternel, qui, comme chacun le sait, est à même de  métamorphoser un lion en agneau. Et ce n’est pas lui qui s’autoriserait cette confusion.  Pour l’avoir éprouvé, il sait de quoi ce sentiment est capable. Les yeux d’un enfant, brillants de peur et de faim, ça terrasse le plus coriace des pères. Cà lui empale l’âme, assèche la bouche et, tel un insecte affolé, dans la poitrine son cœur bat la chamade. Si un père semble ne pas en faire  cas et réussit à rejoindre le maquis, son séjour y serait généralement très court. Au bout d’un mois ou deux, à moins que la nouvelle de sa mobilisation ne soit déjà connue des indicateurs ou   de l’ennemi,  Il finirait le plus souvent par rejoindre  sa famille. Et s’il reste  un fidèle soutien  à la Cause, son séjour dans les montagnes  ne lui serait désormais qu’un éphémère souvenir.

Or donc, pour couper court aux hésitations, Salem opta pour la solution radicale. Ce n’est que bien des jours plus tard, après qu’il se fût assuré de sa totale intégration parmi les combattants et que la nouvelle de son engagement fût connue de tous, qu’il décida de rendre visite aux siens. Juste un court passage à l’aube, car ce genre de visites  n’a jamais été une partie de plaisir ; à commencer par le spectacle choquant de  la misère qui vous accueille en lugubre hôte dès le seuil de la maison. On a beau s’attendre à trouver une situation lamentable, par son ampleur la réalité surprend la prévision. Sans compter  les risques. Salem savait que bien des villages étaient déjà  infiltrés et rien ne pouvait garantir l’immunité du sien. La galle touche un seul figuier et tout  le figueraie est perdu, prévient  la sagesse du terroir.

Ce mal de traîtrise taraude toujours son esprit d’idéaliste. Il reste incrédule devant un choix aussi déshonorant. N’est-ce pas le comble de l’indignité  que d’être les yeux du bourreau ? Pourtant nombreux sont ceux qui ne s’embarrassent d’aucun scrupule pour jeter leurs frères dans les rets de l’ennemi. Le sang mêlé, la religion partagée, la même langue tétée dès les premiers vagissements, rien de tout cela n’empêche  l’accomplissement de leurs sombres desseins de corbeaux maudits. Oublieux de  l’enfance jalonnée des mêmes privations, oublieux de la faim et de la morsure du gel sur leurs orteils nus, ils prêtent leurs yeux à l’agresseur aveugle qui a  humilié le pays.

 

Le  beau-père de Salem a été récemment assassiné en France par une main sœur et musulmane. C’était un vieil homme sur le seuil de la retraite,  simple et d’une générosité sans bornes. Rien ne le prédestinait à une fin aussi tragique. Le jour de sa mort, après les galeries de la mine et une bonne  toilette qui le purifia de leur  charbon, il va s’attabler dans un bistrot. Il n’avait jamais goutté à l’alcool, mais ces endroits offrent  l’occasion d’un échange chaleureux avec les enfants du pays. Rien de mieux pour tordre le cou aux angoisses et au froid de l’exil. De plus c’est un samedi soir. Un rendez-vous privilégié pour confier la rédaction d’une lettre à quelque jeune lettré, sous réserve de courir plus vite que  l’ivresse de ce dernier. Un bienfaiteur aviné, c’est la fidélité des propos qui en serait compromise. Sa plume s’affranchit de l’emprise de l’esprit pour s’en aller tracer des mots inintelligibles et des phrases décousues. Le vieillard avait déjà fait les frais d’une telle mésaventure. La réponse de sa famille, à l’époque, lui avait rapporté les cruels sarcasmes des gens du pays :

 

«  Un homme aussi âgé et connu pour sa sagesse !

- Pourtant il était un fervent croyant. Comment peut-on subir une telle métamorphose à ne plus savoir ce qu’on raconte dans une lettre ?

- Le pauvre, les tares avaient miné sa jeunesse et c’est dans le pêché qu’il égrène ses vieux jours.

- Ne dit-on pas que c’est par les vieux que prolifèrent les scandales !

- Du temps où le monde est monde, à son âge on pensait au pèlerinâge à la Mecque, le voilà qu’il rédige ses lettres dans les vapeurs de son ivresse »

 

La multitude est impitoyable. Amnésique. Irrationnelle. Elle juge raide et sans appel tant qu’éluder la présomption d’innocence arrange ses dérisions. Personne ne s’est rappelé que le vieux n’avait jamais tenu plume. Dans leur raccourci, les villâgeois l’ont accablé tout en disculpant un jeune anonyme, lui-même, il est vrai, victime de l’implacable sentence du chemin de l’enfer pavé de bonnes intentions. Depuis cette mésaventure, le beau-père de Salem s’est inspiré de l’apprentissâge légendaire du chacal qui ne se laisse jamais avoir deux fois. Ses narines en infaillible détecteur, il s’abstenait de confier la rédaction de sa missive au moindre soupçon éveillé par  l’haleine d’un jeune homme sollicité. « Rien ne presse mon fils, nous laisserons la lettre pour une autre fois » se justifiait-il pour couper court à l’atmosphère de gène que suscitait son changement d’avis.

Or donc ce samedi-là, il avait tôt fait de s’assurer les services d’un rédacteur avant que la bière ne s’emparât de sa lucidité. Il était loin de se douter que son terme l’attendait dans ce bar, lui  le fervent croyant, le virtuose incontesté des chants liturgiques.

Assis à la première table, dos tourné au passâge qui prolonge l’entrée, il dicte paisiblement au lettré les paroles à transmettre. Malgré le brouhaha alentour, il baisse la voix  de sorte que le déballâge se limite tout au plus au périmètre de la table. Ceux qui rédigent les lettres jouissent généralement de la même confiance d’ordinaire réservée au médecin ; on s’y confie comme à une tombe. Ils ne sont que plume docile, évacuant les révélations de leur mémoire sitôt couchées sur le papier. Chez tous les émigrés illettrés, ces jeunes volontaires jouissent d’une  considération sans limites pour leur culture du secret. 

 Le bar est comble. Son zinc est pris d’assaut par les piliers de bistrot et les clients de passâge. Epaule contre épaule, leurs bavardâges vont bon train, nourris par l’euphorie du vin et de la bière. Personne ne remarque l’arrivée des deux auteurs du futur carnâge. Après tout, les clients arrivent et partent sans interruption. La mobilité des consommateurs est le propre même de ce genre d’endroit. Sans compter que par leur accoutrement autant que par la couleur de leur peau, les deux intrus ne peuvent être que musulmans ; des têtes noires à l’instar des autres clients. A ce détail près qu’ils n’ont salué personne à leur arrivée. Bien après la tragédie, l’imagination des survivants enfantera moult détails : leurs visâges étaient de pierre, les lèvres pincées de qui n’avait jamais souri et d’autres précisions encore. La vérité est qu’ils se sont faufilés incognito, à pas de loup comme  dans une crédule bergerie. Même au moment d’accomplir leur basse besogne, c’est avec ce geste de qui sortirait son portefeuille qu’ils surprennent tout le monde en exhibant  leurs armes. Les premiers qui les aperçoivent ne paniquent même pas. Le voile de l’alcool aidant, ils pensent d’abord à un simple contrôle de police malgré le physique des inconnus. Une fatale confusion qui allait servir à merveille les tueurs à la solde du Barbu.

Leurs premières rafales ciblent les clients les plus proches de la sortie. Le beau-père de Salem reçoit plusieurs balles presque à bout portant. L’échine criblée, il s’affaisse net sur sa table, sac inerte de figues sèches, sur les lèvres le dernier mot pour une lettre qu’il n’enverra jamais. L’espace  d’un battement de cils, il quitte l’abîme se sa vie pour celui de l’au-delà, dans l’ignorance de son agresseur et du mobile qui a actionné sa main traîtresse. Autour de lui d’autres cadavres gisent dans leur sang,  perdreaux impuissants devant  l’intrusion d’un renard inattendu. Les deux messalistes continuent à tirer sans pitié et sans le moindre égard à la face du Seigneur. Leurs balles assassines moissonnent les ouvriers qui tombent sans geindre ni crier, eux qui ont  pris le pli de se taire, bétail muet dans les pâturâges étrangers.

Etaient-ils pétrifiés par l’effet de surprise ou avaient-ils payé le tribut de leurs querelles intestines ayant fait avorter toute initiative d’union face à l’hydre du Barbu ? En quelques minutes, quarante hommes furent réduits en cadavres, bons à grossir les statistiques macabres. S’ils savaient la haine partout embusquée, ils seraient restés chez eux. Ils seraient au moins morts sur les terres de leur enfance, en proférant la profession de foi et à la lumière du soleil plutôt qu’à celle blafarde d’un bar puant le sang et l’alcool. Ils avaient fui le pays infestés de paras et de goumis pour se précipiter dans les crocs de ces fratricides sans pitié.

En pieux montagnard,  Salem ne peut s’empêcher de mêler le Destin en se rappelant cette affaire. Après tout, on  ne fuit pas la mort écrite. Son heure venue, la matrice maternelle ni le creux d’un roseau ne sauraient cacher l’être. Les cas sont légion de qui sont morts sur-le-champ  en glissant dans leur courette ou en se cognant contre  l’auge de leur étable. D’autres en revanche sont tombés du haut d’un frêne ou d’un peuplier et s’en sont sortis indemnes ; en s’époussetant, ils contemplèrent sidérés la longueur de leur chute, puis reprirent leur travail en louant le Maître des cieux.

  En dépit de sa piété, cette façon de voir laisse Salem perplexe. Le même destin subit par les victimes peut-il innocenter leurs bourreaux ? Les messalistes il ne les avait connus que trop bien durant ses années d’émigré. Diverses circonstances lui avaient dévoilé leur radicalisme verbal, voire plus si non affinités. Des premiers à avoir revendiqué l’indépendance pure et simple du pays, ils passèrent à une opposition frontale à la révolution, apportant ainsi de l’eau au moulin d’un ennemi qui ne demande pas tant que ça. La ligne rouge qu’ils ont franchie et l’horreur qu’ils sèment en massacrant leurs frères le laisse incrédule même s’il n’est pas dupe des caprices de la politique et de ses sables mouvants. Comment peut-on planter ainsi sans remords un pieu dans son propre dos ? L’homme s’avère le pire des caméléons. Un autre visâge, un autre virâge, rien ne lui répugne quand ses instincts éborgnent  sa raison. Haute montagne d‘intrigues et de secrets, tous les sentiers pour l’explorer y sont escarpés. 

  L’évocation des partisans de Messali intègre subitement une vive colère  dans la noria de ses pensées : « Les voilà pyromanes de leur propre maison. Ils  crachent sur la fraternité pour souffler de plus belle sur la véhémence de leur vrai bourreau d’hier et d’aujourd’hui. Cet ennemi qui les a poussés à l’exil, jetés sur le ciment glacé de ses geôles, celui-là même qui les a écrasés jusqu’à en faire des moins que rien. Il doit bien rire de nous maintenant qu’ils ont ouvert la porte à la discorde pour l’introniser souveraine au cœur des familles et des tribus. Le père ne reconnaît plus le fils, les frères dressés les uns contre les autres, plongés dans la plus ténébreuse des myopies. Seigneur tout Puissant, plus d’un a passé au couteau son père ou  frère  dans l’humide chambre de l’exil ! Nous sommes donc à ce point vulnérables et corvéables. Comment s’étonner dès lors que l’envahisseur se soit éternisé sur nos terres ? Qui vengera la procession de ses  victimes, longue comme le siècle et quelques depuis qu’il nous humilie ? »

Mais la neige reprenant de plus belle, après qu’elle ait donné l’illusion de s’estomper, refroidit son ire et le branche derechef sur une légende du terroir en lui rappelant qu’aujourd’hui c’est le fameux Jour du Prêt : « Février débuterait aujourd’hui s’il n’avait jadis prêté un jour à janvier. Son aîné l’avait sollicité pour punir une vieille  d’avoir bien ri de ses trente jours consommés au soleil et sans une goutte de pluie. Sa demande exaucée, le premier mois de l’année déclencha les foudres du ciel contre la vieille et ses chèvres qui périrent gelées.   Lui au moins a le sens de l’honneur et le souci de se venger. Ainsi se justifie le nom du Jour du Prêt autant que la durée de vie des deux mois corrobore bien sa légende. C’est un jour connu pour son humour versatile comme à la fête du chacal : le  soleil n’esquisse un sourire pale que pour passer consignes à une tempête de grêle et de neige. Les choses vont ainsi depuis que le monde est monde. De mémoire d’homme, nous n’avons jamais connu une fin de janvier ou un début février sans neige. Même en France nous l’avons vérifié ».

Quand le présent est hostile, le passé et les légendes réconfortent. Heureux ou malheureux soient les souvenirs, vraisemblables ou loufoques les mythes, Salem y a recours par la pensée pour oublier la fatigue et la rigueur du temps. Cou rentré, tête nichée entre les épaules de sorte à empêcher l’eau de s’infiltrer dans son dos, il continue de marcher en tête du peloton. L’idée d’une halte  pour reprendre leur souffle n’effleure même pas son esprit. Il a beau être de chien, le temps qu’il fait leur est opportun ; il est le gâge même de leur discrétion tant il fait se terrer hommes et bêtes. Pas l’ombre d’un berger, pas un bûcheron. Les rares villâges agrippés à ces hauteurs ne sont que fantômes assoupis sous le silence de la neige. Que demander de plus pour marcher le plus loin possible ?  Il n’y a que les troupes certainement mobilisées à leur trousse pour maudire ce ciel déchaîné.

De temps à autre, il suspend ses rêveries,  l’espace de jeter un œil furtif derrière lui et vérifier que ses hommes tiennent le coup, puis il retrouve son monde intérieur de silencieux invétéré. Salem est ainsi fait. Quand les soucis du présent l’assaillent, il s’engouffre dans  ses rêveries comme pour marquer son territoire. Quelque peu stoïque, il réussit ainsi à contenir les aléas de la vie au-delà d’une ligne infranchissable. S’il les affronterait sans les fuir leur moment venu, il gagne tout de même à ne pas en être tout le temps obsédé.

 Dès son jeune âge ses silences alimentaient la curiosité. Faire réagir une pierre paraissait plus aisé qu’entendre une parole de lui. Dans une société où tout le monde juge tout le monde, on le disait mentalement attardé ; un euphémisme convenable pour signifier idiot ou aliéné. Pendant sa scolarité, le maître d’école lui-même n’allait pas échapper à ce préjugé. Heureusement que petit à petit, il a fini par le comprendre et le prendre en sympathie.

C’était un enseignant français, mais un français pas comme les autres. A commencer par son accent que le r roulé rapprochait fort bien de celui des lettrés autochtones. A part pour la métropole en été, il  ne quittait jamais le villâge le reste de l’année. Même pas pour aller au marché qui faisait pourtant descendre tous les hommes en ville les jours fériés.  

A son arrivée au pays, les villâgeois l’ont accueilli  froidement. Ils l’ont identifié d’abord aux autres étrangers : tous des colons et des envahisseurs. Ainsi leur rapport à lui n’avait pu, au départ, aller plus loin que les salamalecs d’usâge auxquels force la courtoisie. L’expérience des paysans était on ne peut plus très riche : tout ce qui venait d’outre mer ne secrétait qu’amertume ; et qui est mordu par la vipère,   le moindre bout de corde le terroriserait. Cependant les choses avaient évolué très vite. Patient et sincère, le maître est parvenu en un temps record à tisser des liens amicaux et désintéressés avec eux. Ses services allaient bien au-delà de l’instruction de leurs enfants pour laquelle il était nommé. A titre gracieux, il  leur rédigeait volontiers  leur courrier et leur procurait les médicaments des roumis contre les fréquentes fièvres des vieillards et des petits. Expert en divers domaines, les paysans appréciaient plus que tout son savoir infaillible en matière de travaux des champs. Des labours au greffâge, de la fenaison à l’élevâge, qui suivait ses conseils appréciait à juste titre le petit plus auquel quiconque n’aurait  pensé. Il fallait hisser l’ingratitude à son comble pour ne pas admettre son apport à une communauté qui manquait de tout, et les paysans ne sont pas ingrats.  Pour relativiser, ils n’hésitaient pas à comparer ce maître venu d’ailleurs au marabout imam de leur mosquée. Les exigences de ce dernier les inclinaient jusqu’à la servilité. Lui puiser l’eau de la fontaine et couper son bois étaient corvées courantes ; sa part de blé ou de figues sèches et le dixième de toutes les récoltes à l’occasion de l’Achoura prenaient l’allure d’un impôt  obligatoire. Et, tenez-vous bien, l’orge ne pouvait servir pour s’en acquitter,   seules les denrées nobles étaient admises par  son avidité. Devant ses caprices royaux, même les femmes n’étaient pas épargnées. A l’accouchement de l’une des siennes, plusieurs de celles des paysans se retrouvaient réquisitionnées pour un rôle de bonnes à tout faire jusqu’à bien au-delà de la convalescence postnatale.  Snob et gâté, inconditionnel de la devise  soutiens-moi mère que je ne trébuche, sa moue d’éternel insatisfait faisait planer sur tous la menace de faire tomber le ciel, comme s’il ne tenait en place que par sa volonté. Et les naïfs paysans se pliaient  pour, croyaient-ils, se prémunir contre les représailles de sa malédiction sans merci. 

Le maître d’école lui, était d’un autre bois. Jour après jour les gens ont fini par se convaincre de sa naturelle bonté. A l’occasion, ils déclaraient sans complaisance qu’il n’avait rien à voir avec ses prédécesseurs. Certains, parlant de lui, n’hésitaient pas à l’élever, rare privilège pour un étranger, au rang le plus prestigieux de l’échelle des valeurs kabyle   d’un Homme et demi. Il vivait parmi  et comme eux.  Malgré son instruction, il était d’une désarmante humilité et socialement aussi démuni que le commun des autochtones. 

Progressivement, par compassion ou par reconnaissance, les villâgeois commencèrent à le gratifier. Même si une faim ne peut soulâger une autre, à la belle saison les champs permettaient une relative générosité. Ce n’était guère plus qu’un panier de fèves ou  une botte de cardons, mais la sincérité les rehaussait bien au-delà de leur valeur marchande. Les aléas des autres saisons, en revanche, compromettaient tout autre élan, aussi généreux fussent les cœurs. Du commencement des moissons jusqu’à la fin du temps des figues le maître se retrouvait en métropole pour les grandes vacances, quant à la saison froide, son avarice  ne laissait aucune chance pour un geste louable. L’huile d’olives aurait pu sauver l’honneur, mais le hameau est perché au sommet de la montagne, sa flore se résume à quelques bosquets de chaînes, les oliviers étant la chance et la fierté des villâges  en contrebas, sur le flanc du massif.

Pourtant coté classe et élèves, Salem se souvient encore de la fermeté de ce maître singulier. Sa réelle bonhomie avec les parents n’altérait en rien son autorité face à leurs rejetons. Il avait plutôt une main lourde et son mince bâton d’orme savait bien  rappeler aux bonnes manières les mioches qui s’en écartaient. Au bout de la cinquième année, sa présence à l’école donna ses fruits ; Salem, et avec lui plusieurs de ses camarades, passa avec succès l’examen du certificat d’études. Les résultats exceptionnels  rehaussèrent le maître d’un cran dans le cœur de la majorité qui l’admirait, tout en exacerbant la haine de ceux qui souffraient sa popularité. Et, pour son malheur, le tout puissant caïd  Mohand Aberkan était  de ces derniers. Le courrier que l’enseignant rédigeait, les nouvelles des journaux qu’il vulgarisait, sa langue qu’il enseignait et la nôtre qu’il parlait de mieux en mieux, la paranoïa du caïd les voyait en autant de   menaces pour son arrogante autorité. Se prenant pour référence, le propre des gens de pouvoir est de flairer chez tous les autres l’ambition démesurée.  Voyant le reflet de leurs propres calculs dans les yeux du vis-à-vis, ils  soupçonnent chez lui le dessein de vouloir  les détrôner. Pour le caïd, l’enseignant de français était une glume d’avoine qui lui torturait la gorge et il fallait s’en débarrasser à tout prix. Rongé par la jalousie, il le calomnia et mit tout son poids de servile collaborateur pour l’éloigner à jamais. Un matin les gendarmes débarquèrent. Ils perquisitionnèrent l’école et le petit réduit qui lui tenait de logement d’astreinte. Livres, journaux et autres objets personnels du maître furent passés à la loupe et exposés au regard des passants. L’interrogatoire et l’humiliation avaient duré le temps d’un calvaire. D’origine bretonne, et éloigné de France pour ses activités au sein d’un cercle revendicatif de cette identité, le maître était une proie idéale pour satisfaire le caprice d’un caïd dont le poids se mesurait à l’aune   des services rendus. Les gendarmes l’embarquèrent pour une destination à ce jour inconnue, ne laissant dans le ciel du villâge et la mémoire de ses habitants que le souvenir d’un homme pour qui le bien peut  être en soit une finalité. 

Comme un mauvais présâge, le départ du maître breton a été suivi d’un drame qui frappa la famille de Salem de plein fouet. Dans la même semaine, un incendie ravâgea son étable où périrent carbonisés deux vaches avec leurs petits. N’étant qu’à moitié propriétaire des bêtes, le remboursement de l’autre nécessita l’hypothèque d’un champ avec la maison familiale. Si elle le libéra dune partie de la dette, cette option porta aussi à son comble l’humiliation du père. Lui qui gardait  la tête haute dans les assemblées se retrouva à faire profil bas devant ses créanciers et détracteurs réunis. Même ceux qu’il avait plus d’une fois  sauvés de la ruine et la risée coupèrent tous les ponts qui mènent à sa rencontre, le laissant seul sur l’île de sa déchéance inattendue. Ce drame, couplé au départ du maître, sonna le divorce de Salem d’avec son école tant aimée. Son rêve de faire carrière dans l’enseignement pour répandre le savoir et élever le statut social de sa famille  s’évapora dans la fumée de l’incendie. Il avait vécu  cet épisode comme un échec personnel, comme qui, après la traversée d’un désert, s’évanouit devant la margelle du puits dont il avait tant rêvé. Sans bétail, même  l’alternative de devenir berger ne lui serait plus permise. Il n’avait d’issue  que de faire sa valise pour le Nord  et  céder à la mode amère  de ces sombres années.

A son arrivée en terre d’émigration, il découvrit un pays froid et de glace le caractère de ses habitants. Au lieu de lui ouvrir les bras, la France lui présenta béantes ses entrailles. Et ce fut dans la mine qu’il apprit que plus qu’une métaphore de poète, le pain noir existe bel et bien. Près  de vingt ans qu’il le mangera,  sa peau en singulier accompagnement. En hiver, plus long que celui de sa montagne natale,  il oubliait durant de longs mois  la lumière du jour. La mine le happait à l’aurore pour le recracher bien après le crépuscule. Son soleil à lui se couchait à l’aube en rentrant dans ce tombeau à charbon. Mais bien que le monstre aux redoutables coups de grisou lui prenait sa jeunesse, il le rétribuait en monnaie trébuchante et surtout en maturité.  Le corps durcissait, l’esprit se forgeait et, au lieu d’une tare, la naïveté devenait sa principale source de volonté. Le  caractère poussait ses limites et le courâge ses hantises à chaque bilan d’avatars dépassés.  

Huit années bien pleines de mine et d’exil çà fait naître forcément un autre homme, et, pour son premier retour au pays, ce fut un nouveau né de vingt-trois ans qui arriva au villâge avec la brise d’une soirée d’été. Malgré sa jeunesse, le regard qu’il posait déjà sur les choses et les hommes avait le poids de son expérience et ses paroles, rares et mesurées, semblaient tirer de l’or toute leur densité. A la joie de ses parents s’ajouta naturellement la requête attendue. Chacun de son coté, mais en flagrante connivence, le père et la mère insistèrent pour le marier. Pour le convaincre, ils convoquèrent   l’argumentaire classique et usé mais qui parvient  toujours à faire perdre leurs moyens même aux plus entêtés : Les biens hypothéqués pouvaient toujours attendre de meilleurs jours, mais la joie de son mariâge était à profiter ;  n’est-ce pas que la mort est omniprésente et la leur pourrait les surprendre à tout moment, ils partiraient au moins dans la quiétude d’une maison enchantée par les rires et vagissements des petits-enfants tant attendus. Il finit par baisser les bras. Et à peine son consentement balbutié que les choses se sont accélérées. Il s’est avéré que l’heureuse élue était toute prête ; s’il avait oublié le villâge pendant qu’il habitait la mine, le villâge lui ne l’avait jamais oublié. Moins d’un mois après la maison familiale s’est emplie de  convives pour le couscous sacré. Salem s’abandonna à l’ambiance de la fête pour n’avoir pas à penser à ce qu’impliquerait ce changement de statut. Il n’était pas sans savoir que les agapes qui durent sept jours et sept nuits dans les contes de fées réservent soixante dix sept soucis pour l’austère réalité. Sa nuit de noce annonça d’ailleurs  le premier en lui présentant une fille à peine sur le seuil de sa puberté. Les quelques jours qu’il avait passés à ses cotés, une vingtaine au plus, s’écoulèrent presque dans le silence que la différence d’âge avait dressé entre eux. Puis un matin, il la confia à la carotte et le bâton des parents et  s’en retourna à sa mine. La nouvelle d’un garçon mort-né le suivrait par lettre quelques mois après.

A compter de son mariâge, il rentrait une fois tous les deux ans au villâge. A chacune de ses visites, il laissait son empreinte en gestation dans la matrice de l’épouse. Les paysans restés au pays plantaient les arbres fruitiers et lui le fruit de ses ébats dont l’ardeur n’avait d’égal  que la soif d’un sevrâge qui durait deux années. Sept grossesses au total. Sans l’acharnement de la mort, la smala aurait comblé ses vieux parents encore attachés à l’avantâge des grandes tribus. La deuxième naissance apporta un autre garçon qui n’a vécu  que trois mois. Il s’est éteint dans la canicule d’un après-midi de juillet et  le calvaire d’une terrible maladie qui métamorphosa son petit corps en outre tellement il avait enflé. Plus chanceuse au départ, la fille née après lui a pu atteindre quinze mois. Elle marchait et articulait comiquement ses premiers mots à la grande joie de sa grand-mère qui oublia très vite la déception que le sexe de la petite avait suscitée. Mais un jour, une terrible chute stoppa net sa fébrilité juvénile et plongea la maison et le villâge dans l’horreur de la vue de sa cervelle répandue comme beur fondu. Salem se trouvait au villâge lors du tragique accident. À sa femme qui se lamentait en invoquant le Destin comme pour écarter toute négligence, sa réponse fut un insondable silence, suspendu entre la colère et le regret. Puis, le mauvais sort devenu un habitué de la maison, deux autres filles allongèrent par la suite la liste macabre. Un miracle donc que les  derniers, deux merveilleux garçons, soient encore de se monde. Parlant d’eux, les vieilles du hameau reconnaissent que Salem avait suffisamment nourri le cimetière pour qu’il consente bien à lui rejeter ces derniers. Quant aux cinq premiers ainsi que ses parents  qu’il avait  enterrés depuis, jusqu’à ce jour sa femme ne les  oublie jamais. Tous les mois de février, elle se rend chez la voyante qui fait parler les morts pour entendre leurs doléances et pouvoir les apaiser. Pour elle, ce n’est qu’ainsi qu’ils connaîtraient le repos éternel. Elle se conformera à ce rituel jusqu’au jour où elle les rejoindra.

« Ma femme est naïve, se dit Salem. Douter des fables de sa mère ou de sa grand-mère lui parait une hérésie. Mais à quoi bon l’ébranler dans ses croyances tant qu’elles l’aident à traverser une vie qui ne l’a pas gâtée ? Pendant que je me battais contre le charbon sous la terre de France elle enfantait ici, en tirant sur une misérable corde pour mieux supporter  ses contractions ; puis, cette souffrance passée, survenait celle d’enterrer l’enfant source de son amour et cause de toutes ses douleurs ». 

Il jette un regard rapide derrière lui. Tous les hommes sont là même si certains  marquent visiblement le pas. Ils traversent une clairière  où la modeste couche de neige  laisse à nu une  terre gorgée d’eau.  Entre leurs fardeaux et la boue, les hommes qui portaient des pataugas pataugeaient comme des oiseaux pris à la glu.  Pour une fois, ils maudissent leur privilège en enviant  leur légèreté à  leurs camarades chaussés de bottes de caoutchouc. Salem relève, non sans un certain soulâgement,  que Mohand-Ouali et Rabah tiennent bon la cadence. Amis de longue date, à peu près du même âge que lui, ils  sont ses vrais appuis pour réussir l’expédition. Les autres, au nombre de sept, seule cette mission les lui a présentés. Tous des âgents de liaisons, même pas encore initiés au maniement des armes ; mais un besoin pressant en hommes les avait récemment promus aux maquis. C’est précisément à cause de ce point faible que d’avoir Rabah et Mohand-Ouali à ses cotés le tranquillise. Ce qui le tourmente par contre c’est l’absence énigmatique de Ouali. Il a beau tourner la question, il n’arrive pas à se faire une idée précise sur la raison de sa convocation. Ce dont il est sûr à présent, c’est que  le charisme et le courâge de son ami auraient transformé cette mission en une quasi villégiature. Ouali est l’audace faite homme et l’habileté incarnée ; capable, comme aime à répéter Rabah le féru de métaphores, de prendre au piège le souffle même d’une brise ou un rayon de soleil. A bien des égards, il rappelle  ce téméraire de la légende qui a poussé son courâge jusqu’à traire une lionne et rapporter son lait dans une outre en  peau d’un de ses lionceaux et   cousue, comble d’audace, de poils arrachés aux moustaches du roi lion endormi. Quel que soit son interlocuteur, quand le propos porte sur Ouali, Salem n’a qu’une formule à la bouche : « Irgazen am  Ouali ur ggiten ara » (les hommes comme Ouali  ne sont pas légion). Pour la locution "ur ggiten ara ", littéralement " il ny en a pas  assez", Ouali aurait dit dans sa langue si particulière "ur caten ara". Ce qui pour Salem signifie plutôt "ne sont pas brûlés". Cette variance a marqué à jamais un soir des  premiers jours de leur rencontre en terre d’émigration pour avoir installé entre eux un court dialogue de sourds. Distrait ce jour-là par une lecture, Salem, dont c’était le tour de  préparer le dîner, oublia  la marmite  sur le feu jusqu’à ce que l’odeur de  brûlé ait alerté ses narines :

«  Le dîner a brûlé, annonça-t-il timidement à Ouali qui venait de rentrer.

Le propos signifiant pour Ouali plutôt la prodigalité, il répondit naturellement :

- Tant mieux, nous en mangerons aujourd’hui et il en restera pour demain. 

Croyant à un sarcasme, Salem piqua une vive colère. Il précisa son annonce dans le langâge cru de sa jeunesse et le recours involontaire à un mot qui concilie les variantes :

- Tu mangeras la merde, cria-t-il, je te dis que notre dîner est carbonisé. »

Le fou rire d’après quiproquo les avait tellement bercés ce soir-là qu’il compensa les  borborygmes de leurs ventres creux.

Les soucis passent sur Ouali comme pluie sur plumes de canard. Heureux ou malheureux les jours, son visâge garde sa lumière et reste interdit au burin du temps. Il a surtout l’art rare de rester positif et de plaisanter sans faire tort au sérieux de la situation. Salem se souvient des propos qu’il lui avait  tenus juste après son mariâge : « Espèce d’âne sans selle, ainsi tu vas procréer pour grossir les rangs des bêtes de somme à la merci des roumis ! Mais restons positifs et disons, comme nos vieux, que le salut est parfois dans la dégringolade. Maintenant que les enfants seront là, tu finiras par nous rejoindre dans la lutte ; c’est le seul choix honorable pour n’avoir pas sur ta conscience de leur avoir légué ton joug. Eux au moins connaîtront la paix et porteront sans complexe notre nom filial des Imazighen. »

 Imazighen, qui veut dire Hommes Libres, fait partie de son lexique quotidien. Dans les milieux d’émigrés, il en faisait usâge sans qu’il ne lui portât l’ombre d’un préjudice. Mais depuis son entrée au pays les choses se sont  gâtées. Les oreilles de certains  souffrent ce mot comme une détonation. Rien qu’à l’entendre, leurs fronts se plissent, leurs visâges se crispent et, par le nez, leurs haleines ronronnent à évoquer un sanglier blessé. Parfois ils  rotent quelque désagréable réplique, mais elle dépasse rarement l’oreille du voisin tant la présence de Ouali les intimide. Lui est prêt à mourir rien que pour ce mot et la cause qu’il recouvre.

Bien avant le déclenchement de la Guerre de Libération qu’il courait pour obtenir la reconnaissance par ses pairs de cette dimension sans laquelle l’Histoire même d’un peuple est censurée. Mais la Porte Sublime du "Pipiôu "(*) faisait la sourde oreille. Ceux qui rodaient autour de la direction du parti avaient pris le pli d’éluder ce qui dérange. Le chef qu’ils sacralisaient les menait en moutons de Panurge : son aura leur suçait la volonté et ses discours leur stérilisaient les idées. Alors, las des courbettes de cette cour soumise, Ouali et ses amis lui crachèrent un jour leur vérité. Suivi de Mohand-Ouali et Rabah, il quitta la réunion et coupa depuis tous les liens avec le parti.

…………………………………………

(*) Pour PPA (Parti du Peuple Algérien). Ses militants rebelles empruntent par dérision cette prononciation à celle du commun des illettrés.

 

Moins d’un mois après, la police se frottait les mains devant son coup de filet. L’un après l’autre, le lion et ses amis furent appréhendés et le plus chanceux d’entre eux écopa de pas moins de deux années.

Pour qui profitait leur arrestation ? Qui connaissait avec cette déroutante précision leurs mouvements ? Comme il advient toujours après un coup bas, Ouali qui  a su répondre à ces interrogations n’a pas pu établir la preuve de ses déductions.

A sa sortie de prison, il suggérait à qui voulait l’entendre  que le plus redoutable des préjudices ne peut venir que d’un frère, qu’il est toujours à la mesure des amertumes partagées et des espoirs ensemble nourris. Lézardée, sa confiance envers les autres s’est réduite en peau de chagrin. Désormais pour lui, hormis ses compagnons d’infortune, le reste  porte potentiellement le germe de la trahison.

Plus prudent, Salem avait tenté à plusieurs reprises de ramener Ouali à une autre vision des choses. Même s’il est lui-même sensible à cette question de l’identité ancestrale, par empathie il sait qu’elle pouvait être   perçue comme séparatiste, ou du moins affaiblissante, par ceux qui s’y opposaient. Sans parler de la problématique de leadership  qu’elle sous-tend à tort ou à raison. Il craignait pour son ami la férocité des représailles et l’avait mis en garde sans toutefois le convaincre. Ouali restait intraitable. A chaque réunion, son leitmotiv revenait dès sa prise de parole, et l’assistance murmurait son appréhension comme la promesse d’une  imminente punition.

Maintenant, malgré toutes ces années, Ouali est resté égal à lui-même. Lui  ôter cette idée de sa tête reviendrait à le condamner à mort. L’air qu’il respire, sa vue, ses forces et sa volonté se conjuguent à cette question de l’identité millénaire de son peuple. Sans elle, militantisme ne serait qu’un mot creux,  fourré de complaisance et d’hypocrisie. Et Salem ne peut s’empêcher d’envisâger l‘éventualité d’un lien entre cette ligne inflexible et la convocation de son ami au Poste de Commandement de Tifrit la semaine passée. On ne s’y rend jamais pour rien. Quand Ouali lui a fait part de la nouvelle, Salem le supplia de ne pas s’y rendre seul :

«  Nous t’accompagnerons au moins à trois : Rabah, Mohand-Ouali et moi-même, lui proposa-t-il.

-  Tu t’affoles pour rien Salem. Ils n’ont rien à me reprocher et tu le sais. Si vous voulez venir ça ne me dérange pas, sinon saches qu’ils ne peuvent rien contre moi ces chefs à qui j’ai appris la révolution. Bûcheron je le suis plus qu’eux, et comme dit le dicton, c’est du branchâge que j’abandonne que sont faits leurs fagots.

- Tes disciples et  tes recrues seront tes premiers bourreaux Ouali. Leur zèle est à redouter. S’il n’est pas nourri par leur complexe d’infériorité, il le sera bien par  le ressentiment de t’avoir suivi sur le chemin de la lutte. N’oublie pas qu’Ils t’ont suivi par peur et ta liquidation – voire aussi la nôtre -  les en affranchirait. »

Même s’il paraissait sourd à ses conseils, Ouali n’ignore pas le sens de la mesure qui caractérise  Salem. Il sait aussi qu’il ne parle pas pour rien, que chaque parole émise a été tournée sept fois dans sa langue. Il a les sens toujours en éveil et capte ce qui échappe souvent au commun des mortels. Quand Ouali veut tourner à la plaisanterie cette sensibilité qui s’apparente à un don, il lui prédit un avenir de voyant une fois la guerre terminée : 

« Après la guerre, toi tu seras toujours vivant et tu ouvriras un diwan de voyance dans ton villâge. De partout les gens viendront  consulter  le vieux sâge  et devin que tu seras devenu. Même ceux qui seront ce jour-là les maîtres du pays chercheront auprès de toi les meilleures voies pour  gouverner. Si tu ne veux pas mourir ou moisir dans l’ombre, tes conseils devront tenir compte de leurs appétits ; car quiconque voudrait les contredire passera par leurs armes après avoir échappé au feu des roumis. »

 

 

 

Ouali terminait toujours ce sombre tableau dans un éclat de rire et Salem répondait que mieux vaut  se retrouver à six pieds sous terre que d’être le témoin vivant d’une telle perversion.               

 

 

 

 

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 Numéro 138 juillet 2025    

Chroniques –Timkuin :  

 

Snat temkudin sɣur Lmulud Sellam :

 

 

Mouloud Sellam

06-07-2025

 

Eǧǧ amur i wefrux ?

Ce n'est pas vrai du tout ! Si vous voulez avancer, laissez  vos mensonges de côté

Ad d-iniɣ ayen umi d-cfiɣ, walaɣ-t nekk s timmad-iw, ɣas meẓẓiyeɣ, asmi i selleɣ i tagi d-qqaren ɣef yifrax kra n yimɣaren n tallit-nni n settin (1960),  eǧǧ amur i wefrux. Nekk ɣef wakken sekkdeɣ di tmetti taqbaylit, werǧin d-cfiɣ i weqbayli yettxemmim ɣef yiɣersiwen, ala wid yettiḥwiǧ i yixeddim d wid itett i wkerciw-is, wid yettṛebbi deg uxxam. Ula d widak, llan kra ttaǧǧan-ten i cceṛ d ffad d ugeffur d uṣemmiḍ.

Aqbayli n zik yelluẓ, yenḥaf, ula d tarwa-s ur tečči akken ilaq ur teṛwi, lluẓen ddan ḥafi, yettandi i yifṛax, deg uzemmur, ifuk-d imerga d iẓerẓar, ula d tisekrin ur mniɛent. Deg unebdu yettandi i yiwtal di lawan-nni ideg teṣṣuṭuḍ tewtult arraw-is d imectuḥen. Di tefsut d tawaɣit yettṣeggid ula d ifrax yettɛeccicen, yettaker-as timellalin i tsekkurt di lɛecc-is iwakken ad tent-yečč. D ayen walaɣ zik ladɣa deg tudrin-nneɣ, mačči d ḥedd i yi-d-yeḥkan. D ayen i mazal ar kra n yimdanen ar tura.

Ma d wigi yeqqaren ttaǧǧan iɛeqqayen uzemmur deg lecḍuḍ i yifṛax d abeḥri kan i ten-iɛemṛen, skiddiben, ur nudan ur ttnadin deg unnar. Tafellaḥt-nsen d zzux, aqbayli ixeddem aya... iḥemmel aya...efk-asen acuffu uqenduṛ, ur ḥemmlen taqbaylit, ur ttarun s teqbaylit, ur ttnadin ad snernin taqbaylit, yerna ur ssinen i kra, ulamma i lqeḍ uzemmur.

 - Tamezwarut n tmezwura, amessedrar aqbayli yezga yesseḥbibir ɣef tzemrin d tneqlin iɣef yenɛettab kra yekka useggas. Ula di lexṛif, di yal taddart, xeddmen lexṭiyya i win yerẓan "Tamuqint", meḥsub ula deg wayla-k ur tezmireḍ ad d-tekkseḍ tabexsist deg wussan imezwura n tṣenṭit, alamma yecṛeɛ lexṛif, ggtent tbexsisin di tenqelt. Ula d ifrax xeddmen-asen lexyal s iselsa n umdan, iwakken ur d-ttrusun ara ad ččen. Ma di lawan uzemmur, aqbayli d amennuɣ i gettnaɣ d umergu d uẓerẓur, acku ma yeɣfel ciṭuḥ ur d-yettaf ula d aɛeqqa. Cfiɣ amzun d iḍelli deg useggas n 1968, di lawan n lqeḍ uzemmur, dɣa yefka-d ṛebb lxiṛ-is, adfel, ageffur, iwet ur yeɛḍil azal n 7 wussan neɣ ugar. Imdanen kwemnen deg yixxamen, ulac tuffɣa, ulac axeddim. Afrux (Ẓerẓur d umergu) inɣel-d mačči d kra, yečča ayen yellan di lqaɛa yerna ayen yellan ɣef tzemmurt. Ur d-yeǧǧi aɛeqqa ulamma i ddwa.

Dɣa wigi yeqqaren, aqbayli yettɣiḍ-it ufṛux yeskaddeb, tilfi ur s-yettandi tixeftin d tqullaɛin, ur t-yettṣeggid ara s uḥlalas di tegrest neɣ di tefsut. Ulac "interdit" ɣer Uqbayli di ṣṣyada, ulamma di tallit-agi ideg nettidir.

Asmi ara yekfu zzux uqbayli, ad iwali d acu ideg ixuṣṣ, ass-nni ad yennerni, ad yaẓ ar zdat.

Mouloud Sellam

 

 

Aseggas-a diɣen ggten yifrax di lexla

 

Tezwal : "mûre de la ronce" qu' il ne faut pas confondre avec "Les Framboises"  du framboisier.

Mtezwel [1]  = Fauvette melanocephale (Sylvia melanocephala)  qu'il ne faut confondà tête noire" (afrux n wuccen).(La fauvette à tête noire (afrux n wuccen) qui ne doit pas être confondu avec la 

 

Aseggas-a diɣen ggten yifrax di lexla, ula d "Mtezwel", afṛu-nni amecṭuḥ,  bu tqerruyt taberkant kra n cwiṭ. D afṛux iḥemmlen tizwal. (La fauvette à tête noire (afrux n wuccen) qui ne doit pas être confondu avec la fauvette mélanocéphale (Sylvia melanocephala)  afrux n wuccen yezga di lawan-nni n uzemmur, nettaṭṭaf-it-id di tiqullaɛin, asmi yegget umergu d ẓerẓur ).


Tuɣalin n tezwal d yifrax am zik, iwacu !?

1. Aseggas ineṣṣef, aman llan, maca xuṣṣen. 

Ad d-nini igenni yefka-d kra, lqaɛa teswa, imi qrib yal aggur yella ciṭ n ugeffur deg-s, ɣas tagrest ulac deg-s aṣemmiḍ d udfel.

 Aseklu yeswa igerrez, zegzaw yifer, tella lɣella, ma teṭṭef. Wissen d acu ara d-tini tegnawt unebdu ? 

Nezmer ad d-nini yelha useggas, ɣas ur neẓri amek ara yekfu, ma ad tdum akka, neɣ ala ? 

Ma nenna-d ugaren waman, neskaddeb...acku ula d lemwared d inessigen ur llin am akken ten-nwulef deg yiseggasen iɛeddan. Leḥmen, kkawen. Ladɣa deg 2018 akkin. Ula d issafen mačči am zik, neqsen nezzeh.

Maca ma ḥlaw unebdu, terna-d lgerra, ɣas d ibunda imecṭaḥ, ad yemneɛ ugama di tid i t-iḥuzan deg 6 iseggasen-agi yeẓrin. Ma ulac aɣamac qessiḥen, i d-igellun s tmes, ad yeḥlu ula d aɣersiw d ufṛux.

Ayen yessefṛaḥen dakken nezmer ad d-nini lfakya tgerrez ma tkemmel akka. Ula d lexṛif (tibexsisin, tikeṛmusin...) ad yelhu ɣef wakken d-ttbanen isekla-s.

Deg wayen d-yufraren aseggas-a ladɣa ma yella nmuqel aseklu inijel, ad naf iger-d tizwal ayendin, yerna lhant ma yella nquren lɣella useggas-a ar tid yezrin, tid n iseggasen-agi ineggura. 

Qrib 7 iseggasen-aya, ur d-ufiɣ tizwal lhant am akken lhant aseggas-a di temnaṭ-nneɣ yellan di leɛli nnig lebḥaṛ s 700 m (acku di temnaḍin n udrar,  am tudrin "Icellaḍen"  "Alma", ttilint tezwal dinna, ilmend imi ɛlayit nezzeh (900m), llan din waman xiṛ-neɣ. 

Aseggas-a dagi ɣur-neɣ, ufiɣ-d kra n tɛeqqayin  wwant akken iwata, d timenza. D taṣentit n tezwal.

Ahat d lfal n umenzu n lexṛif igerrzen.

2. Aseggas-a diɣen ggten yifrax di lexla, ula d "Mtezwel", afṛux-nni amecṭuḥ,  bu tqerruyt taberkant kra n cwiṭ. D afṛux iḥemmlen tizwal. (La fauvette à tête noire (afrux n wuccen) qui ne doit pas être confondu avec la fauvette mélanocéphale (Sylvia melanocephala).  Afrux n wuccen yezga di lawan-nni n uzemmur, nettaṭṭaf-it-id di tiqullaɛin, asmi yegget umergu d uẓerẓur).

3. Tizwelt tettbeddil ini (nnul) tlata tikkal, segmi ara d-tlal arma tqucc. Tbeddu-d  d tajeǧǧigt tamellalt neɣ tmal kra n cwiṭ ar yini "axuxi" , d tizizwit d kra n ibeɛɛac-nniḍen i tt-yessetmaṛen s tewrent i d-tettawin yid-sen ( la fleur de la ronce est pollinisée par l'intermédiaire d'une abeille ou d'autres insectes pollinisateurs qui transmettent le pollen d'une fleur à une autre ). Tajeǧǧigt-agi taxuxit inijil tettmagga d taɛeqqayt tazegzawt, tettuɣal ar deqqal d tazeggaɣt (melmi tesfeḍ, teṛḍeb kra n cwiṭ), tettfakka tiwwin d taberkant, melmi i d-tewweḍ i wučči.

4. Tizwal ( d asget n " tizwelt " ) , d yiwen wawal i d-yefrurin seg umyag "ziwel " ( neɣ " zwel ") i mazal sseqdacen di kra n temnaḍin n Tmazɣa, d awal yebɣan ad d-yini " ibrik " . 

Deg "At Mengellat " deg wayen d-yenna "Dallet " deg usegzawal-is qqaren  : " ṛuḥen warrac s amerreḥ , zewlen-d am waklan " .

Llan wid yeqqaren diɣen : 

"ad ak-yezziwel ṛebbi ussan-ik "( ad ak-yessebrek ṛebbi ussan-ik ) , neɣ llan wid ara k-yinin : "izewwel uglim-is deg yiṭij " ( meḥsub berrik deg yiṭij ) . 

Awal-agi " zwel "  mazal yella wanda t-qqaren  s unamek " ibrik ".

Lmulud Sellam 

 

 

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 Numéro 138 juillet 2025

 

L’étude :

 

Témoignages de la "longue marche" hilalienne

                                                                                              

 

 

Par Claude H.BRETEAU, Micheline GALLEY, Arlette ROTH

In ACTES DU DEUXIEME CONGRES INTERNATIONAL

D’ETUDE DES CULTURES DE LA MEDITERRNEE OCCIDENTALE.TOME II

 pages 329 à 341

 

Le titre que nous nous sommes plu à choisir, "Témoignages de la ‘longue marche’ hilalienne ‘’, nécessite une mise au point initiale. Pourquoi ‘’longue marche ?  De quels témoignages s'agit-il ?

Parler de "longue marche' à propos de l'expansion de ces Arabes hilaliens, seconde vague de conquérants du Maghreb au Xle siècle, suggère à nos yeux la longueur du parcours (partis d'Arabie, ils devaient finalement, au bout d'un long périple, atteindre les rives de

I ‘Atlantique) et suggère aussi les épreuves rencontrées au cours de ce qui est resté connu dans la légende précisément sous le nom de "marche vers l'ouest" (taġriba). C'est donc là que se situe l'analogie entre l'expansion hilalienne et une "longue marche" autrement célèbre dans I ‘Histoire. Bien entendu, celle-ci s'oppose à celle-là, si l'on songe aux facteurs historiques qui déterminèrent la marche et au destin des hommes en fin de parcours. On peut dire des Hilaliens - quelles que soient les divergences des historiens à propos de l'impact de leur arrivée en Ifriqiya - que les motivations qui leur sont prêtées dans la geste semblent liées aux conditions de leur existence de nomades : ils apparaissent comme poussés toujours plus en avant malgré eux avec femmes, enfants et bétail et, une fois au Maghreb, peu à peu en proie à des scissions internes et à la dispersion de la Tribu.

La "longue marche" hilalienne à laquelle nous allons nous attacher ici - nous qui nous intéressons aux littératures populaires maghrébines - est celle qui se déroule au niveau du discours imaginaire et qui n'a cessé de se propager dans la mémoire des hommes, hilaliens ou non, à travers tout le monde arabo-musulman : la Geste des Banǚ Hilal. C'est, non plus l'Histoire réelle des pérégrinations vécues par une confédération de tribus - histoire ancrée dans l'espace et le temps - mais les histoires et aventures attribuées aux Hilaliens dans la conscience populaire et leur diffusion à travers les siècles jusqu’à aujourd’hui sur une vaste étendue géographique. Ces récits à variations, d'une région à l'autre et d'un groupe ethnique à l'autre, offrent pour une fois, disons-le en passant, la chance pour les chercheurs qui se pencheront sur leur étude de pouvoir être appréhendés dans leurs deux dimensions, historique et géographique. Les "témoignages" que nous nous proposons d'apporter ici, sont des attestations de l'existence de cette tradition littéraire. Ce bilan provisoire rassemble les sources écrites (I-I.à 7.)et orales, classées par pays (II-I, à 6.).


1-Les sources écrites

1.      Ibn Khaldoun

Ibn Khaldoun, dans son Histoire des Berbères, consacre, comme I ‘on sait, une partie importante de son histoire événementielle à l’arrivée des Hilaliens en Ifriqiya trois cents ans plus tôt. S'il nous offre, semble-t-il, une vision "apocalyptique" de l'invasion hilalienne, il est remarquable que, témoin de son temps, il nous livre aussi une image plus nuancée faite d'observations recueillies sur le terrain. Ce qui nous intéresse, c'est qu'il nous livre la représentation que se font, de leur passé, les Hilaliens du Maghreb. Tout en restant sceptique à l'égard de la vérité historique des récits qu'il a entendus de la bouche même de ceux-ci, il s'attarde néanmoins à donner la version, indubitable à leurs yeux, de l'origine de la Marche vers l'ouest entreprise par leurs ancêtres, il s'agit d'un épisode de la geste, soit, en résumé, du départ d'Arabie de la tribu nomade; ce départ qui survient à la suite de dissensions avec l 'allié, le prince étranger Chokr du Hidjaz, exige, pour la cohésion de la tribu, que l'on récupère la femme hilalienne El-Djazia, donnée en mariage à Chokr au cours de l'alliance politique. Nous avons là, à notre connaissance, la première attestation digne de foi d'une tradition littéraire orale hilalienne qui est illustrée ailleurs, dans les Prolégomènes, sous forme de poèmes recueillis par l'auteur lui-même auprès de populations bédouines d'Afrique du Nord. Ces poèmes sont précédés d'une analyse de la poésie bédouine où - fait remarquable pour un savant du XIVe siècle, issu d'une élite citadine - Ibn Khaldoun fait preuve d'une indépendance d'esprit tout à fait "moderne" qui lui permet d'apprécier, à l'encontre de ses contemporains, l'expression dialectale des poèmes bédouins. Le ton est proche du manifeste :

 

"Les savants des derniers siècles et la plupart de ceux qui, de nos jours, cultivent les sciences, et surtout celles qui se rattachent à la langue, méprisent le genre de poésie que ces Arabes ont adopté, et, quand on leur récite de ces pièces, ils les écoutent avec un dédain profond. Ils s'imaginent qu'elles offensent le bon goût, parce qu'elles sont dans une langue abâtardie et que les désinences grammaticales ne s'y emploient pas. Mais ce sentiment n'est provenu chez eux que de l'impuissance où ils se trouvaient d'apprécier le mérite de cette langue : s'ils avaient possédé la même faculté de la comprendre qui existe chez les (Arabes bédouins), ils auraient trouvé dans leur propre goût et dans la disposition naturelle de leur esprit - si, toutefois ils avaient eu le goût sain et le jugement droit - ils y auraient trouvé un fort témoignage en faveur de la capacité que cette langue possède pour exprimer des idées".

 

Ibn Khaldoun était fondé à prendre ce ton polémique contre tous les académismes, quand on sait que copistes et éditeurs ont altéré, justement par ignorance et mépris de la langue dialectale, les poèmes des Prolégomènes, et qu'après eux, les éditeurs et traducteurs, comme M. Quatremère en particulier aux dires de R. Dozy, ont fait de nombreuses erreurs dans la compréhension du texte. En réalité, l'appel d'Ibn Khaldoun a été très peu entendu des orientalistes, bien qu'il fût répété par Dozy et Nöldeke. Plus récemment, à propos de l'étude, malheureusement interrompue, de G. Boris sur la geste tunisienne, W. Marçais rappelle avec force la nécessite pour des arabisants dialectologues de reprendre l'examen de cette poésie dialectale. Si nous-mêmes qui nous intéressons aux littératures populaires maghrébines, avons entrepris l'étude de la geste au sein d'une petite équipe, qu'il nous soit permis de dire que nous le devons essentiellement à David Cohen qui en fut l'initiateur.

 

2. Edward Lame

Nous venons d'évoquer le premier témoignage relatif à l'existence d'une tradition littéraire orale hilalienne au Maghreb au XIVe siècle. Peut-être y a-t-il d'autres témoignages sur la geste chez les auteurs arabes. Nous ne le savons pas, mais parmi les auteurs européens c'est E. Lane qui en 1836 nous révèle la popularité, chez les citadins d’Egypte, de la chanson de geste hilalienne : d’une part, nous dit-il, un grand nombre de fascicules sont imprimés ; d'autre part, une cinquantaine de poètes-musiciens du Caire ont pour seul répertoire l’histoire d’Aboo-Zeyed, héros hilalien. Lane donne un échantillon, extrait d'un livre, qui a trait à la naissance extraordinaire d'Aboo-Zeyd, de père hilalien, l'émir Rizck, et de mère mecquoise. A la suite du vœu imprudent de sa mère, l'enfant est né noir : il est considéré comme bâtard, et sa mère est accusée d'adultère. Ils sont recueillis tous deux par le chef d'un groupe tributaire des Hilaliens (Ez-Zahhlan) : l'enfant, appelé alors Barakat, manifeste des dons hors du commun et se révèle le défenseur de sa tribu d'adoption. L'occasion lui est donnée de venger son père au moment où la tribu dominante hilalienne frappée par la sècheresse vient exiger le secours de la tribu d'Ez-Zahhlan. En effet, sa mère a prétendu que son père (qui n'est autre que l'émir Rizck, mais qu'elle présente comme le frère du chef Ez-Zahhlan) avait été tué par les Hilaliens et plus précisément par Rizck lui-même. Dans ces conditions, la confrontation entre Rizck et Aboo-Zeyd doit permettre au prétendu orphelin de tuer le meurtrier de son père. Sur le point de vaincre Rizck, il en est empêché par sa mère. Elle divulgue aux deux combattants leur véritable lien de parenté. Le noyau familial est restauré.

Lane indique que, selon l'opinion populaire, la geste est fondée sur l'histoire de la tribu hilalienne au milieu du Ille siècle de l'Hégire. Il semble confirmer implicitement que nous avons affaire à une tradition orale. En tout cas, il n'adhère pas à la position apparemment générale en son temps qui ferait remonter la première composition écrite de la geste à une époque proche des évènements, historiques ; cette théorie permet aux lettrés du Caire ayant le souci de l'écrit et de la métrique de déplorer ce qu'ils appellent des altérations de copistes.

Comme Ibn Khaldoun qu'il ne mentionne pas, Lane reconnait trouver du charme à l'audition de ces vers "libres" et à la "manière populaire" de les chanter.

La popularité en Egypte de l'épisode de la naissance d'Abû Zayd qui, nous le verrons plus tard, s'inscrit dans le 1er cycle de la geste, est confirmée au XIXe siècle par d'autres auteurs sur lesquels nous ne nous attarderons pas : A.B. Clot-Bey (1840). A. Salzmann (1855). Laorti Hadji (1857), Ch. Didier (1860). Ces auteurs n'apportent aucun élément nouveau à ce que nous devons à Lane.

 

3. René Basset

En revanche, nous avons, dans un article de René Basset, un témoignage de l’existence d’autre édition égyptienne de la geste en neuf livres totalisant mille cinq cent treize pages (édition de Boulaq, dont une partie, 8e et 9e livres, est datée : 1298 hég.). A propos d'une cantilène saharienne publiée en Algérie en 1884, René Basset cite abondamment l'épisode de la geste qui selon lui correspond à l'édition égyptienne (4e livre de Boulaq).Outre d'autres publications relatives, de près ou de loin, à la geste (Algérie, Egypte, Liban, Soudan) que nous citerons nous-mêmes dans cette présente communication. Basset cite I ‘Histoire des Berbères d'lbn Khaldoun, puisque l'épisode est précisément celui qui s'y trouve résumé. C'est donc, dans un cas comme dans l'autre, le moment ou la tribu hilalienne se met en marche enfants vers l’ouest et fait pression sur l’Hilalienne Djâzyah pour qu’elle abandonne mari et enfants et rejoigne ses frères. Basset s'intéresse, dans l'édition de Boulaq (livres 5,7 et 9 essentiellement) au récit des événements qui se sont déroulés en Ifriqiya, soit dans l’ordre : les combats des Hilaliens avec le chef Zénète appelé Zenáti Khalifah ; le rôle prépondérant en Ifriqiya du héros Dyâb ben Ghânem, l’évocation, en un long poème dramatique, de la dispersion et de la fin d'un monde. Autant du thème que nous allons retrouver dans la geste maghrébine.

Enfin, Basset cite l'existence de manuscrits :

a.       Une édition de Beyrouth en trois volumes répertoriés sous le numéro 22001 à la Bibliothèque Universitaire d'Alger qui, depuis I ‘incendie criminel de 1962, n'a pas été retrouvé

b.      Les manuscrits répertoriés dans le catalogue de W. Pertsch. Ce catalogue mentionne à la fois les manuscrits relatifs à la geste conservés à Gotha (neuf volumes qui constituent, d’après l’auteur, un exemplaire complet du ‘’ roman’’) et fait référence à d'autres catalogues (par exemple celui de Perthes, celui de Wetzstein pour Tübingen de Rich pour le British Museum ( ?), de Nicoll pour Oxford) et à d’autres collections (Milan : Ambrosiana n° 195 ; et surtout Berlin).

4. W. von Ahlwardt

Apres Lane et Basset, c'est à W. vor Ahlwardt" que nous devons un catalogue détaillé de l’ensemble des manuscrits qui constituent le fonds de la Bibliothèque de Berlin (ex. bibliothèque impériale, devenue aujourd'hui Staatsbibliothek). Ce Catalogue révèle l'importance des romans de chevalerie arabes ; Victor Chauvin s'y est référé. Les manuscrits relatifs à la geste hilalienne constituent la "pièce maitresse" de l'ensemble, nous dit Ahlwardt, même s'il donne la préférence aux manuscrits d’Antar, pour des critères de forme et de contenu. En d'autres termes, Ahlwardt semble rallier les tenants d'un académisme qui n'appréhende pas la production populaire en soi, mais en référence, d'une part, à un modèle dit "littéraire" où triompherait l'originalité de la création et, d'autre part, à un modèle de langue "supérieure"" soumis à des règles métriques.

On comprendra aisément que nous ayons eu le souci de découvrir si cette masse de manuscrits de Berlin (en réalité, cent quatre-vingt-neuf) n’avait pas sombré au cours de la seconde guerre mondiale. A. Ayoub dira après nous, lui qui est allé sur place, que nos appréhensions étaient vaines, par bonheur.

5. Martin Hartmann

Un an après la constitution de ce catalogue, M. Hartmann entreprend l'étude d'une édition de Beyrouth qu'il considère comme la plus complète et la plus apte a fournir un cadre général à la geste: il compare systématiquement les livres de son édition de base (Beyrouth) avec, essentiellement, les manuscrits de Berlin (catalogue d'Ahlwardt), ainsi qu'avec d'autres éditions (trois libanaises, quatre égyptiennes) figurant dans divers catalogues allemands et autres.

L'édition de Beyrouth sur laquelle se fonde Hartmann se répartit en trois cycles, soit :

a.       I ‘histoire des Banú Hilal au pays Bilâd as-sarw wa ɛubâda, en huit livres

b.       leur migration (rihla) vers le Nejd, en quatre livres,

c.   leur marche vers l'ouest (tagriba) vers L’Ifriqiya, en dix-sept livres.

Ce schéma ne rend pas compte d'épisodes très divers qui jalonnent la sîra, le "roman" des Banú Hilâl. Ainsi est-il question, dans le premier cycle, par exemple successivement : des Rûm, des Francs et des bateaux chrétiens, du pèlerinage à Jérusalem et des adorateurs du feu, du Yémen et des Indes ; dans le troisième cycle, centré sur la taǧrîba, est-il question encore d’épisodes consacrés à des aventures avec les Perses, avec Tamerlan, et avec les Tures, à Bagdad et Mossoul, en Abyssinie… Le ‘’roman’’ reflète donc à sa manière des événements qui se sont déroulés sur plusieurs siècles jusqu'au XIVe siècle. Relevons seulement ici quelques points essentiels.

Dans le premier cycle nous avons la construction d'une généalogie hilalienne dont le trait le plus ‘’mythique’’ est la naissance, au cours de la même nuit, de deux fils, l’un ‘’bon’’, l’autre ‘’mauvais’’, de même père et de même mère différentes Hadba et Adba. Ces deux enfants, Ǧabir et Ǧubair, sont les fondateurs de deux lignages Parallèles où nous retrouvons les héros les plus familiers de la geste. D’autre part l’expansion des Hilaliens en Orient semble les présenter comme les conquérants arabes sur l'aire couverte par la diffusion islamique.

Dans le deuxième cycle, le thème prédominant est la famine qui entraine les alliances avec l'émir Chokr de la Mecque.

Dans le troisième cycle enfin, il s'agit du thème récurrent de la famine au Nejd, de la migration hilalienne en Ifriqiya (qui contraint Djazya à rejoindre sa tribu comme nous le rapportait Ibn Khaldoun, comme le relate aussi l'édition de Boulaq étudiée par Basset) et des affrontements tragiques entre Hilaliens et I ‘ennemi Zénète.

Il est intéressant de noter à propos des travaux de Hartmann que, s'il s'attache à l'arrière-plan historique de la geste, il souligne la nécessité d'étudier celle-ci dans deux autres perspectives, la situation linguistique (welche sprachlichen Verhältnisse), "l'état d'âme populaire"(welchen Volkseelenzustand).

6. Autres témoignages

L'existence d'éditions orientales est attestée par différents auteurs.

a.      Dans son Kitab el-Adouâni, L. Féraud cite en note une "édition autographiée des aventures d'El-Djazia avec Khalifa-Zenati et l'émir Diab" d'Alexandrie.

b.        A. Vaissière signale, à propos de la popularité de la geste chez les Oulad Rechaich du Constantinois, une publication du Caire de 1283 de l'hégire, imprimée par Khouadja-Moussa-Youhab

c.                      A. Bel mentionne une publication complète de Beyrouth en dix- sept fascicules (1892-1898) qui présente une grande analogie, dit-il, avec celle qu'Hartmann avait en main (1880 sq.). Il rapporte aussi une information qui lui fut donnée par Basset, selon laquelle il existe deux autres éditions de Beyrouth: I ‘une, datée de 1890,en treize fascicules "parue chez Khalil el-Khouri", l'autre, en dix-sept fascicules, dont aucune autre précision ne nous est donnée, sinon le titre du premier fascicule qui a trait au début du 1er cycle, soit la naissance de Ǧabir et Ǧubair dont il a été question plus haut. Nous relevons dans l'étude de Bel les éléments ayant trait à la marche vers l'ouest que nous livre cette nouvelle édition libanaise : d'abord, avant de quitter le Nejd, les chefs hilaliens prennent la décision de récupérer leur sœur Djazya en invoquant ses qualités de "conseillère". Une fois en Ifriqiya, son rôle est prépondérant dans deux situations cruciales. Elle incite les chefs hilaliens à exterminer l'ennemi Zénète sans accepter aucun compromis. Quand la scission et les conflits éclatent au sein de la tribu du fait même que Dyâb refuse de partager le pouvoir avec ses pairs (Hasân et Abû Zayed qu’il va jusqu’à tuer) c’est Djâzya qui assume le devoir de vengeance (elle est la sœur de Hasàn) : elle rallie les siens, va chercher de l’aide auprès du roi juif Es-Samɛun au pays de Ku situé en Abyssinie, et affronte elle-même Dyâb en un duel où elle est tuée.

d. Un article tout récent de K. Petrâček mentionne l’existence d’une édition de Beyrouth et d'une édition du Caire. Petrâček pose le problème qui consisterait à déterminer s’il s’agit d’une littérature savante qui aurait pénétré dans le peuple, ou bien d'une littérature populaire orale qui aurait été fixée par la langue écrite et se serait développée comme un genre littéraire particulier.

 

7. Manuscrits de Tunis

Nous allons maintenant décrire brièvement deux manuscrits qui appartiennent à la Bibliothèque Nationale de Tunis répertoriés sous les numéros 13306 et 13567.

Ces deux manuscrits, en excellent état de conservation, appartenaient à la Bibliothèque Ahmadiyya. Ils furent bien habous enregistrés à la Zitouna sous le n° 5012. Il est indiqué que la commande du manuscrit a été faite en 1138 de l'hég,   par Muhammad Bey dont on sait qu'il fut amateur de poésie et de musique ; ce manuscrit fut paye 25 ryal.  Le texte écrit dans une belle calligraphie d'Afrique du Nord est richement enluminé.

Il y a au total six cent cinquante-deux pages. Le premier manuscrit commence au chapitre 8 ; ceci semblerait indiquer que le début de la geste manque, à moins que délibérément on ne se soit attaché qu'aux événements liés, pour la plupart d'entre eux, à la marche vers l'ouest. A titre d'indication, signalons la présence des personnages-clés de la geste : el-Gâzya, Bûzid et l'un de ses neveux (Merci), Hasân, Dyâb, et leur ennemi Zenâti. Le deuxième manuscrit comporte trois chapitres suivis d'un additif qui nous transporte en Syrie. Il ne nous a pas encore été possible d'avancer plus avant dans l'étude de ces manuscrits.

Nous venons d'examiner les témoignages écrits de l'existence de la geste hilalienne auxquels nous avons eu accès. Nous constatons qu’il a eu de nombreuses éditions à Beyrouth et en Egypte. Nous avons signalé l'existence de deux manuscrits tunisiens. Il va sans dire que ceux-ci ne sont pas les seuls à être conservés dans des bibliothèques privées ou bibliothèques de mosquées au Maghreb.  Nous savons d’ailleurs qu’il y eut une tradition écrite, au Maghreb, d’autres épopées consacrées à des personnages glorieux dans lesquels les colonisés ont pu retrouver une image valorisante d'eux-mêmes. Nous en venons aux sources proprement orales.

II-Les sources orales

1. L’Egypte

II semble bien que les poètes récitants des villes (cf. supra) transmettent à leurs auditeurs la matière écrite apprise par cœur ; ceci n’exclut pas la possibilité d’une tradition parallèle qui serait purement orale. En effet Taha Husain évoque à plusieurs reprises dans Le live des jours le souvenir du roman hilalien qu’il entendait chanter dans son enfance.

 

2. La Libye

Bien que nous ne puissions-nous prononcer sur la nature exacte du Kitab al-Adouâni présenté par Féraud, nous prenons le parti de considérer le récit qu'il rapporte des luttes entre Hilaliens et Zénètes comme un document oral nous livrant le point de vue Zénète : on ne sera pas surpris de constater que sont attribuées au héros, le Zénète Khalifa, les vertus majeures de beauté, de vaillance, de maitrise de la parole et du don de poésie, tandis que les Hilaliens, ses ennemis, subissent une défaite honteuse. Quant à l’hilalienne Djazya, nous la voyons pour la première fois ici se battre aux côtés de l'ennemi de sa tribu, lui donnant un gage de sa préférence par rapport à ses nombreux prétendants hilaliens, particulièrement son cousin. Une fois le combat arrêté, elle n’en rejoint pas moins la tribu hilalienne.

 

Dans les chants de Bédouins de Tripoli et de Tunisie recueillis par H. Stumme, il est tout juste fait allusion à la beauté idéale de Djazya. En revanche, Hartmann dit avoir effectué une recension importante auprès des Bédouins de Libye en 1897.

Nous avons un témoignage récent (1975) de la présence de la geste dans la région déjà signalée par Féraud, soit à Záwiya (à 60 km. à l'est de Tripoli) que nous devons à A. Ayoub. La fiche signalétique qu'il nous a communiquée indique que trois informateurs différents lui ont raconté une suite d'épisodes ayant leur origine au Nejd et continuant de se dérouler au cours de la marche vers l’ouest : le personnage principal est Abû Zayd : le lieu d'action essentiel est la Tripolitaine. Les textes enregistrés (durée d'une heure) sont moitié prose, moitié poésie.

 

3. La Tunisie

Poursuivons notre inventaire de la geste au Maghreb (cf. carte I).C'est en Tunisie que nous allons trouver quelques-unes des plus importantes versions de la geste.

a. Provotelle (Dr) est le premier auteur à citer selon la chronologie. Il nous fournit deux textes très brefs, en berbère, donnés à la fois en écriture arabe et en transcription latine. Ces textes proviennent de la région de Gafsa (48 km à l'est, Qalaat es-Sened). N avons ici l’exemple rare de version dites en berbère par des Berbères. Nouvelle illustration du point de vue berbère exprimé dans un épisode de vindicte où la fille de Khlifa Ezzenati maudit son oppresseur hilalien, qui la traite, semble-t-il, de façon honteuse en la mettant à moudre le grain.

b. L'un des textes importants de la tradition bédouine libyo-tunisienne a été recueilli en 1927 par A. Guiga de la bouche d’un vieillard tripolitain (oasis Jadou).Trente et un texte (prose et quelques poèmes) composent ce recueil qui met en scène près de trente personnages. Au début nous retrouvons l'épisode bien connu de la naissance de l’enfant noir, Abu Zayd (cf. supra). Après quoi, les événements relatés correspondent au troisième cycle : avant que toute la tribu ne s'engage dans la ‘’marche vers l’ouest’’, elle envoie Bouzid et ses trois neveux en éclaireurs ; il rentre seul, deux de ses neveux étant morts, le troisième resté captif à Tunis. La tribu part à travers l'Egypte, puis la Tripolitaine, pour atteindre l'Ifriqiya où elle va se heurter au Khalifa Zenáti.

Deux volumes de cette version furent publiés à Tunis en 1968, le premier présente deux textes en regard, l’un en arabe dialectal (version originale), l’autre en arabe littéral (version adaptée à partir du dialecte par A. Guiga) ; le second volume est une traduction française du texte original. La préface met en évidence le rôle que nous avons déjà évoqué ici à propos de la geste au temps de la colonisation (voir ci-dessus et note 38). Parlant de son père, T. Guiga dit :

‘’...il y puisait le courage devant l'adversité, une certaine dignité exigeante et une mentalité d’homme d’avant-garde, à l’individualisme farouche, qui servait les idées qui étaient siennes, en silence et avec obstination, sans tenir compte de l'opinion de son entourage" (p.7).

c. Nous serons plus brefs pour citer le conte de "Djazya Hilalienne" publié par M. Paollilo : aucune indication ne nous est fournie sur l’origine du texte qui, en bien des passages, semble inspiré de "La Djazya" publiée par BeI et dont il sera question plus loin.

d. En revanche il convient de mettre en relief l’ample récolte de versions encore inédites que des chercheurs ont recueillies récemment dans l'ensemble de la Tunisie :

1. un manuscrit partiel de la geste (quinze pages) écrit en caractères arabes par G. Boris et originaire selon toute vraisemblance du Nefzaoua. Le texte totalement en vers (251 vers), s'intitule "Djazya et les Baní Hilal". La fin traite longuement de la séparation de Djazya et de son mari, l'étranger Ibn Hâsem. Le refrain qui scande le poème d'un bout à l'autre est une lamentation sur le destin des Hilaliens :

"Où est la tribu des Ulâd Hilal

……….

Ses traces sont-elles disparu à jamais, ou pas encore?’’

2. trois versions recueillies en arabe entre 1961 et 1965 par M. Marzouki et provenant respectivement du sud (ulâd siha, Douz), du centre (Kairouan) et du nord (Bizerte).

3. une version recueillie par G. Laoust à Techine (sud) en 1969 (45 minutes d'enregistrement). Elle est pour l'essentiel au niveau du récit très proche de celle de A. Guiga. Nous relevons cependant l'absence de la naissance miraculeuse d'Abû Zayd (épisode extrêmement populaire en Orient), en même temps que l'in-traduction d'un élément fréquent dans les versions algériennes : l'apparition d'un ogre destructeur du bétail que le Hilalien Dyâb va affronter en héros libérateur. Au niveau de la forme, il y a à la fois des tournures familières et des évocations poétiques, en particulier une description de chevauchée hilalienne.

4. 70 heures d'enregistrements effectués par A. Baker dans le sud (Medenine, Gabès, Gafsa et sud-ouest de Sfax). A. Baker a travaillé sur le terrain en 1972 et 1973 auprès de 66 poètes (râwi) et poursuit depuis lors une recherche sur les textes. D'après les informations qu'elle nous a fournies, les passages en prose semblent être influencés par les éditions populaires venues d’Orient ; au contraire la poésie serait d'une coloration traditionnelle locale.

5. 40 minutes d'enregistrement effectué à Beja en 1975 par A. Ayoub. La version s'intitule al-hikâya al-hlaliyya, est en prose ; le personnage central est Zâzya : le thème, celui de la séparation de Zâzya et de son mari, le Zénète.

6. dix versions recueillies ces dernières années par L. Saada et originaires de Jerba, Mdou (Gabès), Kairouan, Bou Thâdi, Nefta, Tozeur, Salacta (Sahel), du Kef, de Nefta et de Tunis. L'enregistrement de la version la plus importante excède 15 heures. Il s'agit d'un corpus monumental et géographiquement homogène dont nous n'avons aucun équivalent à ce jour ; c'est le fruit d'une enquête intensive et menée avec une grande rigueur technique : texte original enregistré, transcrit, traduit mot à mot (six cents pages), accompagné d'un appareil critique. L'ensemble constitue un matériau fiable pour différents types d'analyse.

Nous savons d'autre part que T. Guiga poursuit ses recherches sur la geste hilalienne.

4. L’Algérie

Nous observons que, beaucoup plus qu'en Tunisie, dans les deux autres pays du Maghreb, ce récit subit une transformation sur le plan de la forme et du contenu. Il s'agit de ce qu'il est convenu d'appeler "des contes"; les personnages essentiels sont Dyâb et Djâzya.

a. L. Féraud (1865) a recueilli dans la chaine des Babor un récit où Djazia, après avoir été l'amante de Khalifa le Zénatien, devient son ennemie acharnée. A sa mort elle profane sa tombe en faisant uriner sa chamelle sur la sépulture. Elle meurt subitement et est enterrée auprès de lui.

b. V. Largeau (1879) fit rédiger en arabe des récits "historiques" par un Sheikh d'El Oued. Le cheikh s'en acquitta dans un but d'édification perceptible dans l'épilogue. Parmi ces récits il y a "L'histoire de Diyab, fils de Khalem". De ce long texte on ne retiendra qu'un certain nombre de traits constants qui caractérisent, nous semble-t-il, les versions algériennes: la relation prépondérante entre les deux personnages formant couple, Diyab et Zadiya (Diyab a été mis à l'épreuve et a triomphé des autres prétendants grâce à son courage et à son aptitude à résoudre les énigmes): le thème de la sécheresse qui oblige la tribu à conclure une alliance avec un chef étranger (Zadiya est donnée en échange de vivres): le thème du jeu, ici jeu de dés, entre le mari et son épouse hilalienne (gagner à ce jeu permet à Zadiya de regagner sa tribu): le thème du retour de l'épouse à sa tribu qui a pour conséquence une succession de combats dont elle est l'enjeu.

c. A. Vaissière (1892) donne une version résumée en français ; il la recueillit.au sud de Khenchela, chez les Ouled Rechaich, Berbères bilingues (à la fois berbérophones et arabophones) qui se veulent d'ascendance arabe : la version semble avoir été recueillie en arabe.  Djaziya est donnée en mariage au sultan de Tripoli comme monnaie d'échange. Elle échappe par ruse à son mari pour rejoindre son amant Diab ben Ghanem.

d. A. Bel (1902-1903) recueillit chez les Beni Chougran, près de Mascara, un long poème (156 hémistiches) dont il donne le texte arabe et la traduction. Il précise qu'il a amalgamé deux versions. On y retrouve les quatre thermes cités plus haut pour la version de Largeau. On peut y ajouter un autre thème : celui de la scission de la tribu, lorsque Dyâb obligé de céder Djâzya obtient, en compensation, du bétail, des guerriers et des jeunes filles, ce qui lui permet de former sa propre tribu.

Le poème s’achève sur une effusion lyrique du poète qui pleure la séparation et la dispersion de la tribu.

e. Lartigue (Col. de), dans une monographie de l'Aurès (1904), consacre quelques pages à "l'épisode de la Djazia et de Diab".  Le récit qu'il résume provient d'une population d'origine berbère. Il présente des analogies de contenu et de forme (passages rimés) avec les contes qu'a recueillis Cl. H. Breteau (voir ci-dessous).Citons par exemple la relation amoureuse qui nait d'un défi réciproque entre Djazia et Diab et l'apparition d'un personnage traitre, le colporteur juif.

f. CI. H .Breteau (1966) recueillit, de la bouche de trois informateurs différents, trois versions en dialecte arabe du nord-est constantinois. Elles sont enregistrées (au total environ 2 heures) et traduites en français avec la collaboration de M.Breteau-Salhi. Elles sont en prose avec quelques formulettes rimées.

Ces trois versions sont pour l'essentiel comparables avec celles de Largeau et de Lartigue. On y retrouve la relation fondamentale du couple Dyâb Zâzya. Dyâb est choisi après qu'il a su résoudre les énigmes que Zâzya lui posait par défi. Il fait preuve également de "virilité» : il reprend Zâzya au colporteur juif et le tue ; il triomphe en duel, au moins dans I ‘une des trois versions, d'un autre rival, le Zénète. Enfin le thème du jeu (ici harbga) qui oppose Dyâb à Zâzya n'est fait que pour renforcer l'union du couple.

Quant au thème de la sécheresse, il est le châtiment provoqué par la ruse et l’impatience de Zâzya : la fertilité est rétablie par l'intervention d'un saint (wali).

g. A titre d'information signalons que G. Laoust a recueilli quelques fragments de la geste dans la région d'Oran et que R. Grech recueille elle-même des récits hilaliens près de Biskra.

Enfin, nous avons toutes les raisons de penser que la tradition hilalienne est encore vivante dans les régions suivantes : à Tébessa, dans le Hodna, à Laghouat et, selon toute vraisemblance, dans le Gourara.

 

5. Le Maroc

Dans l'état actuel des recensions, notre documentation est singulièrement pauvre. Signalons pourtant deux témoignages.

a. M. Ben Rahhal (1889) nous révèle l'existence de récits hilaliens qu'il a entendus chez les Beni Snassen, à la frontière algéro-marocaine. Ces derniers sont des Berbères qui soulignent les exploits du chef Zénète au cours des affrontements qui l'opposent à Diab.

b. V. Loubignac (1924) a recueilli chez les Zaïan et les Ait Sgougou deux petits contes berbères liés à la geste, dont I ‘un porte le titre "Diab" et l'autre "Conte de Sidi Ali et Zazia".  Ils sont donnés en berbère et traduits en français.

Dans le premier, on retrouve des thèmes que nous connaissons déjà : la constitution du couple Diab Zazia, à la suite des défis auxquels la jeune fille soumet ses prétendants ; la recherche de pâturages et le don de Zazia que fait la tribu à un chef étranger. Ces épisodes participent cependant beaucoup plus de l'univers du conte fantastique que de l'épopée.

Le deuxième conte semble n'emprunter que le nom et la prestigieuse beauté de I ‘héroïne hilalienne.

On peut également penser, comme l'indique Bel au début du siècle, que la geste serait connue aux environs de Marrakech.

 

6. L’Afrique sud-saharienne

La recension des versions orales de la geste hilalienne y est à peine commencée. On a trouvé des traces de sa diffusion chez des populations arabes ou arabophones du Bornou (Nigeria), du Kanem et du Ouaday (Tchad), du Darfour et du Kordofan (Soudan).

A. Le Bornou

La recension à ce jour la plus importante est celle effectuée par J. R. Patterson chez les Arabes Beni Hilal du Bornou. II s'agit d'une sous-fraction des Arabes Yesiye qui constituent eux-mêmes une fraction importante des Arabes Salamat. Le texte (édité en 1930) comporte quatre récits qui ont donné lieu à une importante étude de B. Connelly. Ils sont d'inégale longueur. Ils entremêlent des passages en prose et des morceaux de poésie, parfois chantée. Patterson les tient d'informateurs non lettrés. Un mallam, un "maitre" (muɛallim) aurait fait une transcription phonétique reflétant des particularismes locaux. Patterson fit ensuite normaliser cette transcription par un autre savant. Nous disposons donc d'un texte arabe normalisé et d'une traduction anglaise.

Dans l'état actuel de notre connaissance très imparfaite des littératures orales de cette aire arabophone africaine, il est évidemment difficile de mettre en évidence certains thèmes jugés significatifs, comme nous avons tenté de le faire pour l'aire maghrébine. Mais partant de la connaissance de certains épisodes bien attestés au Maghreb et de certains traits considérés généralement comme ‘’orientaux’’, on peut souligner les thèmes suivants: la conception simultanée, à la suite d'un vœu ,de deux enfants au destin de héros, cf.supra,1-5.(dans ce cas précis Abu Zaid et Diyab, les femmes étant épouses de deux frères): l'enfance d'Abu Zaid, jalonnée de prodiges de force et de sagacité, cf. supra, I-2.(son aspect redoutable mettant en fuite le père et sa tribu) ;  le mariage projeté par l'oncle paternel d'Abu Zaid entre Abu Zaid et El-Jaz (ce projet étant contrarié par la passion réciproque que s'inspirent El-Jaz et le fils du sultan de Tunis) ; le déclenchement des hostilités entre Abu Zaid, sa tribu et le sultan llâm de Tunis comme conséquence du rapt d'El-Jaz consentante (Abu Zaid poursuivant les fugitifs jusqu'à Tunis) ; la perte des trois neveux utérins d'Abu Zaid suivie de la victoire totale sur le sultan de Tunis.

A propos du premier récit, on pourrait encore mentionner les mêmes motifs qu'en Tunisie : le héros Abu Zaid mis à moudre le grain chez une vieille lors de son expédition à Tunis ; la mort de son neveu à la suite de la morsure d'un serpent dans un puits.

Enfin, dans le dernier des quatre récits, Abu Zaid le héros, sa descendance et Diyab meurent. Les compagnons d'Abu Zaid se noient pour la plupart, disant qu'après lui le bonheur ne saurait exister. Observons que cette atmosphère de "fin du monde" caractérise aussi bon nombre de versions maghrébines.

 

Parmi les nombreux traits spécifiques de ces versions africaines, relevons par exemple le voyage initiatique qu’entreprend le héros, guidé par sa mère, lorsqu'il se rend au Sud et au Nord, après avoir interrogé cette dernière sur les quatre points cardinaux

 

B. Le Kanem et le Ouaday

Dans la littérature orale déjà publiée, on peut également citer trois chants arabes recueillis, transcrits (arabe normalisé et transcription phonétique en caractères latins) et traduits par H. Carbou. Le lien qui les rattache à la geste hilalienne est ténu : il est question de "Tunis la verte", paradis que caractérise l'abondance de l'eau et l'absence d'insectes piqueurs si funestes aux troupeaux ; on y relève l'appellation "guerriers de Tunis" appliquée aux Toundjour ; enfin, dans la troisième chanson, l’épouse d'un cheikh arabe chante les vertus de son mari qu'elle juge incomparable ("il n'y en a pas deux comme lui... excepté Diâb).

Ch. Décobert nous a signalé que des étudiants tchadiens avaient entrepris de recueillir des versions orales de la geste et de les transcrire.

C. Le Darfour et le Kordofan

Pour le domaine soudanais, c'est dans l'ouvrage de H. A. Mac Michael que I ‘on trouve six historiettes concernant le périple africain d'Abu Zayd le Hilalien. Trois de ces petits récits se bornent à l'évocation des étapes dont la toponymie a gardé quelques traces. Les trois autres histoires sont un peu plus étoffées par le rappel des exploits ou qualités du héros : Abu Zayd est accompagné d'un personnage nommé Ahmad “El Maɛakûr” (lit. “le mutilé”), présenté tantôt comme le frère d'Abu Zayd, tantôt comme le petit-fils, tantôt comme un simple parent. Son surnom lui vient d'une blessure à la jambe (dans une version c'est Abu Zayd qui lui a coupé le tendon d'Achille), liée au châtiment d'intrigues amoureuses dont il est soit l'instigateur, soit la victime. Ce personnage d'Ahmad "El Maɛakûr" est investi dans l'un des textes d'une noble mission : il enseigne le Coran aux noirs païens, leur apprend à parler l'arabe et les convertit à l'Islam. Une observation peut être faite : les interférences entre le cycle romanesque chantant les exploits du héros hilalien Abu Zayd et certaines traditions orales liées à la formation des dynasties locales semblent, selon R. S. O'Fahey, être un phénomène relativement récent.

Les itinéraires qui sont prêtés à Abu Zayd le conduisent, dans cinq textes, d’est en ouest, la première étape indiquée étant Kassala (cf. carte II, itinéraire A. C, E et F) ou simplement le Darfour (cf. carte II, itinéraire B). Dans un seul cas. le périple est donné comme commençant directement en Afrique du Nord où le héros combat les Zénètes : il les pousse devant lui vers le sud jusqu'au Kordofan (cf. carte II, itinéraire D).

Il serait évidemment souhaitable que l'enquête sur la geste hilalienne soit systématiquement entreprise.

Nous sommes conscients que ce bilan provisoire n'a de valeur que signalétique. Il permet cependant de mesurer l'importance de cette vaste création littéraire dont les premiers témoignages remontent, au moins, au XIVe siècle et dont la vitalité est telle que, de nos jours, on peut encore la recueillir. La présence de cette tradition est repérée du Liban au Maroc et de la Méditerranée au Bornou.

Pour dresser ce panorama, nous avons utilisé toutes les sources écrites et orales accessibles, qu'il s'agisse de versions proprement dites du récit hilalien, ou de productions ou ne figurent que des éléments accessoires (noms, motifs, etc.). Notre inventaire se veut une incitation à poursuivre le travail en multipliant enquêtes et analyses.

Nous espérons qu'il sera reconnu de tous que nous avons affaire à un véritable chef-d’œuvre littéraire en grande partie méconnu. La geste hilalienne a sa place – croyons-nous pouvoir affirmer – aux côtés des mille et une nuits, ou des grands chants homériques, pour ne parler que du monde méditerranéen.

 

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Numéro 138 juillet 2025

 

 

 

L’article :

 

Uqbel ad teɣre ayen yellan akkin i umna

 

 

Sɣur Mohand Aklis

  17juillet 2025

 

 

Uqbel ad teɣreḍ ayen yellan akkin i umnaṛ n yisebtar-agi imenza, bɣiɣ ad d-iniɣ kra ɣef wayen ara teɣreḍ. Uriɣ imeslayen n yisebtar-agi d imezwura, uriɣ-ten mi yettnaɣ yiḍ d wass ; akken i ten-sarmen d tayet i ten-bɣiɣ d tili ; d nutni i uriɣ d imezwura, uriɣ-ten akken ad iyi-ilin d takarḍa swayes ara yeddu uɣerrabu n tira ; igli-s, fell-as, ur tettwexxir (...)

Bɣiɣ ad d-aruɣ aḍris ideg taɣect-iw ad tili d tadist irefden tuɣac tiyeḍ ; syin akkin, ad asent-tili d annar, tin ara yuraren ad turar, tin ara yesrewten ad tesserwet, tin ara icewwqen ad tcewweq. Akken bɣunt ilint... d takniwin n tmellalt. Bɣiɣ-tent kan ad walint acmumeḥ n tmuɣli yettarran tiɣri i yimeṭṭi ixenqen. Bɣiɣ-tent kan ad ilint d nnefs-nni ara d-iseggren isem yettneqqraεen deg yiles mi yekkat ad as-yessiwel. Bɣiɣ-tent...

Nekk, bɣiɣ-tent. Wagi d lebɣi-w. D lebɣi kan. Ma d tazmert ! Ma zemreɣ-asent, wissen.

Bɣiɣ ad ččareɣ asdewnen-inu s tuɣac, akken ad tuɣal tezlit i yezdeɣ usdenden d imseɣret i ttqadaren yimeẓẓuɣen.

Ẓriɣ, mačči d akal iweṭṭan, dacu kan diɣen, ur telli temsalt d lweεda n uwezɣi. Akken tettmerrit tsawent i tessefraḥ tegnit ; akken tettɣurru tkessart i tettḥuddu lluḍa.

Ma zemreɣ-as ? Wissen. Ahat. Ma sawḍeɣ, ini-d d acu twalaḍ. Ma ur sawḍeɣ, suref-iyi.

Bɣiɣ ad d-awint ɣef wagu, simmal yettingiḍ yettuzur, amek yeččur iberdan yettawin ɣer waktayen, amek ur yettaǧǧa allaɣ ad yaweḍ ɣer-sen. Bɣiɣ ad d-awint ɣef usyax yekkaten ismawen d wawalen mi ara yekkat seg tgennarit n tgerjumt ɣer yixef n yiles ; ayen i d-iselken seg tmeslayt yettemlellay ɣef umnaṛ n yimi, yettaweḍ ɣer tmeẓẓuɣin yettrajun d aḍu kan yulwan.

Bɣiɣ aḍris-agi d annar n tuɣac. Yal yiwet tuzzar-ines, yal yiwet aserwet-ines, yal yiwet aḍu ara

yefrun.

Bɣiɣ-tent kan... yal taɣect amek, ad d-mmeslayent ɣef truẓi ur nettnejbar... ɣef tikli n wallen mi ara tettemjadal d wuguren, mi ara tettuɣal d aḥnunuf...

Ma zemrent i wayagi... ma zemrent i wannect-a n umerret, ad asent-geɣ irebbi, d ayla-w akk ad uɣalent. Taɣect-iw d ayla-nsent. Ma ddant yid-i, ad tent-rreɣ d llem-iw... yid-sent ad d-awiɣ asefru-nni uḥzin : Tikli n usmendeg d... tullza.

Ma suεfent-iyi tuɣac, sawḍeɣ tayerza s aḥdid, ulac am wakken... Ma terreẓ tgersa... ma yeqqur wakal... ma yugar uẓru akal... ma... ḥsu, imir-nni, tamsalt, ur as-zmiren la imeslayen, la tuɣac, la ssmex... yugar-iten uqbar ; d tasusmi kan i as-yeggran i lebɣi-iw. Imir, suref-iyi (...)

Mohand Aklis

Taɣect-nni, ur neclig la deg usemmiḍ la deg ugeffur, terfed anina n umeslay, sliɣ-as mi d-tenna am win yettweṣṣin :

"Ma tebɣiḍ ad temlileḍ d yiman-ik, ad t-tissineḍ akken ur ak-t-yemmal wayeḍ, bedd ɣef teftist n tudert-ik, mi ara yebdu ad d-iɣelli yiḍ ; imir-nni, ḥess-as i lebḥer amek kkatent deg-s lemwaji n wussan-ik. Akken i msuman yiniyen n wakud : tadamcact yettimɣuren n yiḍ d tafat yettezɣuɣuden n wass i mlalen wakuden yezḍan tudert-ik : izri-ik d yimal-ik, ttemjadalen ɣef yimir-nni, anwa ara as-yefken tafenda-s. Imir-nni, am lebḥer am kečč, reffu d taḍsa d yiwet n tsarewt i ten-id-yefkan, neɣ ma yehwa-ak, lemwaji n lebḥer ttmeslayent-ak-d ɣef yiman-ik. Ḥess-asent kan mi ara ttawint ttarrant. Am kečč. D acu kan imir-nni, ur reffu ur ttaḍsa, qabel iman-ik am win yettqazamen tidet. Fhem-asent kan tameslayt

Neɣ... suref ma izad wawal. Ma ur teffiɣ fell-ak, anef-as i waman n ugeffur ad glun s wayen ur tebɣiḍ ad as-tesleḍ".

Taɣect-nni, tsusem, nekk, beddeɣ am amesmar isedḍen.

Mohand Aklis

 

 

 

 

 

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 Numéro 138 juillet 2025    

Le deuxième article :

 

             

 

Mazal i d-neffiɣ  si «la régression féconde »,

mi fkan afus kra n ‘imussnawen !

sɣur Aumer U Lamara

Le Matin d’Algérie 07/05/2025

Ur d-rennu awal-nneɣ di wayhuh ikkren si mi d-teffeɣ temsalt n Belghit-gateɣɣ gar Lezzayer akked tgelda n Emirates. D ayen illan d aqdim, maca ass-a iban-d ur iffir. Ad d-nuɣal ɣer wawal-nni…

Ugur mačči d ayen serwaten yimeɣnasen n taârabt-tinneslemt akken ad d-snulfun tamurt ur nelli : ‘’Lezzayer d amur n wakal aârab, d ayla n waâraben, anida ur llin Imazɣien, ur telli tutlayt tamazit’’ !

Ugur ameqqran, d win selqamen imussnawen akken ad rekklen tiḥila s yal udem, ɣas ẓran tidet illan.

Deg yiwen uḍris i d-iffen deg umis ameqqran (1), Le Monde diplomatique, s uzwel/titre : « Amek tamrigt/armée n Lezzayer terna amussu n Hirak », aḍris i yura Lahouari Addi, illa wayen isewhamen, iserfuyen.

Asenqed-nne ad yili kan ef snat temsal i d-yufraren seg uḍris, di tmuli-nneɣ nekkni.

1. Amek akka d tamrigt ANP i yernan amussu n Hirak ?

Tanekra n hirak i d-ilulen di Kherrata syin di tnemmast n Lezzayer tamanat diɣ furar 2019, tella si tazwara-s armi d taggara-s deg unebdu 2020, d tanekra n talwit n yemdanen, ifassen d ilmawen. D tanekra akken ad d-irgel ubrid i udabu n Bouteflika tikkelt tis 5, di tefrent ur nelli d tafrent.

Di yal tamdint deg llant tikliwin, ur illi deg-sent ccwal, ur telli truẓi, ur illi wammus n iberdan. Amaḍal akk izra-d Izzayriyen ddan d imelyunen deg ‘iberdan, s talwit, s lmizan, s ucmumeḥ, armi i yas-semman kra « tagrawla n ucmumeḥ».

Tanekra i d-illan, teslul-d asirem ameqqran di tmurt n Lezzayer armi kksen iḥerragen, ur zeggren deg waman acku ilul-d usirem, ad tbeddel tmurt, ad qqimen di tmurt-nsen.

Ayen i tga temrigt ANP ilha, ur d-tekkir d tacengut n uɣref s ubarud di tazwara, acku ur frin gar-asen yimeqqranen n ANP.

Di yal tamurt, adabu aserdas ur iqebbel ad d-ilal udabu aɣerfan ur nelli gar ifassen-is, ddaw uḍar-is, ugar di ma aɣref-nni yettẓeggi s tiriɣ : « awanak aɣerfan, mačči d aserdas ! » (Etat civil, pas militaire).

Di tazwara teddukel tyita ɣef Bouteflika akken ad ittwakkes. D iswi-nni i d-ɣislulen tadukli n tegnit gar uɣref akked temrigt (union de l’armée et du peuple). Syin tamrigt ANP tefka ɣer sdat tamsulta akken ad tergel iberdan, ad teg tiwlafin d videos, ad taru ismawen, ad theggi tazarezt i yimeɣnasen i d-ɣibanen. Scenario n tekriṭ ittwassen di yal tamurt.

Amussnaw ad d-yarun ass-a : « tamrigt n Lezzayer terna amussu n ḥirak », ur illi deg ubrid n tidet. D tasleṭn tidderelt, d tin n tḥila, ne d tin n warɣɣ tamussni n win isduklen aseḥmu d userkem ?

Di tmuli-nneɣ, ur telli yiwet deg-sent, acku ayen iẓerr Lahouari Addi, inna-t-id  yakan deg yiwen uḍris di tallit-nni, mi d-llant tikliwin timezwura : « imelyan n yemdanen illan ffen-d di tnemmast n Lezzayer, zemren azekka ad hemlen ef tzeqqa n uɣlif n wastan aɣelnaw (ministère de la défense nationale), ad  kecmen… ad ṭṭfen adabu.

Tamuli n Lahouari Addi, d tin n «umussnaw » illan ittferriǧ-d si berra, idduri, isaram ad teggerwel tmurt, am akken t-isarem di tnekra-nni n FIS s wawal n « la régression féconde ».

D awal i yenna yakan Hassan II n Merruk di 1991, asmi yesarem ad iṭṭef FIS adabu di Lezzayer, akken ad tili tmurt-nneɣ zun d « laboratoire n udabu neɣ tinneslemt» i tmura tinselmin.

Acu i yesfeclen tanekra n ḥirak ?

Ur nettarra awren ɣer tessirt, akken illa wawal. Snat temsalt i yesfeclen tanekra n talwit, ur tesaweḍ ad tbeddel lsas n udabu :

Tamezwarut d tanekra i d-ilulen war ma yella uqerru, war ma tella tuddsa/organisation ara yerzen asalu i umussu i d-ilulen. Di yal amkan, dduklen yemdanen, llant tdukliwin iqedcen akken ufant, maca ur d-ilul ugraw izemren ad iseddu aḥemmal n imelyan n yemdanen d-ikkren.

Mi yella uɣref ittẓeggi akken ad ikkes udabu yellan, akken ad tbeddel seg uẓar, ad ikkes udabu n userdas, ad ibeddel paradigme akken ad d-ilal wass amaynut, kra n imeɣnasen di Lezzayer ttazzalen ad ẓren Mouloud Hamrouche, Ahmed Taleb Ibrahimi neɣ wayeḍ, akken ad ten-id-awin ad ṭṭfen adabu, ad leqqmen système FLN. Wiyaḍ ruḥen d imẓuren ɣer uxxam n Ali Belhadj akken ad t-ciwren !

Amussu hirak iqqim itezzi am tzizwit taderɣalt yal lǧemaâ, armi yexsi usirem-nni. Deg unebdu 2020, aṭan n Covid yerna-d tilufa-s, ixla iberdan, kecmen medden ɣer yexxamen-nsen.

Γas tefcel tnekra, taggara iban-d wayen d-illan ur itekkes : Izzayriyen zemren ad gen tagrawla tameqqrant, zemren ad tt-beddlen azekka di talwit, acku tamurt teddukel deg yiwen usirem : bennu n tmurt tatrart, tamurt n izerfan anida ara idiren yemdanen di talwit. D asirem i d-iqqimen, ad d-iqqimen ɣer sdat, « nezmer-as !».

2. Tucca nnien n Lahouari Addi

Ayen i yura :

« Les dirigeants prétendent le protéger (le hirak, ndlr) contre les islamistes et les berbéristes qui l’auraient infiltré » (adabu yenna zun ibedd ad isdafel ɣef umussu n hirak, mgal imeṭṭurfan inselmen akked « les berbéristes i t-ikecmen. »

D tamuli n Lahouari Addi, amek iẓerr tiḥila n udabu i yewten ad issinef amussu n ḥirak i wammud/lfayda-s netta, am akken illa wawal n zik, « ddu d waman iḥemlen akken ur k-teččen waman ».

Tuzzma yellan ɣef Lahouari Addiɣ : amek i yesemres awal « les berbéristes », war ma yefka-d ayen illan d azal-is, d anamek-is n tidet, mačči d waɣzen i d-iɣffen seg yifri n udrar, akken ad sigden yis imdanen, am akken yetturar yis système FLN si nnig 70 iseggasen.

Maca, Lahouari Addi yeẓra acu yellan s tidet deffir wawal-nni n « berbéristes », anwi i d « les berbéristes » : d imelyan n yemdanen iteddun deg iberdan i Lezzayer tazzayrit, d tilawin akked timɣarin i d-iffen ad lḥunt ɣas uggadent at ‘ičumar, ugadent imsulta, d tidukliwin illan deg unnar am RAJ, SOS Bab-el-Oued, taseqqamut n izerfan n umdan LADDH, imastanen ilelliyen…

D ayen akk ur d-inni Lahouari Addi, iqqim kan deg uwcem-nni « les islamistes et les berbéristes », zun ibedd d axuni n udabu n système FLN, ayen iffren ur nefri yesaggad ugar.

Mačči d taḥilet i d-isnulfa Lahouari Addi, maca yufa-tt d allal akken ad iseddu tikta-s di 2025.

Deg umezruy i d-tekka tyita, si tezent/la crise i d-illan di 1948-1949 deg ukabar PPA-MTLD. Syin win i bɣan ad t-kksen, ad as-snetḍen awcem n « berbériste ».

Di taggara n 1948, akabar n MTLD, win illan deg ufus n Messali, ifka memorandum i ugraw n ONU, anida yura « Aɣlan azzayri aârab ineslem, illa si lqern wis 7 ».

Amar Ould Hamouda, ameɣnas n ‘’comité central’’ n MTLD, isuter i wegraw n imeɣnasen inelmaden i yessen di tmurt n Iqbayliyen (2) (3), akken ad arun tazrawt i yellan deg ubrid n umezruy si leqrun imezwura n tmurt tamazit, mgal memorandum-nni n Messali.

Mi yeffeɣ wawal n umussu-nni di MTLD, terna tekker ugar di tfidiralit PPA-MTLD n Paris, gar imeɣnasen n « Lezzayer taârabt tineslemt » akked Imeɣnasen n « Lezzayer tazzayrit », ikker umennuɣ, tama tekka di tayeḍ. Amur ameqqran n imeɣnasen n Lezzayer tazzayrit ffɣen seg ukabar MTLD. Tamehla n MTLD tesbabb-asen awcem n « berbéro-matérialistes ».

Kra n ‘iseggasen ɣer sdat, mi tekker di 1954, amur ameqqran n imeɣnasen-nni kecmen deg umussu n FLN-ALN. Γas innulfa-d wawal n «berbéro-nationalistes », maca ur isaweḍ ad ikkes awcem-nni amezwaru.

Tamsalt n 1948 tefrari-d diɣ di 1956, mi yefra uswir n Soummam, mi tellaɣ tekker tettimɣur tnekra n Messali di MNA. FLN isnulfa-d tayugra ur nelli, akken ad iwwet akka, ad iwwet akkin. Mi yefra weswir, CCE ifka lamer i tfidiralit FLN n Fransa : « Il faut éliminer les militants messalistes et les berbéristes » (issefk ad nɣen imeɣnasen n Messali akked les ‘’berbéristes’’) (4).

FLN ittu yiwet temsalt : amur ameqqran n inemhalen/cadres n Tfidiralit di Fransa llan deg umussu-nni n « berbéristes ». D nutni i yeseddan tafidiralit armi d 1962. D tafidiralit-nni i ibedden d tagejdit n tegrawla s tedrimt n ixeddamen akked tmussni n inemhalen ikecmen di GPRA, akked yal amkan n tagensest n tmurt n Lezzayer deg umaḍal.

Ass-a d nnuba n useqdec n tyuga ur neqqin, « islamistes et berbéristes », akken ad kksen azal i umussu n 1948 i yewten ad ibnu tamurt tatrart ɣef umezruy illan, ɣef tiɣermi/citoyenneté, mačči ɣef win i d-snulfan ixuniyen, si tmessalit ar ass-a, di taârabt-tinneslemt.

Azekka diɣ zemren ad d-afen taḥilet nniḍen ara sxedmen akken ur tettbeddil, ad qqnen « mafia-DZ et les berbéristes » !

Maca tallit tbeddel, tamussni tennerna, internet ibeddel tagnit.

Urar n wid issemrasen tikerkas, akken buɣn ilin d ‘’imussnawen’’, ad d-zzint fell-asen, d Lahouari Addi, d Belghit neɣ d wayeḍ.

Neẓra ass-a anida tesaweḍ tmuli-nni n « la régression féconde ».

Aumer U Lamara

Timerna / Notes :

1. Article « Et l’armée algérienne défit le Hirak », Lahouari Addi, le Monde diplomatique N°853, Avril 2025, p.16.

« A aucun moment le Hirak n’est pris à partie dans le discours officiel. Au contraire. Les dirigeants prétendent le protéger contre les islamistes et les berbéristes qui l’auraient infiltré ».

2. L’Algérie libre vivra, Idir El-Watani, brochure élaborée en 1948 par 5 militants du PPA-MTLD, sans l’accord de la direction du MTLD. Elle est combattue et des milliers d’exemplaires saisis par le direction, dans une opération coup de poing, pour éviter sa diffusion aux militants. Edition Tafat, Alger, 2015.

3. 5 yinelmaden i yuran tazrawt-nni : Ali-Yahia Saïd, Mabrouk Belhocine, Yahia Henine, Sadek Hadjares, Saïd Oubouzar.

4. Deffir uswir n Ifri-Uzellagen (Soummam) n ɣect 1956, CCE (Comité de Coordination et d’Exécution), isuter di Tfidiralit FLN n Fransa : « Il faut éliminer les messalistes et les berbéristes ». illa lkaɣeḍ zemlen s ufus n CCE.

 

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Numéro 138 juillet 2025

        

Tidlisin nnien :

 

Textes Berbères des Ait Souab (Anti-Atlas, Maroc)_Jean Podeur_1995.pdf

Tizi_wwuccen_methode_de_langue_berbere_kabyle.pdf

 

Dictionnaire-français-touareg-E.masqueray-1893.pdf

Menyif_akka wala_seddaw_uZekka_Mohia_Abdellah.pdf

Numérisation du lexique arabo-berbère d’Ibn Tunart - K. Naït Zerad _ S. Lounissi _ S. Djemai.pdf

Essai_sur_la_litterature_des_Berberes_Henri_Basset_1920.pdf

Etudes_sur_les_dialectes_berberes_René_Basset_1894.pdf

Nasserdine_Ait_Ouali_Le_Roman_Kabyle_vol_I_Voix_et_voies_francophones.pdf

Numerisation_du_lexique_arabo_berbere_d_Ibn_Tunart _K.Nait Zerad_S.Lounissi_S.Djemai.pdf

Amazigh_Voice_Vol-25-Issue-1_Summer-2023.pdf

Grammaire-Dialogues-et-Dictionnaire-Touaregs-Tome-1-Motylinski.pdf

LA_BERBERIE_ORIENTALE_SOUS_LES ZIRIDES.pdf

2 numéros de la revue Aguedal contenant la conférence de Mouloud Mammeri sur la Société Berbère :

1) AGUEDAL_3eme_annee-n°1.pdf

2) AGUEDAL_4eme_annee_n°6.pdf

Dictionnaire_de_proverbes_RAM_Edition_Zyriab.pdf

LEXIQUE_ANIMAL_Mohamed_Oussous.pdf

Mehenna Mahfoufi, CHANTS ET POÈMES DE LA KABYLIE DANS LA LUTTE DE LIBÉRATION, pages 1-86

DICTIONNAIRE_FRANÇAIS_TOUAREG_EMILE_MASQUERAY_1893.pdf

Tameddurt_n_Galilei_Bertold_Brecht.pdf, asuɣel sɣur Σ.Mezdad

TEXTES_BERBERES_DANS_LE_PARLER_DES-AIT-SEGROUCHEN_Charles_PELLAT_1955.PDF

LA_VIE_BERBERE_ PAR_ LES_TEXTES_ARSENE_ROUX_1955.PDF

Les grands symboles meditérranéens dans la poterie algérienne_JB_Moreau

SIN-NNI.PDF, par Muḥend-Uyeḥya

Culture_savante_culture_vecue_MAMMERI_Tala

Dictionnaire_Français_Kabyle_Père Huygue_1902_1903.PDF

MUHYA_Sinistri.pdf

BOULIFA_TEXTE_KABYLE_MAJ.pdf

JOURNEE_D_ETUDE_DE_LINGUISTIQUE_BERBERE_LA_SORBONNE_1989.pdf

Akken qqaren medden sɣur Mohia GEB, 1978

Berber Art_Jeanne_d'Ucel_Norman_University_Oklahoma_1942

Dictionnaire_de_proverbes_Remḍan_At_Menṣur_3eme_Edition.pdf

Ageldun-amecṭuḥ_St-Exupery_Tasaɣelt_sɣur Habib-Llah-Mansouri

Aglam-deg-wungal-n-Amer-Mezdad-Ass-nni, sɣur Ferhane Badiaa

TUDERT-IW_Abdellah_Hamane.pdf

RECUEIL_DE_PRENOMS_AMAZIGHS_Md_Akli_HADDADOU.pdf

ITIJ_BU_TCERKETT_Taher_Djaout_tasuqilt_Samir_Tighzert.pdf

La_Babel_du_Ponant_2eme_partie_Ali_Farid_Belkadi.pdf

Aglam_deg_wungal_n_Amer_Mezdad_Ass-nni_FERHANE_BADIAA.pdf

DESCRIPTION_ET_HISTOIRE_DU_MAROC_Leon_GODARD_1860.pdf

APERCU_SUR_TRENTE_TROIS_SIECLES_DE_L'HISTOIRE_DES_IMAZIGHEN.PDF

MUHYA_SI_PERTUF_traitement_de_texte.pdf

Revue Izen Amaziɣ, 3 numéros :

Izen-amazigh3.PDF

Izen-amazigh5.PDF

Izen-amazigh6.PDF

Textes berbères de l'Aurès_ Parler des Ait Frah

Romans et ambiances dans la maison kabyle traditionnelle.pdf

La_Kabylie_Recherches_et_Observations_1833.pdf

Jules_Maistre_Moeurs_et_Coutumes_Kabyles_1905.pdf

Tighermin_yemmeccen_Sari_Med.pdf

MOULIERAS_Auguste_Une_tribu_Zenete_anti-musulmane_au_Maroc_Les_Zkara.pdf

Si_Pertuf_Muhend_Uyehya.pdf

LA_LANGUE_BERBERE_EN_AL_ANDALUS_Md_Tilmatine.pdf

Inédite, une pièce de théâtre de Idir Amer :

Idir_Amer_Ay_Afrux_iferelles.pdf

Inédite, Dom Juan de Molière, en langue kabyle :

DOM_JUAN_LE FESTIN_DE_PIERRE_MOLIERE_SI YEHYA_TASEGLULT-S-UDΓAΓ.PDF

 Dictionnaire_Francais_Berbere_Antoine_JORDAN.PDF

Les_Cabiles_et_Boudgie_F.PHARAON_Philippe_libraire_Alger_1835.PDF

Tidmi tamirant, n°2, 1990

Habib-Allah_Mansouri_Inventaire_des_neologismes_amazighs.pdf

Ddem_tabalizt-ik_a_Mu_Kateb_Yacine, version bilingue

Ad lemmdeɣ tamaziɣt  n Hamek : http://www.ayamun.com/adlis-usegmek.pdf

Belkacem Bensedira_Cours de langue kabyle_Adolphe Jourdan_1887

JM_DALLET_LE_VERBE_KABYLE_FDB_1953.pdf

AMAWAL_TUSNAKT_H.SADI_1990.pdf

CHANTS_BERBERES_DE _KABYLIE_Jean_AMROUCHE_CHARLOT_Ed.1947.pdf

OUARGLA_M.JARDON_J.DELHEURE_Tome1_FDB_1971.pdf

OUARGLA_M.JARDON_J.DELHEURE_Tome2_FDB_1971.PDF

 

  

Plus de livres dans notre rubrique  Téléchargement :

http://www.ayamun.com/telechargement.htm

 

 

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Numéro 138 juillet 2025     

Evocation :



TIKASSIḌIN N MUḤEND U YEḤYA

Sɣur Mayas Ilyas

 Imeslayen ucbiḥen i yezgan ɣef yiles n Muḥya :

" Ad s-tesleḍ ( takassiṭ) , ad d-tuɣaleḍ

Ad d-tiniḍ, rnu- d tayeḍ

Ad d-nernu, ad d-nernu..

Mazal lxiṛ ar zdat .. "

___ Muḥya yezga yeqqar :"Ṣṣeḥ, d ayen i txedmeḍ , mačči d ayen i tkesbeḍ. Yerna ayen ara txedmeḍ s ufus-ik, ad yeqqim i wiyaḍ..."

Dɣa, ayen i d - yeǧǧa Muḥya, d agerruj ameqqran : d isefra, d iḍrisen, d tineqqisin , d timezgunin , d timucuha, d tidiwenna (des interviews) d wayen nniḍen...

Di leqdic - ines, yella wayen i yura netta s timmad-is, d asnulfu-ines. Yella wayen i d-yewwi ɣer yibeṛṛaniyen, ɣer tsekelwin nniḍen , d amsasa kan , yerra - tent-id ɣer teqbaylit . Icebbeḥ - itent akken iwata. D yiwen udem n usnulfu diɣen, mi d as - nesla , ad d-tiniḍ d nutni i d-yugmen ɣur-s, mačči d netta i d-yugmen ɣur-sen.

Ma nefka - d kra n yimedyaten kan : _ Muḥend U Caɛban ( Le ressuscité n Lu Xun) _Llem-ik , ddu d aḍar - ik ( L'exception et la règle n Bertolt Brecht) _ Muḥend U Caɛban yeččan taxsayt ( Memnon ou la sagesse humaine n Voltaire) _ Tagerfa d uberraɣ ( Le corbeau et le renard n La Fontaine) _Imexluqen-agi heddṛen kan ( Le loup et la vieille n Esope) _ Aggur d yitri, Lezzayer teddifili (Cortège n Pervert ) _ Si Partuf ( Tartuffe n Molière) _ Tacbaylit ( La jarre n Luigi Pirandillo) _ Muḥ n Muḥ ( Pauvre Martin n Brassens) _ Amzzeṛti ( Le déserteur n Boris Vian) _ A ddin qessam ( Merde à Vauban n Seghers) _ A win iheddren fell-i ( La statue n J. Brel) _ Yiwwas ad dlun fell-as ( Nuit et brouillard n Jean Ferrat) _ Taddart - nneɣ ( Le Jardin d'amour n W. Blake ) _ Annuz (L' opium du peuple, d ukkis deg udlis Capital n Karl Marx) .... atg.

___ Muḥya d yiwen i iḥemmlen ad iger diɣen timuzigatin di leqdic - ines, dacu d tisgunfutin timecṭuḥin kan. Gar ccnawi akked imẓawanen i yessemres, ad d- naf : ccna aɣerfan n teqbaylit iḍebbalen , aẓawan akurdi ( kurde), aẓawan n tefriqt (africain), timuzigatin n rradyuwat akked isura ( des pièces radiophoniques et de films), timuzigatin n yimẓawanen am M. Theodorakis, Menestrier, Strauss, S. Prokofiev...

___ Aṭas seg yiccennayen yecnan isefra - ines, ma nebder-d gar-asen : Ferḥat, Yidir, Azenẓar, Brahim Izri, Ǧurǧura, Sliman Cabi, , Ideflawen, Ɛli Tiddukla,, Agraw, Takfarinas, Malika Domran, Debza..

Muḥya d yiwen iḥemmlen taqbaylit aṭas, iga-yas ccan d ameqqran . Ɣur-s netta , yezmer akk ad immeslay yes-s tiɣawsiwin yellan akk deg tudert, di ddunit. Dɣa tagi d asmekti kan, yiwet n tikkelt, yenna - yas yiwen i Muḥya :

__ "Cukkeɣ Taqbaylit ur tezmir ara i yiman-is."

__" Ahat d kečči ur nezmir ara i yiman - ik, taqbaylit tezmer i yiman-is ". Akka i d as - yerra Muḥya .

___ Mačči d yiwet i nezmer ad d-nini fell-as, ayen nebɣu nenna - t-id, drus, am tiqqit n waman deg yilel (lebḥeṛ). Amahil - ines meqqer,yufrar, igerrez, ur yettmettat, ad t-id-taf tal tasuta ...

___ Dagi. ferneɣ - d yiwet seg tneqqisin i d - yerra ar teqbaylit. Afṛux di ccetwa ( L'oiseau, la vache et le renard / Udrig. Anonyme ) : https://youtu.be/IhiJSTiQLbA

[Tazwart]

Dagi tura, ur neẓri ara amek ara d-nini :

Ma yiwen ufus iwwet -ik, wayeḍ iceffeɛ-ik neɣ yiwen ufus iceffeɛ - ik, wayeḍ iwwet - ik

Attan tqessiṭ :

[Aḍris]

Yiwen n ufṛux di ccetwa, laẓ, asemmiḍ, yeɣli iri n ubrid, yeqqim - as-d ad yesselqef. Hata yiwen ileḥḥu - d, yezzuɣer-d tafunast . Wwḍen - d nnig-s, tafunast, tebra- d i ticict, a lxiṛ-ik a Ṛebbi : d taḥmayant, d taččuṛant, d ayen kan. Afṛux - nni, temḍel - it dinna.

Cwiṭ kan, tezreɛ - it - id taṛwiḥt. Ɣas yufa-d iman-is yenṭeḍ ddaw ticict, yekkes - as usemmiḍ - nni, yekkes - as laẓ, yerra-tt i uṣeffer. Yettṣeffir, yesčewčiw dinna, d tameɣra.

Iɛedda-d wuccen :

__ Ticict tesčewčiw !

Yewhem. Yebbeɣ aqamum - is, yufa afṛux amcum. Yenna-yas :

__ Yya-d fell-ak i ttnadiɣ.

Yečča - t.

[Tamsirt]

Ad twaliḍ tura : Yiwen izebbel - ik, ahat mačči d aɛdaw ayenni . Yiwen ad k-id - yessukkes, ahat mačči d aḥbib ayenni . Ma tallast tekker fell-ak

Meqqar tawaṭṭfa n yimi.

______ Ad yesgunfu di talwit.

Mayas Ilyas

 

 

 

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Numéro 138 juillet 2025

 

TIMEZDEYT-nneɣ 

 

Snat temεayin sɣur Ahmed Ait-Bachir :

 

Ahmed Ait Bachir

01-02-2025  

1)      Asmi yella Ḥmiduc d aεsekriw

Asmi yella Ḥmiduc d aεsekriw, yenna-d yella yiwen lieutenant-colonel d aqbayli, maεna, warǧin i d-yemeslay s Teqbylit. Asmi i nfuk lenstruction, yekunvuk-iyi-d ar lbiru ines, wehmeɣ i wacu. Yenna-d wwḍeɣ, wwteɣ-as taḥya, yenna-yi-d s teqbaylit :

-Andda i tebɣiḍ ad tt-ruḥeḍ a mmi-s n tmurt?

-Bɣiɣ ad ruḥeɣ ar Lzzayer.

-Yella wemkan ar Lḥarec, maεna ma tuɣeḍ awal-iw, ǧǧ-ik di Lḥarec.

-Bɣiɣ ad qarbeɣ ɣer wexxam.

-Nniɣ-ak aɣ awal-iw.

-Ihi wali andda i ilaq.

-Ad k-cegεeɣ ɣer Becar, la 3em région militaire, ad tt-baεdeḍ ɣef cwal.

Yenna-d Ḥmiduc ruḥ-ɣ ar Becar. Nebbeḍ akken-ni yak tarbaεt, nufa d yiwen lkapiten i yellan d lofficier dina, dɣa yesawel i yiwen lajudan :

-Dir-hum Ṣef!

Yenna-d Ḥmiduc ixedmeɣ d idura, syina yenna-yaɣ-d :

-Aya! Premier choix men, deuxième choix men!

Yenna-d Ḥmiduc, neqqim newhem kan, nettemyixzar gar-aneɣ, uɣaleɣ xedmeɣ cwiṭ lkuraj i yiman-iw, nniɣ-as :

-A ḥaḍarat, ma fhemnac.

-Kifac ma fhemtuc? Premier choix Qbayl, deuxième choix lexxrin!

Yenna-d Ḥmiḍuc kemmkeɣ-as i lkuraj-nni inu, ruḥeɣ ar wemkan-nni n premier choix, dɣa ḍefren-iyi-d Yeqbayliyen yellan dina. Yiwen Ucawi ur tyaεǧib ara lḥal, dɣa yenna-yas i Lkapiten :

-A ḥaḍaret, ḥna gaε Amaziɣ.

-Ckun gal-k ḥna mačči Amaziɣ? Ana, rak tcuf-feya Kapiten, beṣeḥ deuxième choix. Ḍurka, enta ki rak tehdar, Amaziɣ mnin-k?

-Ana Cawi, men Batna.

-Ihih... anta rak troisième choix! Ɛendi aḥal n sana f laṛmi, εemri ma smaεt waḥed Cawi qal "ana Cawi Amaziɣi." Beṣeḥ xawtek Leqbayl yezuxu b Leqbayla taεhum. Ki rak tḥewes tefhem, ngul-kum waεlec premier choix i deuxième choix: "Waḥed lxetra, tlaqina fi waḥed lakrucaǧ mεa irhabiyin. La compagnie n taεi, εendi 52 εesekri, 20 Qbayl u 32 Aεreb. Ḥazni wayed irhabi, blisit, teḥt. Lεeskker Ɛreb ki cafu-ni teḥt, gaε harbu, waḥed ma bqa. Zuǧ εesekri-yin Qbayel, ǧebduni, dawni ḥeta l trig lgudru, ḥebsu taksi, rrmaw-ni l-daxel, neḥaw lpirmi lcufur, galu-lu dih lsbiṭar, leεcyia rrwaḥ teddi lpirmi taεk f lkazirna. Tem tem walew lmenṭiiqa n taε lakrucaǧ. Fi εecrin εesekri Qbayl, ḥeta waḥed ma hreb. Ngul-kum! Yaxi ceftu gaε lfilm "Rambo"! Mala, Qbayl hadu, hak-dak daru! Haw-lik waεlac premier choix i deuxième choix.

Ahmed Ait Bachir

01-02-2025  

 

2)      Rabeḥ Nat-Ɛli Wanu, d acennay aqdim

Rabeḥ Nat-Ɛli Wanu, d acennay aqdim, yettwasen kan di temnaṭ-nnsen. Ttawin-t medden Icennu di tmeɣriwin, ḥemmlen-t akk, axaṭar ixeddem lambyans. D acu, yesεa yiwen ccarṭ, d aqbuc n ccṛab, ilaq ad-d-ires di la ssen, iwakken ad yesebzag taɣuct-is sya ɣer da. Yezmer a d-ak yecnnu baṭel, maεna ma ulac aqbuc-nni aεekem, ḥawwet neɣ qqim.

Yiwen wass iruḥ-d ɣur-s Si Meqqran At-Lfuḍil si taddart n Tmeɣrusin, ttaddart n yemrabḍen, yenna-yas :

-A rabeḥ, atan ass n lǧemεa ad as d-awiɣ tameṭṭut i mmi, bɣiɣ ad ntruḥ-ḍ ad aɣ d-ccnuḍ cwiṭ.

-Yirbeḥ a Si Meqqran, maεna, yak tesneḍ ccraṭ-iw nekni ?

-Aha kan a r Rabeḥ, ccarṭ-ik nesen-it, Kkes aɣbel, aqbuc-ik ad d-yili.

Tewwḍ-d lǧemεa, iruḥ Rabeḥ ar Tmeɣrusin. Yuffa la ssen-thegga, yečča imensi, yenna-yas i Si Lfudil :

-Yak, yella weqbuc-nni?

-Ruḥ a Rabeḥ ur ttaggad, aqbuc atan yezwar-ik ɣer la ssen!

Rabeḥ yuli suffela n la ssen, yebda yettqεid

amunddul-is, yerigl-it akk, yenna-yasen :

-Ihi dayen ad nebdu?

-Wa tεeṭṭleḍ a Rabeḥ, bdu bdu...

Yeddm-d aqbuc-nni amecum, yewwi-t s immi-s, dɣa yeswawi, yergagi akk wedem-is, isers aqbuc-nni, yeddm-d amuẓiḍ-nni n umunddul-is, yebda yettarra-t ar daxel-is. Sya d sya ara d-ttuɣun :

-D acu-t akka i k-yuɣen a Rabeḥ, εni ad ttruḥeḍ ?

Rabeḥ iεeleq amunddul-is ɣef yatt-is, yenna-yasen-d :

-Wa Yat-Meɣrusin! Ikil ttaken-t i yfellaḥen ad t-niṣeḥi Rebbi, mačči i yfenanen!

Ahmed Ait Bachir

16-01-2025

 

 

 

 

 

 

 

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 Numéro 138 juillet 2025

Les poèmes : 

                                              

Sin ‘isefra i d-yesuɣel Ziri At-Mεemmer

 

 

Liberté (Paul Éluard)

 

Tilelli

 

Ad aruɣ isem-im

Ɣef zzmamat-iw d ṭṭabla uɣerbaz

Ɣef isekla ur yezmir yiwen ad at-ten-yer

Ɣef rrmel, γef wedfel mi ara d-yeddem aεekkaz

 

Ad aruɣ isem-im

Ɣef isebtaren akk ɣran medden

Ɣef icebanen ideg ccix ur yura ur yedden

Ɣef weru, idim, iccer lkaɣe neγ iɣiɣden

 

 

Ad aruɣ isem-im

Ɣef lemuregga n wuraɣ

Ɣef lfuci n med Umerri-nneɣ

Ɣef tcucay igelliden akk ssneɣ

 

Ad aruɣ isem-im

Ɣef tegwa n tniri

Ɣef leεcuc d isennanen i tziri

Ɣef usiwel n temi-w, mi ara s-d-tuɣal teɣri

 

Ad aruɣ isem-im

Ɣef tunicin ineglusen n yi

Ɣef weɣrum amellal n wass ay ul tri

Ɣef lawanat yemyexaben teri

 

Ad aruɣ isem-im

Ɣef tfawtin usigna igenni-iw azegzaw

Ɣef tala n yiij iɣemlen zdat wallen n Wezwaw

Ɣef tasift itekksen fad i yimi, mi ara yekkaw

 

 

Ad aruɣ isem-im

Ɣef yal iger, ɣef ugemma

Ɣef iferrawen n wefrux mi ara yessegma

Ɣef tessirt n tili ideg nettulfu i kra d asemma

 

Ad aruɣ isem-im

Ɣef yal abbu n tafrara

Ɣef yilel d lembaber merra

Ɣef Ğerğer ur sεint akk tmura

 

Ad aruɣ isem-im

Ɣef ifurran usigna

Ɣef tidi n rrεud diɣenna

Ɣef iberquqen ugeffur mi d-yerna

 

Ad aruɣ isem-im

Ɣef yal talɣa iberrqen

Ɣef nnaqusat n yinan yettwamerrqen

Ɣef tidet m wul ireqqen

  

 

Ad aruɣ isem-im

Ɣef tebri yettwaberrzen

Ɣef iberdan isaxen yeddrebzen

Ɣef imeqan ideg medden akk teddzen

 

Ad aruɣ isem-im

Ɣef teftilt yettaɣen imiren

Ɣef teftilt deg wallen-is mi ara tberren

Ɣef yexxamen-iw seddaw yiwen ssqef, yeffren

 

Ad aruɣ isem-im

Ɣef lfakya yeban ɣef sin

N lemri yakk d texxamt-iw, a win ur tt-nessin

Ɣef wusu-w ideg ur d-grint texnanasin

 

Ad aruɣ isem-im

Ɣef weqjun-iw aleggaγ ieqqen

Ɣef imeẓẓuγen-is ibedden

Ɣef ilabbaen-is a medden

 

 

Ad aruɣ isem-im

Ɣef lecqayeq n tewwurt-iw

Ɣef ijequren akk n wexxam-iw

Ɣef tesa n tirgit n wul-iw

 

Ad aruɣ isem-im

Ɣef tunicin akk nuklal

Ɣef yenyiren imeddukal

Ɣef ifassen akk yeẓẓlen, mi ara ten-nwali tikkwal

 

Ad aruɣ isem-im

Ɣef ṭṭwaqi n tmuffirin

Ɣef icenfiren yettrağun werɛad tt-frin

Di leεli sennig tsusmi n tudrin

 

Ad aruɣ isem-im

Ɣef lɣiran-iw yerwin

Ɣef ikankilen-iw d-yeɣlin

Ɣef leyu n teqre-iw yulin

 

 

Ad aruɣ isem-im

Ɣef leɣyab war asirem

Ɣef tewlawalt tabuεeryant yeqqes wezrem

Ɣef tseddarin n tmettant m lhemm

 

Ad aruɣ isem-im

Ɣef tezmert i d-yuɣalen

Ɣef kra ttagaden medden irewlen

Ɣef usirem war amekti n wussan yuzzlen

 

Yerna s wafud umeslay

Ad bduɣ ddunit tamaynut

Luleɣ-d akken ad kem-issineɣ

Akken ad am-ssawaleɣ

 

Tilelli

 

 

 

Erlkönig

(Johann Wolfgang γon Goethe)

 

Qebba lerwa

 

Anwa-t wemnay-inna i s-d-yerran ssira i uεudiw-is deg i-agi n wau?

D baba-s d mmi-s iɣef la yettsuu;

Yessers-d aqcic deg iciwi-s,

Iɣumm-it-id s teca ubernus-is.

 

"Ini-yi-d a mmi, d acu yerran akka udem-ik d awraɣ?"

"Nnaγ a ba! Ur twala ara qebba lerwa-agi la d iyi-d-yettgabaren am ubaraɣ?

Qebba lerwa s ucebbub-is imkerteṭṭi am win n tewkilt?"

"Xai, xai a mmi, allen-ik d azaylal i la ttwalint.

 

"Kker ay aqcic abaan, kker ad teddu yid-i tura!

Turarin yelhan, ad tent-turare yid-i merra;

Kra n tjeğğigin tizerreqmaniyin ad tent-in ɣef yiri n wasif;

Yemma ɣur-s icettien n wuraɣ yezzuzufen lif"

"Wa ba, wa ba, tesli-as i wesbecbec-is d-ieggem,

Qebba lerwa  wayen akk d iyi-eggem?"

"Ur ttagad, ur ttagad ammi, ala!

D au-yagi kan i la yettsuun ger isekla"

 

"Ay aqcic udiq, yak tri ad teddu yid-i kan?

Yessi tuɣ-itent la k-ttrağunt yakan;

Yessi ad k-derrzent tawsa

Ad k-zzuznent s cce, ccna d teḍṣa".

 

"Wa ba, wa ba, ur tent-twala ara s agemma

Yessi-s n qebba lerwa deg wadeg-inna aberkan asemma?"

"A mmi, a mmi, ur ddreɣleɣ ara:

Ayen d-tenni segmi ulac-it, ur t-walaɣ ara"

 

"emmleɣ-k, ccbaa-k tettseḥḥir;

Imi ur d ak-yehwi s lekar, ad k-ddmeɣ s udebbuz d lir"

"Wa ba, wa ba, la d iyi-tberren afus tezzuɣur deg-i!

Teqre-iyi nezzeh tmettant-agi!"

 

 

Argaz yerra-yas ssira i uεudiw d aqlaqal,

Yeme mmi-s yeqquren am ubuqal,

Yessawe-it s amejjay ɣas yeqqel semme;

Deg iɣallen-is i d as-yewwe sanda ara nawe.

 

Asuɣel n Ziri At-Mεemmer

 

 

 

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 Numéro 138 juillet 2025    

 


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Dernière révision :
  30/09/2025    mardi 30 septembre 2025

 

 

 



[1] I fauvette, llan daɣen sin  wawal nniḍen : fauvette : asaflaw, abuṭejjiw