24 ème année
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Prénoms algériens authentiques (mis à jour et augmenté)
Sommaire :
1°) Texte en prose :
Hiver
brûlant (Tagrest,urɣu), roman de Σmer Mezdad, éd. ayamun,2000
Extrait d’une traduction en cours
par M. B, pages 1 à 24
2°) Chroniques_Timkudin : Snat temkudin sɣur Lmulud Sellam
3°) Etude :
Témoignages de la "longue marche"
hilalienne, par Claude H.BRETEAU, Micheline GALLEY, Arlette ROTH
In
ACTES DU DEUXIEME CONGRES INTERNATIONAL D’ETUDE DES CULTURES DE LA MEDITERRANEE
OCCIDENTALE.TOME II
pages
329 à 341
4°) Un article : Uqbel
ad teɣreḍ ayen yellan akkin i umnaṛ, Sɣur Mohand
Aklis, FB 17juillet 2025
5°)
Un autre
article : Sul i d-neffiɣ si «la régression féconde »,
mi fkan afus kra n ‘imussnawen !
sɣur Aumer U
Lamara, Le Matin d’Algérie 07/05/2025
Tizi_wwuccen_methode_de_langue_berbere_kabyle.pdf
Textes Berbères des Ait Souab (Anti-Atlas, Maroc)_Jean
Podeur_1995.pdf
7°) Evocation : TIKASSIḌIN
N MUḤEND U YEḤYA, sɣur Mayas Ilyas
8°) TIMEZDEYT-nneɣ :
Snat temεayin sɣur
Ahmed Ait-Bachir
9°) Le poème : Sin ‘isefra i s-yesuɣel
Ziri At-Mεmmer : 1) Tilelli 2)
Qebbaḍ lerwaḥ
11°) Toutes les rubriques :
Hiver brûlant (Tagrest,urɣu)
roman de
Σmer Mezdad, éd. ayamun,2000
Extrait d’une
traduction en cours
par M. B
pages 1
à 24
I -
SALEM
A cette étape de l’interminable marche, c’est
une tempête de neige qui les accueille : blanche et froide bienvenue sur
les terres suspendues des Aït Yedjer. Les cristaux timides et épars qui voltigeaient
jusque-là s’enhardissent maintenant en flocons, larges à rappeler des pans de
burnous, comme aime à les décrire l’exagération des comparaisons montagnardes. A mesure qu’ils gagnent en
altitude, terre et broussailles disparaissent sous l’immaculé manteau.
La
fatigue, s’imposant en crampes et
courbatures, pèse sur leur progression. Les pieds sont gourds, lourds
comme lestés d’invisibles boulets de
plomb. Parfois, certains patinent avant de vaincre l’inertie qui les fige,
d’autres voient leurs efforts neutralisés par de décourageants pas en arrière.
Ne sont-ce la boue et la neige qui épaississent leurs semelles et, en
débordant, évasent le contour de leurs
chaussures, ils attribueraient leur lenteur à quelque frein sournois du cœur qui
se morfond ou de la peur qui leur mine les entrailles.
Une
avance appréciable détache le chef du reste de la procession. Derrière lui ses
hommes peinent. Un chapelet de fourmis aux mandibules chargées de graines et défiant
la raideur d’un talus. Sauf qu’à la différence d’une colonie de ces noires
bestioles, leur petite colonne à eux n’en finit pas de blanchir sous les
flocons laineux, et leurs épaules ploient sous des charges d’acier plutôt que
sous des sacs de blés.
Dos
meurtris, cœurs lourds, les pieds luttant contre les caprices des sentiers et la neige. La
peur aussi, malgré leur courage. C’est
qu’ils ne sont ni d’acier ni des adeptes
de l’advienne que pourra. Dans leurs
veines coule un autre sang que
celui dont l’écume autorise toutes les audaces. Rien à voir avec ces héros de
légende sortis droit de l’imagination féconde des aèdes ; ceux-là seuls
peuvent se targuer d’une échine qui ne peut tressaillir et d’une mâchoire qui
ne sait frémir, les jambes toujours droites et alertes, prêtes à casser plutôt
qu’à subir l’affront de la moindre courbette.
De
chair et de sang, l’homme, aussi courageux soit-il, connaît la peur. Il arrive
qu’elle fonde sur lui telle un rapace pour le couvrir de toute l’envergure de
ses ailes sombres, de le maintenir otage de
sa chape d’angoisse qui lamine la poitrine ou de l’emplir d’un épais
brouillard jusqu’à lui troubler la vue. Quand elle le surprend, elle lui
foudroie le cœur ; ses jambes la reçoivent comme une décharge, ses mâchoires
telle une onde de choc. Et sur un front de guerre, le preux a beau être preux,
son cœur reste accessible à la hantise de l’amertume embusquée, de l’imminence
du face-à-face avec la mort et, bien des fois, du regret d’un retour toujours compromis. Sauf que, du fait de son
courage, la conscience du risque ne fait
pas obstacle à sa course. Pour l’honneur d’être né Homme, il s’exerce à rester
le maître de ses appréhensions chaque fois que sa lucidité lui brandit la
menace des dangers à venir. Ainsi Salem,
le chef du groupe. Il lui arrive de croiser la peur. Son mérite est de savoir
l’apprivoiser en feignant d’ignorer l’affreuse morsure de ses tenailles.
Salem n’est pas non plus un suicidaire ni un s’en va-t-en-guerre. Il
aurait eu le choix qu’il aurait opté les yeux fermés pour une vie
paisible ; lisse et sans aspérités. Il n’est pas insensible à
ses bienfaits et à sa valeur à
disqualifier tout étalon. Qui peut cracher sur une vie douillette ? Qui
refuserait de traverser l’existence sur un chemin rectiligne et serein, sans
épines ni avatars ? Qui voudrait tourner le dos aux délices et à la
fortune ? « Hormis le macaque de nos forêts, nul ne fuit un plat de
couscous garni », disait la
dérision des anciens. Ainsi s’interroge-t-il pendant que sa silhouette
hante maquis et montagnes, loin des siens, à des lustres des paisibles
conversations familiales qui l’emplissaient d’un bonheur qui frisait l’extase.
A ne considérer que l’insatiable ego, contre tout l’or du monde il n’aurait
échangé cette chaleur exquise d’un âtre flamboyant, géniteurs et progéniture à
portée de main, le temps s’égrenant comme un fleuve tranquille.
En optant pour cette voie, la page qu’il avait
tournée couvre désormais ceux qui lui sont chers, comme ensevelis dans un temps
si proche mais révolu. Eux aussi ont sans doute appris à vivre sans lui. Le
cours de l’existence charrie peut-être
leurs rêves dans le sens d’un courant
qui n’est pas celui qui l’avait emporté.
Dans le meilleur des cas, sa femme et ses enfants l’enfouiraient en un coin de leur être, simple image dans la
mémoire, s’estompant à mesure que s’épaissit le brouillard du temps, ne lui
concédant que l’ultime avantage que son souvenir ne soit pas terni. Il sait
qu’il les a privés de tout, y compris de son ombre qui leur incarnait l’espoir
rien qu’en emplissant l’embrasure de la porte. Souvent, il se retrouve aux
prises avec la culpabilité de les avoir abandonnés, aujourd’hui livrés à la
précarité et la misère, demain peut-être
aux larmes amères que ferait couler sa mort.
Les jours de grand gel comme aujourd’hui, les émotions négatives le
harcèlent davantage à l’idée qu’ils aient faim et froid. Quelle âme
généreuse daignerait leur faire don d’une galette ou d’un fagot
de bois ? Ils n’ont que lui, mais lui se retrouve entre plaines et montagnes, à cheval sur la vie et la mort. Ses pieds exécutent la
marche lorsque son cœur se morfond dans l’ignorance de l’instant où le fil de
son existence céderait. Il a certes tout accepté, et en connaissance de cause. Mais la dure
carapace qu’il exhibe au clair cache un cœur meurtri. Une voix profonde le
sermonne de l’intérieur chaque fois qu’il consent à l’écouter :
« Quel genre d’homme tu es pour accepter l’inacceptable et te perdre dans
les méandres d’une situation qui t’échappe ? Tu as longtemps nourri
l’espoir d’une vie sereine, et te voilà séparé de la chair de ta chair,
saignant de l’absence des rires et des paroles aimés. »
Paradoxalement, la vrille de la culpabilité qui
lui laboure l’esprit finit à chaque fois par aiguiser sa détermination. Elle
l’exhorte à transgresser ses limites pour aller chercher les arguments
susceptibles de la faire taire ; un exercice d’où sa conviction revient toujours renforcée.
Maintenant la plaine n’est plus visible
derrière eux. Les montagnes succèdent aux collines devant la dizaine d’hommes
qui les bravent tels des Sisyphe pour qui des charges d’acier ont remplacé la
pierre de la légende. A ce stade, les signes de fatigue éclatent les uns après
les autres, la majorité du groupe
s’arc-boute pour supporter le poids des ballots. Mine de rien, cela fait une
semaine qu’ils marchent, depuis l’extrême est du pays où ils avaient rencontré
Ceux des frontières
et récupéré leur quota d’armes et de munitions. Tout au long du chemin de
retour, ils ne cessent de régler rythme et itinéraire aux humeurs du ciel. Les nuages rares et
effilochés des jours d’avant les avaient
contraints à marcher la nuit tant ils ne pouvaient espérer un camouflage naturel
le jour. Signe que la mèche est
vendue, les mouchards au-dessus de leurs têtes s’enragent à les repérer. Une
aubaine donc qu’aujourd’hui le brouillard et les nuages bas s’interposent entre
eux et l’œil perçant des maudits avions. Ils se fient à ce bouclier céleste non
sans nourrir une réelle inquiétude tant est inestimable l’enjeu de cette
mission.
Pour ses compagnons Salem est un homme âgé, lui
qui n’a même pas bouclé ses trente cinq ans. Relativité oblige, il est le doyen
de ses protégés dont la majorité est
imberbe. Certains d’entre eux ne
sont pas encore astreints au jeûne du mois sacré selon les préceptes de
C’est donc plus par considération à son âge
qu’à son rang de chef que Salem a été exempt dès le départ de porter quoi que
ce fût hormis ses objets personnels. En quittant la frontière, l’un de ses
compagnons, un jeune garçon originaire d’un village du littoral, avait insisté
pour qu’il en fût ainsi :
« Nous répartirons ton lot entre nous,
avait-il décrété, notre jeunesse devra servir à quelque chose ». Il avait
peut-être deviné que Salem observait le carême.
Ainsi allégé, le chef est tout à son rôle de
mener à bon port les hommes et leurs charges. Il n’est pas sans savoir que de
toutes les missions, celle d’approvisionner les maquis en armes et munitions
reste des plus exigeantes. L’itinéraire se rallonge des détours sûrs pour se dérober au regard
étranger, amical ou hostile fût-il. Quand de surcroît les missionnaires ont
conscience que la mèche est vendue ainsi qu’il en est à présent, ils savent que
la moindre imprudence les perdrait. Ils s’imposent alors les itinéraires les
plus ardus et improvisent les leurres les plus subtils. Les sentiers oublient très vite leur trace et, selon
l’altitude, oliviers, pins ou cèdres offrent gracieusement la protection de
leur feuillage. Le corps consent à
n’être que silhouette furtive : Le vent absorbe ses moindres bruissements
et le brouillard son ombre traîtresse. Rien n’est de trop pour déjouer les pièges de l’ennemi. Lui ne lésine
pas sur les moyens autant qu’il ne manque
d’imagination. L’enjeu de l’opération exacerbe sa férocité, et ses
mouchards tourmentent de plus en plus le
ciel et la terre. Par leur obstination, ils rappellent parfois à Salem les
petits papillons de nuit autour d’une literie. Mais si ces insectes ailés sont
la réincarnation des âmes des chers disparus en quête des odeurs familières,
les avions au dessus de leurs têtes ne sont qu’esprits maléfiques. Leur bruit n’a rien d’un bourdonnement
nostalgique. Plutôt un aboiement nocturne et ininterrompu d’un chien de ferme ayant flairé au loin l’odeur
d’un intrus.
Tout vigilant qu’il est, Salem ne s’empêche pas
de s’aménager de temps à autre une brèche pour laisser voguer son esprit
au-delà de ce présent fait de froid et de fatigue. Quand il a rejoint les
maquisards il avait laissé derrière lui sa femme et ses deux enfants. Un statut
certes délicat mais pas au point de l’avoir dissuadé. Dans la symbolique des
métaux qu’il connaît bien, cela s’appelle choisir entre le fer de la dignité ou
l’argent de la résignation. Il a préféré le fer en dépit de ses devoirs et son
attendrissement paternels. Il est des moments où l’homme doit s’élever au
dessus de ses instincts. Ce n’est qu’en marchant sur leur poussière qu’il
s’élancerait à l’assaut de ce qui le dépasse.
Du nord de
Or donc, pour couper court aux hésitations,
Salem opta pour la solution radicale. Ce n’est que bien des jours plus tard,
après qu’il se fût assuré de sa totale intégration parmi les combattants et que
la nouvelle de son engagement fût connue de tous, qu’il décida de rendre visite
aux siens. Juste un court passage à l’aube, car ce genre de visites n’a jamais été une partie de plaisir ; à
commencer par le spectacle choquant de
la misère qui vous accueille en lugubre hôte dès le seuil de la maison.
On a beau s’attendre à trouver une situation lamentable, par son ampleur la
réalité surprend la prévision. Sans compter
les risques. Salem savait que bien des villages étaient déjà infiltrés et rien ne pouvait garantir
l’immunité du sien. La galle touche un seul figuier et tout le figueraie est perdu, prévient la sagesse du terroir.
Ce mal de traîtrise taraude toujours son esprit
d’idéaliste. Il reste incrédule devant un choix aussi déshonorant. N’est-ce pas
le comble de l’indignité que d’être les
yeux du bourreau ? Pourtant nombreux sont ceux qui ne s’embarrassent
d’aucun scrupule pour jeter leurs frères dans les rets de l’ennemi. Le sang
mêlé, la religion partagée, la même langue tétée dès les premiers vagissements,
rien de tout cela n’empêche
l’accomplissement de leurs sombres desseins de corbeaux maudits.
Oublieux de l’enfance jalonnée des mêmes
privations, oublieux de la faim et de la morsure du gel sur leurs orteils nus,
ils prêtent leurs yeux à l’agresseur aveugle qui a humilié le pays.
Le
beau-père de Salem a été récemment assassiné en France par une main sœur
et musulmane. C’était un vieil homme sur le seuil de la retraite, simple et d’une générosité sans bornes. Rien
ne le prédestinait à une fin aussi tragique. Le jour de sa mort, après les
galeries de la mine et une bonne
toilette qui le purifia de leur
charbon, il va s’attabler dans un bistrot. Il n’avait jamais goutté à
l’alcool, mais ces endroits offrent
l’occasion d’un échange chaleureux avec les enfants du pays. Rien de
mieux pour tordre le cou aux angoisses et au froid de l’exil. De plus c’est un
samedi soir. Un rendez-vous privilégié pour confier la rédaction d’une lettre à
quelque jeune lettré, sous réserve de courir plus vite que l’ivresse de ce dernier. Un bienfaiteur
aviné, c’est la fidélité des propos qui en serait compromise. Sa plume
s’affranchit de l’emprise de l’esprit pour s’en aller tracer des mots
inintelligibles et des phrases décousues. Le vieillard avait déjà fait les
frais d’une telle mésaventure. La réponse de sa famille, à l’époque, lui avait
rapporté les cruels sarcasmes des gens du pays :
« Un homme aussi âgé et connu pour sa
sagesse !
- Pourtant il était un fervent croyant. Comment
peut-on subir une telle métamorphose à ne plus savoir ce qu’on raconte dans une
lettre ?
- Le pauvre, les tares avaient miné sa jeunesse
et c’est dans le pêché qu’il égrène ses vieux jours.
- Ne dit-on pas que c’est par les vieux que
prolifèrent les scandales !
- Du temps où le monde est monde, à son âge on
pensait au pèlerinâge à la Mecque, le voilà qu’il rédige ses lettres dans les
vapeurs de son ivresse »
La multitude est impitoyable. Amnésique. Irrationnelle.
Elle juge raide et sans appel tant qu’éluder la présomption
d’innocence arrange ses dérisions. Personne ne s’est rappelé que le vieux
n’avait jamais tenu plume. Dans leur raccourci, les villâgeois l’ont accablé
tout en disculpant un jeune anonyme, lui-même, il est vrai, victime de
l’implacable sentence du chemin de l’enfer pavé de bonnes intentions. Depuis
cette mésaventure, le beau-père de Salem s’est inspiré de l’apprentissâge
légendaire du chacal qui ne se laisse jamais avoir deux fois. Ses narines en
infaillible détecteur, il s’abstenait de confier la rédaction de sa missive au
moindre soupçon éveillé par l’haleine
d’un jeune homme sollicité. « Rien ne presse mon fils, nous laisserons la
lettre pour une autre fois » se justifiait-il pour couper court à
l’atmosphère de gène que suscitait son changement d’avis.
Or donc ce samedi-là, il avait tôt fait de
s’assurer les services d’un rédacteur avant que la bière ne s’emparât de sa
lucidité. Il était loin de se douter que son terme l’attendait dans ce bar,
lui le fervent croyant, le virtuose
incontesté des chants liturgiques.
Assis à la première table, dos tourné au
passâge qui prolonge l’entrée, il dicte paisiblement au lettré les paroles à
transmettre. Malgré le brouhaha alentour, il baisse la voix de sorte que le déballâge se limite tout au
plus au périmètre de la table. Ceux qui rédigent les lettres jouissent
généralement de la même confiance d’ordinaire réservée au médecin ; on s’y
confie comme à une tombe. Ils ne sont que plume docile, évacuant les
révélations de leur mémoire sitôt couchées sur le papier. Chez tous les émigrés
illettrés, ces jeunes volontaires jouissent d’une considération sans limites pour leur culture
du secret.
Le bar
est comble. Son zinc est pris d’assaut par les piliers de bistrot et les
clients de passâge. Epaule contre épaule, leurs bavardâges vont bon train,
nourris par l’euphorie du vin et de la bière. Personne ne remarque l’arrivée
des deux auteurs du futur carnâge. Après tout, les clients arrivent et partent sans
interruption. La mobilité des consommateurs est le propre même de ce genre
d’endroit. Sans compter que par leur accoutrement autant que par la couleur de
leur peau, les deux intrus ne peuvent être que musulmans ; des têtes
noires à l’instar des autres clients. A ce détail près qu’ils n’ont salué
personne à leur arrivée. Bien après la tragédie, l’imagination des survivants
enfantera moult détails : leurs visâges étaient de pierre, les lèvres
pincées de qui n’avait jamais souri et d’autres précisions encore. La vérité
est qu’ils se sont faufilés incognito, à pas de loup comme dans une crédule bergerie. Même au moment
d’accomplir leur basse besogne, c’est avec ce geste de qui sortirait son
portefeuille qu’ils surprennent tout le monde en exhibant leurs armes. Les premiers qui les aperçoivent
ne paniquent même pas. Le voile de l’alcool aidant, ils pensent d’abord à un
simple contrôle de police malgré le physique des inconnus. Une fatale confusion
qui allait servir à merveille les tueurs à la solde du Barbu.
Leurs premières rafales ciblent les clients les
plus proches de la sortie. Le beau-père de Salem reçoit plusieurs balles
presque à bout portant. L’échine criblée, il s’affaisse net sur sa table, sac
inerte de figues sèches, sur les lèvres le dernier mot pour une lettre qu’il
n’enverra jamais. L’espace d’un
battement de cils, il quitte l’abîme se sa vie pour celui de l’au-delà, dans
l’ignorance de son agresseur et du mobile qui a actionné sa main traîtresse.
Autour de lui d’autres cadavres gisent dans leur sang, perdreaux impuissants devant l’intrusion d’un renard inattendu. Les deux
messalistes continuent à tirer sans pitié et sans le moindre égard à la face du
Seigneur. Leurs balles assassines moissonnent les ouvriers qui tombent sans
geindre ni crier, eux qui ont pris le
pli de se taire, bétail muet dans les pâturâges étrangers.
Etaient-ils pétrifiés par l’effet de surprise
ou avaient-ils payé le tribut de leurs querelles intestines ayant fait avorter
toute initiative d’union face à l’hydre du Barbu ? En quelques minutes,
quarante hommes furent réduits en cadavres, bons à grossir les statistiques
macabres. S’ils savaient la haine partout embusquée, ils seraient restés chez
eux. Ils seraient au moins morts sur les terres de leur enfance, en proférant la
profession de foi et à la lumière du soleil plutôt qu’à celle blafarde d’un bar
puant le sang et l’alcool. Ils avaient fui le pays infestés de paras et de
goumis pour se précipiter dans les crocs de ces fratricides sans pitié.
En pieux montagnard, Salem ne peut s’empêcher de mêler le Destin
en se rappelant cette affaire. Après tout, on
ne fuit pas la mort écrite. Son heure venue, la matrice maternelle ni le
creux d’un roseau ne sauraient cacher l’être. Les cas sont légion de qui sont
morts sur-le-champ en glissant dans leur
courette ou en se cognant contre l’auge
de leur étable. D’autres en revanche sont tombés du haut d’un frêne ou d’un
peuplier et s’en sont sortis indemnes ; en s’époussetant, ils
contemplèrent sidérés la longueur de leur chute, puis reprirent leur travail en
louant le Maître des cieux.
En
dépit de sa piété, cette façon de voir laisse Salem perplexe. Le même destin
subit par les victimes peut-il innocenter leurs bourreaux ? Les
messalistes il ne les avait connus que trop bien durant ses années d’émigré.
Diverses circonstances lui avaient dévoilé leur radicalisme verbal, voire plus
si non affinités. Des premiers à avoir revendiqué l’indépendance pure et simple
du pays, ils passèrent à une opposition frontale à la révolution, apportant
ainsi de l’eau au moulin d’un ennemi qui ne demande pas tant que ça. La ligne
rouge qu’ils ont franchie et l’horreur qu’ils sèment en massacrant leurs frères
le laisse incrédule même s’il n’est pas dupe des caprices de la politique et de
ses sables mouvants. Comment peut-on planter ainsi sans remords un pieu dans
son propre dos ? L’homme s’avère le pire des caméléons. Un autre visâge,
un autre virâge, rien ne lui répugne quand ses instincts éborgnent sa raison. Haute montagne d‘intrigues et de
secrets, tous les sentiers pour l’explorer y sont escarpés.
L’évocation des partisans de Messali intègre subitement une vive
colère dans la noria de ses
pensées : « Les voilà pyromanes de leur propre maison. Ils crachent sur la fraternité pour souffler de
plus belle sur la véhémence de leur vrai bourreau d’hier et d’aujourd’hui. Cet
ennemi qui les a poussés à l’exil, jetés sur le ciment glacé de ses geôles,
celui-là même qui les a écrasés jusqu’à en faire des moins que rien. Il doit
bien rire de nous maintenant qu’ils ont ouvert la porte à la discorde pour
l’introniser souveraine au cœur des familles et des tribus. Le père ne
reconnaît plus le fils, les frères dressés les uns contre les autres, plongés
dans la plus ténébreuse des myopies. Seigneur tout Puissant, plus d’un a passé
au couteau son père ou frère dans l’humide chambre de l’exil ! Nous
sommes donc à ce point vulnérables et corvéables. Comment s’étonner dès lors
que l’envahisseur se soit éternisé sur nos terres ? Qui vengera la
procession de ses victimes, longue comme
le siècle et quelques depuis qu’il nous humilie ? »
Mais la neige reprenant de plus belle, après
qu’elle ait donné l’illusion de s’estomper, refroidit son ire et le branche
derechef sur une légende du terroir en lui rappelant qu’aujourd’hui c’est le
fameux Jour du Prêt : « Février débuterait aujourd’hui s’il n’avait
jadis prêté un jour à janvier. Son aîné l’avait sollicité pour punir une
vieille d’avoir bien ri de ses trente
jours consommés au soleil et sans une goutte de pluie. Sa demande exaucée, le
premier mois de l’année déclencha les foudres du ciel contre la vieille et ses
chèvres qui périrent gelées. Lui au
moins a le sens de l’honneur et le souci de se venger. Ainsi se justifie le nom
du Jour du Prêt autant que la durée de vie des deux mois corrobore bien sa
légende. C’est un jour connu pour son humour versatile comme à la fête du
chacal : le soleil n’esquisse un
sourire pale que pour passer consignes à une tempête de grêle et de neige. Les
choses vont ainsi depuis que le monde est monde. De mémoire d’homme, nous
n’avons jamais connu une fin de janvier ou un début février sans neige. Même en
France nous l’avons vérifié ».
Quand le présent est hostile, le passé et les
légendes réconfortent. Heureux ou malheureux soient les souvenirs,
vraisemblables ou loufoques les mythes, Salem y a recours par la pensée pour
oublier la fatigue et la rigueur du temps. Cou rentré, tête nichée entre les
épaules de sorte à empêcher l’eau de s’infiltrer dans son dos, il continue de
marcher en tête du peloton. L’idée d’une halte
pour reprendre leur souffle n’effleure même pas son esprit. Il a beau
être de chien, le temps qu’il fait leur est opportun ; il est le gâge même
de leur discrétion tant il fait se terrer hommes et bêtes. Pas l’ombre d’un
berger, pas un bûcheron. Les rares villâges agrippés à ces hauteurs ne sont que
fantômes assoupis sous le silence de la neige. Que demander de plus pour
marcher le plus loin possible ? Il
n’y a que les troupes certainement mobilisées à leur trousse pour maudire ce
ciel déchaîné.
De temps à autre, il suspend ses rêveries, l’espace de jeter un œil furtif derrière lui
et vérifier que ses hommes tiennent le coup, puis il retrouve son monde
intérieur de silencieux invétéré. Salem est ainsi fait. Quand les soucis du
présent l’assaillent, il s’engouffre dans
ses rêveries comme pour marquer son territoire. Quelque peu stoïque, il
réussit ainsi à contenir les aléas de la vie au-delà d’une ligne
infranchissable. S’il les affronterait sans les fuir leur moment venu, il gagne
tout de même à ne pas en être tout le temps obsédé.
Dès son
jeune âge ses silences alimentaient la curiosité. Faire réagir une pierre
paraissait plus aisé qu’entendre une parole de lui. Dans une société où tout le
monde juge tout le monde, on le disait mentalement attardé ; un euphémisme
convenable pour signifier idiot ou aliéné. Pendant sa scolarité, le maître
d’école lui-même n’allait pas échapper à ce préjugé. Heureusement que petit à
petit, il a fini par le comprendre et le prendre en sympathie.
C’était un enseignant français, mais un
français pas comme les autres. A commencer par son accent que le r roulé
rapprochait fort bien de celui des lettrés autochtones. A part pour la
métropole en été, il ne quittait jamais
le villâge le reste de l’année. Même pas pour aller au marché qui faisait
pourtant descendre tous les hommes en ville les jours fériés.
A son arrivée au pays, les villâgeois l’ont
accueilli froidement. Ils l’ont
identifié d’abord aux autres étrangers : tous des colons et des envahisseurs.
Ainsi leur rapport à lui n’avait pu, au départ, aller plus loin que les
salamalecs d’usâge auxquels force la courtoisie. L’expérience des paysans était
on ne peut plus très riche : tout ce qui venait d’outre mer ne secrétait
qu’amertume ; et qui est mordu par la vipère, le moindre bout de corde le terroriserait.
Cependant les choses avaient évolué très vite. Patient et sincère, le maître
est parvenu en un temps record à tisser des liens amicaux et désintéressés avec
eux. Ses services allaient bien au-delà de l’instruction de leurs enfants pour
laquelle il était nommé. A titre gracieux, il
leur rédigeait volontiers leur
courrier et leur procurait les médicaments des roumis contre les fréquentes
fièvres des vieillards et des petits. Expert en divers domaines, les paysans
appréciaient plus que tout son savoir infaillible en matière de travaux des
champs. Des labours au greffâge, de la fenaison à l’élevâge, qui suivait ses
conseils appréciait à juste titre le petit plus auquel quiconque n’aurait pensé. Il fallait hisser l’ingratitude à son
comble pour ne pas admettre son apport à une communauté qui manquait de tout,
et les paysans ne sont pas ingrats. Pour
relativiser, ils n’hésitaient pas à comparer ce maître venu d’ailleurs au
marabout imam de leur mosquée. Les exigences de ce dernier les inclinaient
jusqu’à la servilité. Lui puiser l’eau de la fontaine et couper son bois
étaient corvées courantes ; sa part de blé ou de figues sèches et le
dixième de toutes les récoltes à l’occasion de l’Achoura prenaient l’allure
d’un impôt obligatoire. Et, tenez-vous
bien, l’orge ne pouvait servir pour s’en acquitter, seules les denrées nobles étaient admises
par son avidité. Devant ses caprices
royaux, même les femmes n’étaient pas épargnées. A l’accouchement de l’une des
siennes, plusieurs de celles des paysans se retrouvaient réquisitionnées pour
un rôle de bonnes à tout faire jusqu’à bien au-delà de la convalescence
postnatale. Snob et gâté, inconditionnel
de la devise soutiens-moi mère que je
ne trébuche, sa moue d’éternel insatisfait faisait planer sur tous la
menace de faire tomber le ciel, comme s’il ne tenait en place que par sa
volonté. Et les naïfs paysans se pliaient
pour, croyaient-ils, se prémunir contre les représailles de sa
malédiction sans merci.
Le maître d’école lui, était d’un autre bois.
Jour après jour les gens ont fini par se convaincre de sa naturelle bonté. A
l’occasion, ils déclaraient sans complaisance qu’il n’avait rien à voir avec
ses prédécesseurs. Certains, parlant de lui, n’hésitaient pas à l’élever, rare
privilège pour un étranger, au rang le plus prestigieux de l’échelle des
valeurs kabyle d’un Homme et demi. Il
vivait parmi et comme eux. Malgré son instruction, il était d’une
désarmante humilité et socialement aussi démuni que le commun des
autochtones.
Progressivement, par compassion ou par
reconnaissance, les villâgeois commencèrent à le gratifier. Même si une faim ne
peut soulâger une autre, à la belle saison les champs permettaient une relative
générosité. Ce n’était guère plus qu’un panier de fèves ou une botte de cardons, mais la sincérité les
rehaussait bien au-delà de leur valeur marchande. Les aléas des autres saisons,
en revanche, compromettaient tout autre élan, aussi généreux fussent les cœurs.
Du commencement des moissons jusqu’à la fin du temps des figues le maître se
retrouvait en métropole pour les grandes vacances, quant à la saison froide,
son avarice ne laissait aucune chance
pour un geste louable. L’huile d’olives aurait pu sauver l’honneur, mais le
hameau est perché au sommet de la montagne, sa flore se résume à quelques
bosquets de chaînes, les oliviers étant la chance et la fierté des
villâges en contrebas, sur le flanc du
massif.
Pourtant coté classe et élèves, Salem se
souvient encore de la fermeté de ce maître singulier. Sa réelle bonhomie avec
les parents n’altérait en rien son autorité face à leurs rejetons. Il avait
plutôt une main lourde et son mince bâton d’orme savait bien rappeler aux bonnes manières les mioches qui
s’en écartaient. Au bout de la cinquième année, sa présence à l’école donna ses
fruits ; Salem, et avec lui plusieurs de ses camarades, passa avec succès
l’examen du certificat d’études. Les résultats exceptionnels rehaussèrent le maître d’un cran dans le cœur
de la majorité qui l’admirait, tout en exacerbant la haine de ceux qui
souffraient sa popularité. Et, pour son malheur, le tout puissant caïd Mohand Aberkan était de ces derniers. Le courrier que l’enseignant
rédigeait, les nouvelles des journaux qu’il vulgarisait, sa langue qu’il
enseignait et la nôtre qu’il parlait de mieux en mieux, la paranoïa du caïd les
voyait en autant de menaces pour son
arrogante autorité. Se prenant pour référence, le propre des gens de pouvoir
est de flairer chez tous les autres l’ambition démesurée. Voyant le reflet de leurs propres calculs
dans les yeux du vis-à-vis, ils
soupçonnent chez lui le dessein de vouloir les détrôner. Pour le caïd, l’enseignant de
français était une glume d’avoine qui lui torturait la gorge et il fallait s’en
débarrasser à tout prix. Rongé par la jalousie, il le calomnia et mit tout son
poids de servile collaborateur pour l’éloigner à jamais. Un matin les gendarmes
débarquèrent. Ils perquisitionnèrent l’école et le petit réduit qui lui tenait
de logement d’astreinte. Livres, journaux et autres objets personnels du maître
furent passés à la loupe et exposés au regard des passants. L’interrogatoire et
l’humiliation avaient duré le temps d’un calvaire. D’origine bretonne, et
éloigné de France pour ses activités au sein d’un cercle revendicatif de cette
identité, le maître était une proie idéale pour satisfaire le caprice d’un caïd
dont le poids se mesurait à l’aune des
services rendus. Les gendarmes l’embarquèrent pour une destination à ce jour
inconnue, ne laissant dans le ciel du villâge et la mémoire de ses habitants
que le souvenir d’un homme pour qui le bien peut être en soit une finalité.
Comme un mauvais présâge, le départ du maître
breton a été suivi d’un drame qui frappa la famille de Salem de plein fouet.
Dans la même semaine, un incendie ravâgea son étable où périrent carbonisés
deux vaches avec leurs petits. N’étant qu’à moitié propriétaire des bêtes, le
remboursement de l’autre nécessita l’hypothèque d’un champ avec la maison
familiale. Si elle le libéra dune partie de la dette, cette option porta aussi
à son comble l’humiliation du père. Lui qui gardait la tête haute dans les assemblées se retrouva
à faire profil bas devant ses créanciers et détracteurs réunis. Même ceux qu’il
avait plus d’une fois sauvés de la ruine
et la risée coupèrent tous les ponts qui mènent à sa rencontre, le laissant
seul sur l’île de sa déchéance inattendue. Ce drame, couplé au départ du
maître, sonna le divorce de Salem d’avec son école tant aimée. Son rêve de
faire carrière dans l’enseignement pour répandre le savoir et élever le statut
social de sa famille s’évapora dans la
fumée de l’incendie. Il avait vécu cet
épisode comme un échec personnel, comme qui, après la traversée d’un désert,
s’évanouit devant la margelle du puits dont il avait tant rêvé. Sans bétail,
même l’alternative de devenir berger ne
lui serait plus permise. Il n’avait d’issue
que de faire sa valise pour le Nord
et céder à la mode amère de ces sombres années.
A son arrivée en terre d’émigration, il
découvrit un pays froid et de glace le caractère de ses habitants. Au lieu de
lui ouvrir les bras,
Huit années bien pleines de mine et d’exil çà
fait naître forcément un autre homme, et, pour son premier retour au pays, ce
fut un nouveau né de vingt-trois ans qui arriva au villâge avec la brise d’une
soirée d’été. Malgré sa jeunesse, le regard qu’il posait déjà sur les choses et
les hommes avait le poids de son expérience et ses paroles, rares et mesurées,
semblaient tirer de l’or toute leur densité. A la joie de ses parents s’ajouta
naturellement la requête attendue. Chacun de son coté, mais en flagrante
connivence, le père et la mère insistèrent pour le marier. Pour le convaincre,
ils convoquèrent l’argumentaire
classique et usé mais qui parvient
toujours à faire perdre leurs moyens même aux plus entêtés : Les biens
hypothéqués pouvaient toujours attendre de meilleurs jours, mais la joie de son
mariâge était à profiter ; n’est-ce
pas que la mort est omniprésente et la leur pourrait les surprendre à tout
moment, ils partiraient au moins dans la quiétude d’une maison enchantée par
les rires et vagissements des petits-enfants tant attendus. Il finit par
baisser les bras. Et à peine son consentement balbutié que les choses se sont
accélérées. Il s’est avéré que l’heureuse élue était toute prête ; s’il
avait oublié le villâge pendant qu’il habitait la mine, le villâge lui ne
l’avait jamais oublié. Moins d’un mois après la maison familiale s’est emplie
de convives pour le couscous sacré.
Salem s’abandonna à l’ambiance de la fête pour n’avoir pas à penser à ce
qu’impliquerait ce changement de statut. Il n’était pas sans savoir que les agapes
qui durent sept jours et sept nuits dans les contes de fées réservent soixante
dix sept soucis pour l’austère réalité. Sa nuit de noce annonça d’ailleurs le premier en lui présentant une fille à
peine sur le seuil de sa puberté. Les quelques jours qu’il avait passés à ses
cotés, une vingtaine au plus, s’écoulèrent presque dans le silence que la
différence d’âge avait dressé entre eux. Puis un matin, il la confia à la
carotte et le bâton des parents et s’en
retourna à sa mine. La nouvelle d’un garçon mort-né le suivrait par lettre
quelques mois après.
A compter de son mariâge, il rentrait une fois
tous les deux ans au villâge. A chacune de ses visites, il laissait son
empreinte en gestation dans la matrice de l’épouse. Les paysans restés au pays
plantaient les arbres fruitiers et lui le fruit de ses ébats dont l’ardeur
n’avait d’égal que la soif d’un sevrâge
qui durait deux années. Sept grossesses au total. Sans l’acharnement de la
mort, la smala aurait comblé ses vieux parents encore attachés à l’avantâge des
grandes tribus. La deuxième naissance apporta un autre garçon qui n’a vécu que trois mois. Il s’est éteint dans la
canicule d’un après-midi de juillet et
le calvaire d’une terrible maladie qui métamorphosa son petit corps en
outre tellement il avait enflé. Plus chanceuse au départ, la fille née après
lui a pu atteindre quinze mois. Elle marchait et articulait comiquement ses
premiers mots à la grande joie de sa grand-mère qui oublia très vite la
déception que le sexe de la petite avait suscitée. Mais un jour, une terrible
chute stoppa net sa fébrilité juvénile et plongea la maison et le villâge dans
l’horreur de la vue de sa cervelle répandue comme beur fondu. Salem se trouvait
au villâge lors du tragique accident. À sa femme qui se lamentait en invoquant
le Destin comme pour écarter toute négligence, sa réponse fut un insondable
silence, suspendu entre la colère et le regret. Puis, le mauvais sort devenu un
habitué de la maison, deux autres filles allongèrent par la suite la liste
macabre. Un miracle donc que les
derniers, deux merveilleux garçons, soient encore de se monde. Parlant
d’eux, les vieilles du hameau reconnaissent que Salem avait suffisamment nourri
le cimetière pour qu’il consente bien à lui rejeter ces derniers. Quant aux
cinq premiers ainsi que ses parents
qu’il avait enterrés depuis,
jusqu’à ce jour sa femme ne les oublie
jamais. Tous les mois de février, elle se rend chez la voyante qui fait parler
les morts pour entendre leurs doléances et pouvoir les apaiser. Pour elle, ce
n’est qu’ainsi qu’ils connaîtraient le repos éternel. Elle se conformera à ce
rituel jusqu’au jour où elle les rejoindra.
« Ma femme est naïve, se dit Salem. Douter
des fables de sa mère ou de sa grand-mère lui parait une hérésie. Mais à quoi
bon l’ébranler dans ses croyances tant qu’elles l’aident à traverser une vie
qui ne l’a pas gâtée ? Pendant que je me battais contre le charbon sous la
terre de France elle enfantait ici, en tirant sur une misérable corde pour
mieux supporter ses contractions ;
puis, cette souffrance passée, survenait celle d’enterrer l’enfant source de
son amour et cause de toutes ses douleurs ».
Il jette un regard rapide derrière lui. Tous
les hommes sont là même si certains
marquent visiblement le pas. Ils traversent une clairière où la modeste couche de neige laisse à nu une terre gorgée d’eau. Entre leurs fardeaux et la boue, les hommes
qui portaient des pataugas pataugeaient comme des oiseaux pris à la glu. Pour une fois, ils maudissent leur privilège
en enviant leur légèreté à leurs camarades chaussés de bottes de
caoutchouc. Salem relève, non sans un certain soulâgement, que Mohand-Ouali et Rabah tiennent bon la
cadence. Amis de longue date, à peu près du même âge que lui, ils sont ses vrais appuis pour réussir
l’expédition. Les autres, au nombre de sept, seule cette mission les lui a
présentés. Tous des âgents de liaisons, même pas encore initiés au maniement
des armes ; mais un besoin pressant en hommes les avait récemment promus
aux maquis. C’est précisément à cause de ce point faible que d’avoir Rabah et
Mohand-Ouali à ses cotés le tranquillise. Ce qui le tourmente par contre c’est
l’absence énigmatique de Ouali. Il a beau tourner la question, il n’arrive pas
à se faire une idée précise sur la raison de sa convocation. Ce dont il est sûr
à présent, c’est que le charisme et le
courâge de son ami auraient transformé cette mission en une quasi villégiature.
Ouali est l’audace faite homme et l’habileté incarnée ; capable, comme
aime à répéter Rabah le féru de métaphores, de prendre au piège le souffle même
d’une brise ou un rayon de soleil. A bien des égards, il rappelle ce téméraire de la légende qui a poussé son
courâge jusqu’à traire une lionne et rapporter son lait dans une outre en peau d’un de ses lionceaux et cousue, comble d’audace, de poils arrachés
aux moustaches du roi lion endormi. Quel que soit son interlocuteur, quand le
propos porte sur Ouali, Salem n’a qu’une formule à la bouche :
« Irgazen am Ouali ur ggiten ara » (les hommes comme
Ouali ne sont pas légion). Pour la
locution "ur ggiten ara ",
littéralement " il n’y
en a pas assez", Ouali aurait dit dans sa
langue si particulière "ur caten
ara". Ce qui pour Salem signifie plutôt "ne sont pas brûlés". Cette variance a marqué à jamais un soir
des premiers jours de leur rencontre en
terre d’émigration pour avoir installé entre eux un court dialogue de sourds.
Distrait ce jour-là par une lecture, Salem, dont c’était le tour de préparer le dîner, oublia la marmite
sur le feu jusqu’à ce que l’odeur de
brûlé ait alerté ses narines :
« Le dîner a brûlé, annonça-t-il
timidement à Ouali qui venait de rentrer.
Le propos signifiant pour Ouali plutôt la
prodigalité, il répondit naturellement :
- Tant mieux, nous en mangerons aujourd’hui et
il en restera pour demain.
Croyant à un sarcasme, Salem piqua une vive
colère. Il précisa son annonce dans le langâge cru de sa jeunesse et le recours
involontaire à un mot qui concilie les variantes :
- Tu mangeras la merde, cria-t-il, je te dis
que notre dîner est carbonisé. »
Le fou rire d’après quiproquo les avait
tellement bercés ce soir-là qu’il compensa les
borborygmes de leurs ventres creux.
Les soucis passent sur Ouali comme pluie sur
plumes de canard. Heureux ou malheureux les jours, son visâge garde sa lumière
et reste interdit au burin du temps. Il a surtout l’art rare de rester positif
et de plaisanter sans faire tort au sérieux de la situation. Salem se souvient
des propos qu’il lui avait tenus juste
après son mariâge : « Espèce d’âne sans selle, ainsi tu vas
procréer pour grossir les rangs des bêtes de somme à la merci des roumis !
Mais restons positifs et disons, comme nos vieux, que le salut est parfois dans
la dégringolade. Maintenant que les enfants seront là, tu finiras par nous
rejoindre dans la lutte ; c’est le seul choix honorable pour n’avoir pas
sur ta conscience de leur avoir légué ton joug. Eux au moins connaîtront la
paix et porteront sans complexe notre nom filial des Imazighen. »
Imazighen, qui veut dire Hommes Libres,
fait partie de son lexique quotidien. Dans les milieux d’émigrés, il en faisait
usâge sans qu’il ne lui portât l’ombre d’un préjudice. Mais depuis son entrée
au pays les choses se sont gâtées. Les
oreilles de certains souffrent ce mot
comme une détonation. Rien qu’à l’entendre, leurs fronts se plissent, leurs
visâges se crispent et, par le nez, leurs haleines ronronnent à évoquer un
sanglier blessé. Parfois ils rotent
quelque désagréable réplique, mais elle dépasse rarement l’oreille du voisin
tant la présence de Ouali les intimide. Lui est prêt à mourir rien que pour ce
mot et la cause qu’il recouvre.
Bien avant le déclenchement de
…………………………………………
(*) Pour
PPA (Parti du Peuple Algérien). Ses militants rebelles empruntent par dérision
cette prononciation à celle du commun des illettrés.
Moins d’un mois après, la police se frottait
les mains devant son coup de filet. L’un après l’autre, le lion et ses amis
furent appréhendés et le plus chanceux d’entre eux écopa de pas moins de deux
années.
Pour qui profitait leur arrestation ? Qui
connaissait avec cette déroutante précision leurs mouvements ? Comme il
advient toujours après un coup bas, Ouali qui
a su répondre à ces interrogations n’a pas pu établir la preuve de ses
déductions.
A sa sortie de prison, il suggérait à qui
voulait l’entendre que le plus
redoutable des préjudices ne peut venir que d’un frère, qu’il est toujours à la
mesure des amertumes partagées et des espoirs ensemble nourris. Lézardée, sa
confiance envers les autres s’est réduite en peau de chagrin. Désormais pour
lui, hormis ses compagnons d’infortune, le reste porte potentiellement le germe de la
trahison.
Plus prudent, Salem avait tenté à plusieurs
reprises de ramener Ouali à une autre vision des choses. Même s’il est lui-même
sensible à cette question de l’identité ancestrale, par empathie il sait
qu’elle pouvait être perçue comme
séparatiste, ou du moins affaiblissante, par ceux qui s’y opposaient. Sans
parler de la problématique de leadership
qu’elle sous-tend à tort ou à raison. Il craignait pour son ami la
férocité des représailles et l’avait mis en garde sans toutefois le convaincre.
Ouali restait intraitable. A chaque réunion, son leitmotiv revenait dès sa
prise de parole, et l’assistance murmurait son appréhension comme la promesse
d’une imminente punition.
Maintenant, malgré toutes ces années, Ouali est
resté égal à lui-même. Lui ôter cette
idée de sa tête reviendrait à le condamner à mort. L’air qu’il respire, sa vue,
ses forces et sa volonté se conjuguent à cette question de l’identité
millénaire de son peuple. Sans elle, militantisme ne serait qu’un mot
creux, fourré de complaisance et
d’hypocrisie. Et Salem ne peut s’empêcher d’envisâger l‘éventualité d’un lien
entre cette ligne inflexible et la convocation de son ami au Poste de
Commandement de Tifrit la semaine passée. On ne s’y rend jamais pour rien.
Quand Ouali lui a fait part de la nouvelle, Salem le supplia de ne pas s’y
rendre seul :
« Nous t’accompagnerons au moins à
trois : Rabah, Mohand-Ouali et moi-même, lui proposa-t-il.
- Tu
t’affoles pour rien Salem. Ils n’ont rien à me reprocher et tu le sais. Si vous
voulez venir ça ne me dérange pas, sinon saches qu’ils ne peuvent rien contre
moi ces chefs à qui j’ai appris la révolution. Bûcheron je le suis plus qu’eux,
et comme dit le dicton, c’est du branchâge que j’abandonne que sont faits leurs
fagots.
- Tes disciples et tes recrues seront tes premiers bourreaux
Ouali. Leur zèle est à redouter. S’il n’est pas nourri par leur complexe
d’infériorité, il le sera bien par le
ressentiment de t’avoir suivi sur le chemin de la lutte. N’oublie pas qu’Ils
t’ont suivi par peur et ta liquidation – voire aussi la nôtre - les en affranchirait. »
Même s’il paraissait sourd à ses conseils,
Ouali n’ignore pas le sens de la mesure qui caractérise Salem. Il sait aussi qu’il ne parle pas pour
rien, que chaque parole émise a été tournée sept fois dans sa langue. Il a les
sens toujours en éveil et capte ce qui échappe souvent au commun des mortels.
Quand Ouali veut tourner à la plaisanterie cette sensibilité qui s’apparente à
un don, il lui prédit un avenir de voyant une fois la guerre
terminée :
« Après la guerre, toi tu seras toujours
vivant et tu ouvriras un diwan de voyance dans ton villâge. De partout les gens
viendront consulter le vieux sâge
et devin que tu seras devenu. Même ceux qui seront ce jour-là les
maîtres du pays chercheront auprès de toi les meilleures voies pour gouverner. Si tu ne veux pas mourir ou moisir
dans l’ombre, tes conseils devront tenir compte de leurs appétits ; car
quiconque voudrait les contredire passera par leurs armes après avoir échappé
au feu des roumis. »
Ouali terminait toujours ce sombre tableau dans
un éclat de rire et Salem répondait que mieux vaut se retrouver à six pieds sous terre que
d’être le témoin vivant d’une telle perversion.
Numéro 138 juillet 2025
Snat temkudin sɣur Lmulud Sellam :
06-07-2025
Eǧǧ amur i wefrux ?
Ce n'est pas vrai du tout ! Si vous voulez avancer, laissez vos mensonges de côté
Ad d-iniɣ ayen umi d-cfiɣ, walaɣ-t nekk s timmad-iw, ɣas meẓẓiyeɣ, asmi i selleɣ i tagi d-qqaren ɣef yifrax kra n yimɣaren n tallit-nni n settin (1960), eǧǧ amur i wefrux. Nekk ɣef wakken sekkdeɣ di tmetti taqbaylit, werǧin d-cfiɣ i weqbayli yettxemmim ɣef yiɣersiwen, ala wid yettiḥwiǧ i yixeddim d wid itett i wkerciw-is, wid yettṛebbi deg uxxam. Ula d widak, llan kra ttaǧǧan-ten i cceṛ d ffad d ugeffur d uṣemmiḍ.
Aqbayli n zik yelluẓ, yenḥaf, ula d tarwa-s ur tečči akken ilaq ur teṛwi, lluẓen ddan ḥafi, yettandi i yifṛax, deg uzemmur, ifuk-d imerga d iẓerẓar, ula d tisekrin ur mniɛent. Deg unebdu yettandi i yiwtal di lawan-nni ideg teṣṣuṭuḍ tewtult arraw-is d imectuḥen. Di tefsut d tawaɣit yettṣeggid ula d ifrax yettɛeccicen, yettaker-as timellalin i tsekkurt di lɛecc-is iwakken ad tent-yečč. D ayen walaɣ zik ladɣa deg tudrin-nneɣ, mačči d ḥedd i yi-d-yeḥkan. D ayen i mazal ar kra n yimdanen ar tura.
Ma d wigi yeqqaren ttaǧǧan iɛeqqayen uzemmur deg lecḍuḍ i yifṛax d abeḥri kan i ten-iɛemṛen, skiddiben, ur nudan ur ttnadin deg unnar. Tafellaḥt-nsen d zzux, aqbayli ixeddem aya... iḥemmel aya...efk-asen acuffu uqenduṛ, ur ḥemmlen taqbaylit, ur ttarun s teqbaylit, ur ttnadin ad snernin taqbaylit, yerna ur ssinen i kra, ulamma i lqeḍ uzemmur.
- Tamezwarut n tmezwura, amessedrar aqbayli yezga yesseḥbibir ɣef tzemrin d tneqlin iɣef yenɛettab kra yekka useggas. Ula di lexṛif, di yal taddart, xeddmen lexṭiyya i win yerẓan "Tamuqint", meḥsub ula deg wayla-k ur tezmireḍ ad d-tekkseḍ tabexsist deg wussan imezwura n tṣenṭit, alamma yecṛeɛ lexṛif, ggtent tbexsisin di tenqelt. Ula d ifrax xeddmen-asen lexyal s iselsa n umdan, iwakken ur d-ttrusun ara ad ččen. Ma di lawan uzemmur, aqbayli d amennuɣ i gettnaɣ d umergu d uẓerẓur, acku ma yeɣfel ciṭuḥ ur d-yettaf ula d aɛeqqa. Cfiɣ amzun d iḍelli deg useggas n 1968, di lawan n lqeḍ uzemmur, dɣa yefka-d ṛebb lxiṛ-is, adfel, ageffur, iwet ur yeɛḍil azal n 7 wussan neɣ ugar. Imdanen kwemnen deg yixxamen, ulac tuffɣa, ulac axeddim. Afrux (Ẓerẓur d umergu) inɣel-d mačči d kra, yečča ayen yellan di lqaɛa yerna ayen yellan ɣef tzemmurt. Ur d-yeǧǧi aɛeqqa ulamma i ddwa.
Dɣa wigi yeqqaren, aqbayli yettɣiḍ-it ufṛux yeskaddeb, tilfi ur s-yettandi tixeftin d tqullaɛin, ur t-yettṣeggid ara s uḥlalas di tegrest neɣ di tefsut. Ulac "interdit" ɣer Uqbayli di ṣṣyada, ulamma di tallit-agi ideg nettidir.
Asmi ara yekfu zzux uqbayli, ad iwali d acu ideg ixuṣṣ, ass-nni ad yennerni, ad yaẓ ar zdat.
Mouloud Sellam
Aseggas-a diɣen ggten yifrax di lexla
Tezwal : "mûre de la ronce" qu' il ne faut pas confondre avec "Les Framboises" du framboisier.
Mtezwel [1] = Fauvette melanocephale (Sylvia melanocephala) qu'il ne faut confondà tête noire" (afrux n wuccen).(La fauvette à tête noire (afrux n wuccen) qui ne doit pas être confondu avec la
Aseggas-a diɣen ggten yifrax di lexla, ula d "Mtezwel", afṛu-nni amecṭuḥ, bu tqerruyt taberkant kra n cwiṭ. D afṛux iḥemmlen tizwal. (La fauvette à tête noire (afrux n wuccen) qui ne doit pas être confondu avec la fauvette mélanocéphale (Sylvia melanocephala) afrux n wuccen yezga di lawan-nni n uzemmur, nettaṭṭaf-it-id di tiqullaɛin, asmi yegget umergu d ẓerẓur ).
Tuɣalin n tezwal d yifrax am zik, iwacu !?
1. Aseggas ineṣṣef, aman llan, maca xuṣṣen.
Ad d-nini igenni yefka-d kra, lqaɛa teswa, imi qrib yal aggur yella ciṭ n ugeffur deg-s, ɣas tagrest ulac deg-s aṣemmiḍ d udfel.
Aseklu yeswa igerrez, zegzaw yifer, tella lɣella, ma teṭṭef. Wissen d acu ara d-tini tegnawt unebdu ?
Nezmer ad d-nini yelha useggas, ɣas ur neẓri amek ara yekfu, ma ad tdum akka, neɣ ala ?
Ma nenna-d ugaren waman, neskaddeb...acku ula d lemwared d inessigen ur llin am akken ten-nwulef deg yiseggasen iɛeddan. Leḥmen, kkawen. Ladɣa deg 2018 akkin. Ula d issafen mačči am zik, neqsen nezzeh.
Maca ma ḥlaw unebdu, terna-d lgerra, ɣas d ibunda imecṭaḥ, ad yemneɛ ugama di tid i t-iḥuzan deg 6 iseggasen-agi yeẓrin. Ma ulac aɣamac qessiḥen, i d-igellun s tmes, ad yeḥlu ula d aɣersiw d ufṛux.
Ayen yessefṛaḥen dakken nezmer ad d-nini lfakya tgerrez ma tkemmel akka. Ula d lexṛif (tibexsisin, tikeṛmusin...) ad yelhu ɣef wakken d-ttbanen isekla-s.
Deg wayen d-yufraren aseggas-a ladɣa ma yella nmuqel aseklu inijel, ad naf iger-d tizwal ayendin, yerna lhant ma yella nquren lɣella useggas-a ar tid yezrin, tid n iseggasen-agi ineggura.
Qrib 7 iseggasen-aya, ur d-ufiɣ tizwal lhant am akken lhant aseggas-a di temnaṭ-nneɣ yellan di leɛli nnig lebḥaṛ s 700 m (acku di temnaḍin n udrar, am tudrin "Icellaḍen" "Alma", ttilint tezwal dinna, ilmend imi ɛlayit nezzeh (900m), llan din waman xiṛ-neɣ.
Aseggas-a dagi ɣur-neɣ, ufiɣ-d kra n tɛeqqayin wwant akken iwata, d timenza. D taṣentit n tezwal.
Ahat d lfal n umenzu n lexṛif igerrzen.
2. Aseggas-a diɣen ggten yifrax di lexla, ula d "Mtezwel", afṛux-nni amecṭuḥ, bu tqerruyt taberkant kra n cwiṭ. D afṛux iḥemmlen tizwal. (La fauvette à tête noire (afrux n wuccen) qui ne doit pas être confondu avec la fauvette mélanocéphale (Sylvia melanocephala). Afrux n wuccen yezga di lawan-nni n uzemmur, nettaṭṭaf-it-id di tiqullaɛin, asmi yegget umergu d uẓerẓur).
3. Tizwelt tettbeddil ini (nnul) tlata tikkal, segmi ara d-tlal arma tqucc. Tbeddu-d d tajeǧǧigt tamellalt neɣ tmal kra n cwiṭ ar yini "axuxi" , d tizizwit d kra n ibeɛɛac-nniḍen i tt-yessetmaṛen s tewrent i d-tettawin yid-sen ( la fleur de la ronce est pollinisée par l'intermédiaire d'une abeille ou d'autres insectes pollinisateurs qui transmettent le pollen d'une fleur à une autre ). Tajeǧǧigt-agi taxuxit inijil tettmagga d taɛeqqayt tazegzawt, tettuɣal ar deqqal d tazeggaɣt (melmi tesfeḍ, teṛḍeb kra n cwiṭ), tettfakka tiwwin d taberkant, melmi i d-tewweḍ i wučči.
4. Tizwal ( d asget n " tizwelt " ) , d yiwen wawal i d-yefrurin seg umyag "ziwel " ( neɣ " zwel ") i mazal sseqdacen di kra n temnaḍin n Tmazɣa, d awal yebɣan ad d-yini " ibrik " .
Deg "At Mengellat " deg wayen d-yenna "Dallet " deg usegzawal-is qqaren : " ṛuḥen warrac s amerreḥ , zewlen-d am waklan " .
Llan wid yeqqaren diɣen :
"ad ak-yezziwel ṛebbi ussan-ik "( ad ak-yessebrek ṛebbi ussan-ik ) , neɣ llan wid ara k-yinin : "izewwel uglim-is deg yiṭij " ( meḥsub berrik deg yiṭij ) .
Awal-agi " zwel " mazal yella wanda t-qqaren s unamek " ibrik ".
Lmulud Sellam
Numéro 138 juillet 2025
L’étude :
Témoignages de la "longue
marche" hilalienne
Par Claude H.BRETEAU, Micheline GALLEY, Arlette ROTH
In ACTES DU DEUXIEME CONGRES INTERNATIONAL
D’ETUDE DES CULTURES DE LA MEDITERRNEE OCCIDENTALE.TOME II
pages 329 à 341
Le titre que nous nous sommes plu à choisir, "Témoignages de la ‘longue
marche’ hilalienne ‘’, nécessite une mise au point initiale. Pourquoi
‘’longue marche ? De quels témoignages s'agit-il ?
Parler de "longue marche' à propos de l'expansion de ces Arabes hilaliens,
seconde vague de conquérants du Maghreb au Xle siècle, suggère à nos yeux la
longueur du parcours (partis d'Arabie, ils devaient finalement, au bout d'un
long périple, atteindre les rives de
I ‘Atlantique) et suggère aussi les épreuves rencontrées au cours de ce
qui est resté connu dans la légende précisément sous le nom de "marche
vers l'ouest" (taġriba). C'est
donc là que se situe l'analogie entre l'expansion hilalienne et une
"longue marche" autrement célèbre dans I ‘Histoire. Bien entendu, celle-ci
s'oppose à celle-là, si l'on songe aux facteurs historiques qui déterminèrent
la marche et au destin des hommes en fin de parcours. On peut dire des
Hilaliens - quelles que soient les divergences des historiens à propos de
l'impact de leur arrivée en Ifriqiya - que les motivations qui leur sont
prêtées dans la geste semblent liées aux conditions de leur existence de
nomades : ils apparaissent comme poussés toujours plus en avant malgré eux
avec femmes, enfants et bétail et, une fois au Maghreb, peu à peu en proie à
des scissions internes et à la dispersion de la Tribu.
La "longue marche" hilalienne à laquelle nous allons nous
attacher ici - nous qui nous intéressons aux littératures populaires
maghrébines - est celle qui se déroule au niveau du discours imaginaire et qui
n'a cessé de se propager dans la mémoire des hommes, hilaliens ou non, à
travers tout le monde arabo-musulman : la Geste des Banǚ Hilal. C'est, non plus l'Histoire réelle des pérégrinations vécues
par une confédération de tribus - histoire ancrée dans l'espace et le temps -
mais les histoires et aventures attribuées aux Hilaliens dans la conscience
populaire et leur diffusion à travers les siècles jusqu’à aujourd’hui sur une
vaste étendue géographique. Ces récits à variations, d'une région à l'autre et
d'un groupe ethnique à l'autre, offrent pour une fois, disons-le en passant, la
chance pour les chercheurs qui se pencheront sur leur étude de pouvoir être
appréhendés dans leurs deux dimensions, historique et géographique. Les
"témoignages" que nous nous proposons d'apporter ici, sont des
attestations de l'existence de cette tradition littéraire. Ce bilan provisoire
rassemble les sources écrites (I-I.à 7.)et orales, classées par pays (II-I, à
6.).
1-Les sources écrites
1.
Ibn Khaldoun
Ibn Khaldoun, dans son Histoire
des Berbères, consacre, comme I ‘on sait, une partie importante de son
histoire événementielle à l’arrivée des Hilaliens en Ifriqiya trois cents ans
plus tôt. S'il nous offre, semble-t-il, une vision "apocalyptique" de
l'invasion hilalienne, il est remarquable que, témoin de son temps, il nous
livre aussi une image plus nuancée faite d'observations recueillies sur le
terrain. Ce qui nous intéresse, c'est qu'il nous livre la représentation que se
font, de leur passé, les Hilaliens du Maghreb. Tout en restant sceptique à
l'égard de la vérité historique des récits qu'il a entendus de la bouche même
de ceux-ci, il s'attarde néanmoins à donner la version, indubitable à leurs
yeux, de l'origine de la Marche vers l'ouest entreprise par leurs ancêtres, il
s'agit d'un épisode de la geste, soit, en résumé, du départ d'Arabie de la
tribu nomade; ce départ qui survient à la suite de dissensions avec l 'allié,
le prince étranger Chokr du Hidjaz, exige, pour la cohésion de la tribu, que
l'on récupère la femme hilalienne El-Djazia, donnée en mariage à Chokr au cours
de l'alliance politique. Nous avons là, à notre connaissance, la première
attestation digne de foi d'une tradition littéraire orale hilalienne qui est
illustrée ailleurs, dans les Prolégomènes,
sous forme de poèmes recueillis par l'auteur lui-même auprès de populations
bédouines d'Afrique du Nord. Ces poèmes sont précédés d'une analyse de la
poésie bédouine où - fait remarquable pour un savant du XIVe siècle, issu d'une
élite citadine - Ibn Khaldoun fait preuve d'une indépendance d'esprit tout à
fait "moderne" qui lui permet d'apprécier, à l'encontre de ses
contemporains, l'expression dialectale des poèmes bédouins. Le ton est proche
du manifeste :
"Les savants des derniers siècles et la plupart de ceux qui, de nos
jours, cultivent les sciences, et surtout celles qui se rattachent à la langue,
méprisent le genre de poésie que ces Arabes ont adopté, et, quand on leur
récite de ces pièces, ils les écoutent avec un dédain profond. Ils s'imaginent
qu'elles offensent le bon goût, parce qu'elles sont dans une langue abâtardie
et que les désinences grammaticales ne s'y emploient pas. Mais ce sentiment
n'est provenu chez eux que de l'impuissance où ils se trouvaient d'apprécier le
mérite de cette langue : s'ils avaient possédé la même faculté de la
comprendre qui existe chez les (Arabes bédouins), ils auraient trouvé dans leur
propre goût et dans la disposition naturelle de leur esprit - si, toutefois ils
avaient eu le goût sain et le jugement droit - ils y auraient trouvé un fort
témoignage en faveur de la capacité que cette langue possède pour exprimer des
idées".
Ibn Khaldoun était fondé à prendre ce ton polémique contre tous les
académismes, quand on sait que copistes et éditeurs ont altéré, justement par
ignorance et mépris de la langue dialectale, les poèmes des Prolégomènes, et qu'après eux, les
éditeurs et traducteurs, comme M. Quatremère en particulier aux dires de R.
Dozy, ont fait de nombreuses erreurs dans la compréhension du texte. En
réalité, l'appel d'Ibn Khaldoun a été très peu entendu des orientalistes, bien
qu'il fût répété par Dozy et Nöldeke. Plus récemment, à propos de l'étude,
malheureusement interrompue, de G. Boris sur la geste tunisienne, W. Marçais rappelle
avec force la nécessite pour des arabisants dialectologues de reprendre
l'examen de cette poésie dialectale. Si nous-mêmes qui nous intéressons aux
littératures populaires maghrébines, avons entrepris l'étude de la geste au
sein d'une petite équipe, qu'il nous soit permis de dire que nous le devons
essentiellement à David Cohen qui en fut l'initiateur.
2. Edward Lame
Nous venons d'évoquer le premier témoignage relatif à l'existence d'une
tradition littéraire orale hilalienne au Maghreb au XIVe siècle. Peut-être y
a-t-il d'autres témoignages sur la geste chez les auteurs arabes. Nous ne le
savons pas, mais parmi les auteurs européens c'est E. Lane qui en 1836 nous
révèle la popularité, chez les citadins d’Egypte, de la chanson de geste
hilalienne : d’une part, nous dit-il, un grand nombre de fascicules sont
imprimés ; d'autre part, une cinquantaine de poètes-musiciens du Caire ont
pour seul répertoire l’histoire d’Aboo-Zeyed, héros hilalien. Lane donne un
échantillon, extrait d'un livre, qui a trait à la naissance extraordinaire
d'Aboo-Zeyd, de père hilalien, l'émir Rizck, et de mère mecquoise. A la suite
du vœu imprudent de sa mère, l'enfant est né noir : il est considéré comme
bâtard, et sa mère est accusée d'adultère. Ils sont recueillis tous deux par le
chef d'un groupe tributaire des Hilaliens (Ez-Zahhlan) : l'enfant, appelé
alors Barakat, manifeste des dons hors du commun et se révèle le défenseur de
sa tribu d'adoption. L'occasion lui est donnée de venger son père au moment où
la tribu dominante hilalienne frappée par la sècheresse vient exiger le secours
de la tribu d'Ez-Zahhlan. En effet, sa mère a prétendu que son père (qui n'est
autre que l'émir Rizck, mais qu'elle présente comme le frère du chef
Ez-Zahhlan) avait été tué par les Hilaliens et plus précisément par Rizck
lui-même. Dans ces conditions, la confrontation entre Rizck et Aboo-Zeyd doit
permettre au prétendu orphelin de tuer le meurtrier de son père. Sur le point
de vaincre Rizck, il en est empêché par sa mère. Elle divulgue aux deux combattants
leur véritable lien de parenté. Le noyau familial est restauré.
Lane indique que, selon l'opinion populaire, la geste est fondée sur
l'histoire de la tribu hilalienne au milieu du Ille siècle de l'Hégire. Il
semble confirmer implicitement que nous avons affaire à une tradition orale. En
tout cas, il n'adhère pas à la position apparemment générale en son temps qui
ferait remonter la première composition écrite de la geste à une époque proche
des évènements, historiques ; cette théorie permet aux lettrés du Caire
ayant le souci de l'écrit et de la métrique de déplorer ce qu'ils appellent des
altérations de copistes.
Comme Ibn Khaldoun qu'il ne mentionne pas, Lane reconnait trouver du
charme à l'audition de ces vers "libres" et à la "manière
populaire" de les chanter.
La popularité en Egypte de l'épisode de la naissance d'Abû Zayd qui,
nous le verrons plus tard, s'inscrit dans le 1er cycle de la geste, est
confirmée au XIXe siècle par d'autres auteurs sur lesquels nous ne nous
attarderons pas : A.B. Clot-Bey (1840). A. Salzmann (1855). Laorti Hadji
(1857), Ch. Didier (1860). Ces auteurs n'apportent aucun élément nouveau à ce
que nous devons à Lane.
3. René Basset
En revanche, nous avons, dans un article de René Basset, un témoignage
de l’existence d’autre édition égyptienne de la geste en neuf livres totalisant
mille cinq cent treize pages (édition de Boulaq, dont une partie, 8e et 9e
livres, est datée : 1298 hég.). A propos d'une cantilène saharienne
publiée en Algérie en 1884, René Basset cite abondamment l'épisode de la geste
qui selon lui correspond à l'édition égyptienne (4e livre de Boulaq).Outre
d'autres publications relatives, de près ou de loin, à la geste (Algérie,
Egypte, Liban, Soudan) que nous citerons nous-mêmes dans cette présente communication.
Basset cite I ‘Histoire des Berbères d'lbn Khaldoun, puisque
l'épisode est précisément celui qui s'y trouve résumé. C'est donc, dans un cas
comme dans l'autre, le moment ou la tribu hilalienne se met en marche enfants
vers l’ouest et fait pression sur l’Hilalienne Djâzyah pour qu’elle abandonne
mari et enfants et rejoigne ses frères. Basset s'intéresse, dans l'édition de
Boulaq (livres 5,7 et 9 essentiellement) au récit des événements qui se sont
déroulés en Ifriqiya, soit dans l’ordre : les combats des Hilaliens avec
le chef Zénète appelé Zenáti Khalifah ; le rôle prépondérant en Ifriqiya
du héros Dyâb ben Ghânem, l’évocation, en un long poème dramatique, de la
dispersion et de la fin d'un monde. Autant du thème que nous allons retrouver
dans la geste maghrébine.
Enfin, Basset cite l'existence de manuscrits :
a. Une édition de Beyrouth en trois
volumes répertoriés sous le numéro 22001 à la Bibliothèque Universitaire
d'Alger qui, depuis I ‘incendie criminel de 1962, n'a pas été retrouvé
b. Les manuscrits répertoriés dans le
catalogue de W. Pertsch. Ce catalogue mentionne à la fois les manuscrits
relatifs à la geste conservés à Gotha (neuf volumes qui constituent, d’après
l’auteur, un exemplaire complet du ‘’ roman’’) et fait référence à d'autres
catalogues (par exemple celui de Perthes, celui de Wetzstein pour Tübingen de
Rich pour le British Museum ( ?), de Nicoll pour Oxford) et à d’autres
collections (Milan : Ambrosiana n° 195 ; et surtout Berlin).
4. W. von Ahlwardt
Apres Lane et Basset, c'est à W. vor Ahlwardt" que nous devons un
catalogue détaillé de l’ensemble des manuscrits qui constituent le fonds de la
Bibliothèque de Berlin (ex. bibliothèque impériale, devenue aujourd'hui Staatsbibliothek). Ce Catalogue révèle
l'importance des romans de chevalerie arabes ; Victor Chauvin s'y est
référé. Les manuscrits relatifs à la geste hilalienne constituent la
"pièce maitresse" de l'ensemble, nous dit Ahlwardt, même s'il donne
la préférence aux manuscrits d’Antar, pour des critères de forme et de
contenu. En d'autres termes, Ahlwardt semble rallier les tenants d'un
académisme qui n'appréhende pas la production populaire en soi, mais en
référence, d'une part, à un modèle dit "littéraire" où triompherait
l'originalité de la création et, d'autre part, à un modèle de langue
"supérieure"" soumis à des règles métriques.
On comprendra aisément que nous ayons eu le souci de découvrir si cette
masse de manuscrits de Berlin (en réalité, cent quatre-vingt-neuf) n’avait pas
sombré au cours de la seconde guerre mondiale. A. Ayoub dira après nous, lui
qui est allé sur place, que nos appréhensions étaient vaines, par bonheur.
5. Martin Hartmann
Un an après la constitution de ce catalogue, M. Hartmann entreprend
l'étude d'une édition de Beyrouth qu'il considère comme la plus complète et la
plus apte a fournir un cadre général à la geste: il compare systématiquement
les livres de son édition de base (Beyrouth) avec, essentiellement, les
manuscrits de Berlin (catalogue d'Ahlwardt), ainsi qu'avec d'autres éditions
(trois libanaises, quatre égyptiennes) figurant dans divers catalogues
allemands et autres.
L'édition de Beyrouth sur laquelle se fonde Hartmann se répartit en
trois cycles, soit :
a. I ‘histoire des Banú Hilal au pays
Bilâd as-sarw wa ɛubâda, en huit livres
b. leur migration (rihla) vers le Nejd, en quatre livres,
c. leur marche vers l'ouest (tagriba) vers L’Ifriqiya, en dix-sept
livres.
Ce schéma ne rend pas compte d'épisodes très divers qui jalonnent la
sîra, le "roman" des Banú Hilâl. Ainsi est-il question, dans le premier
cycle, par exemple successivement : des Rûm, des Francs et des bateaux
chrétiens, du pèlerinage à Jérusalem et des adorateurs du feu, du Yémen et des
Indes ; dans le troisième cycle, centré sur la taǧrîba, est-il
question encore d’épisodes consacrés à des aventures avec les Perses, avec
Tamerlan, et avec les Tures, à Bagdad et Mossoul, en Abyssinie… Le ‘’roman’’
reflète donc à sa manière des événements qui se sont déroulés sur plusieurs
siècles jusqu'au XIVe siècle. Relevons seulement ici quelques points
essentiels.
Dans le premier cycle nous avons
la construction d'une généalogie hilalienne dont le trait le plus ‘’mythique’’
est la naissance, au cours de la même nuit, de deux fils, l’un ‘’bon’’, l’autre
‘’mauvais’’, de même père et de même mère différentes Hadba et Adba. Ces deux
enfants, Ǧabir et Ǧubair, sont les fondateurs de deux lignages
Parallèles où nous retrouvons les héros les plus familiers de la geste. D’autre
part l’expansion des Hilaliens en Orient semble les présenter comme les
conquérants arabes sur l'aire couverte par la diffusion islamique.
Dans le deuxième cycle, le thème
prédominant est la famine qui entraine les alliances avec l'émir Chokr de la
Mecque.
Dans le troisième cycle enfin, il
s'agit du thème récurrent de la famine au Nejd, de la migration hilalienne en
Ifriqiya (qui contraint Djazya à rejoindre sa tribu comme nous le rapportait
Ibn Khaldoun, comme le relate aussi l'édition de Boulaq étudiée par Basset) et
des affrontements tragiques entre Hilaliens et I ‘ennemi Zénète.
Il est intéressant de noter à
propos des travaux de Hartmann que, s'il s'attache à l'arrière-plan historique
de la geste, il souligne la nécessité d'étudier celle-ci dans deux autres
perspectives, la situation linguistique (welche
sprachlichen Verhältnisse), "l'état d'âme populaire"(welchen
Volkseelenzustand).
6. Autres témoignages
L'existence d'éditions orientales est attestée par différents auteurs.
a. Dans son Kitab el-Adouâni, L.
Féraud cite en note une "édition autographiée des aventures d'El-Djazia avec Khalifa-Zenati et l'émir Diab"
d'Alexandrie.
b. A. Vaissière signale, à propos de la
popularité de la geste chez les Oulad Rechaich du Constantinois, une
publication du Caire de 1283 de l'hégire, imprimée par Khouadja-Moussa-Youhab
c.
A. Bel mentionne une publication complète de Beyrouth en dix- sept
fascicules (1892-1898) qui présente une grande analogie, dit-il, avec celle
qu'Hartmann avait en main (1880 sq.). Il rapporte aussi une information qui lui
fut donnée par Basset, selon laquelle il existe deux autres éditions de
Beyrouth: I ‘une, datée de 1890,en treize fascicules "parue chez Khalil
el-Khouri", l'autre, en dix-sept fascicules, dont aucune autre précision
ne nous est donnée, sinon le titre du premier fascicule qui a trait au début du
1er cycle, soit la naissance de Ǧabir et Ǧubair dont il a été
question plus haut. Nous relevons dans l'étude de Bel les éléments ayant trait
à la marche vers l'ouest que nous livre cette nouvelle édition libanaise :
d'abord, avant de quitter le Nejd, les chefs hilaliens prennent la décision de
récupérer leur sœur Djazya en invoquant ses qualités de
"conseillère". Une fois en Ifriqiya, son rôle est prépondérant dans
deux situations cruciales. Elle incite les chefs hilaliens à exterminer l'ennemi
Zénète sans accepter aucun compromis. Quand la scission et les conflits
éclatent au sein de la tribu du fait même que Dyâb refuse de partager le
pouvoir avec ses pairs (Hasân et Abû Zayed qu’il va jusqu’à tuer) c’est Djâzya
qui assume le devoir de vengeance (elle est la sœur de Hasàn) : elle
rallie les siens, va chercher de l’aide auprès du roi juif Es-Samɛun au
pays de Ku situé en Abyssinie, et affronte elle-même Dyâb en un duel où elle
est tuée.
d. Un article tout récent de K.
Petrâček mentionne l’existence d’une édition de Beyrouth et d'une édition
du Caire. Petrâček pose le problème qui consisterait à déterminer s’il
s’agit d’une littérature savante qui aurait pénétré dans le peuple, ou bien
d'une littérature populaire orale qui aurait été fixée par la langue écrite et
se serait développée comme un genre littéraire particulier.
7. Manuscrits de Tunis
Nous allons maintenant décrire
brièvement deux manuscrits qui appartiennent à la Bibliothèque Nationale de
Tunis répertoriés sous les numéros 13306 et 13567.
Ces deux manuscrits, en excellent
état de conservation, appartenaient à la Bibliothèque Ahmadiyya. Ils furent
bien habous enregistrés à la Zitouna
sous le n° 5012. Il est indiqué que la commande du manuscrit a été faite en
1138 de l'hég, par Muhammad Bey dont on
sait qu'il fut amateur de poésie et de musique ; ce manuscrit fut paye 25
ryal. Le texte écrit dans une belle
calligraphie d'Afrique du Nord est richement enluminé.
Il y a au total six cent
cinquante-deux pages. Le premier manuscrit commence au chapitre 8 ; ceci
semblerait indiquer que le début de la geste manque, à moins que délibérément
on ne se soit attaché qu'aux événements liés, pour la plupart d'entre eux, à la
marche vers l'ouest. A titre d'indication, signalons la présence des personnages-clés
de la geste : el-Gâzya, Bûzid et l'un de ses neveux (Merci), Hasân,
Dyâb, et leur ennemi Zenâti. Le deuxième manuscrit comporte trois chapitres
suivis d'un additif qui nous transporte en Syrie. Il ne nous a pas encore été
possible d'avancer plus avant dans l'étude de ces manuscrits.
Nous venons d'examiner les
témoignages écrits de l'existence de la geste hilalienne auxquels nous avons eu
accès. Nous constatons qu’il a eu de nombreuses éditions à Beyrouth et en
Egypte. Nous avons signalé l'existence de deux manuscrits tunisiens. Il va sans
dire que ceux-ci ne sont pas les seuls à être conservés dans des bibliothèques
privées ou bibliothèques de mosquées au Maghreb. Nous savons d’ailleurs qu’il y eut une
tradition écrite, au Maghreb, d’autres épopées consacrées à des personnages
glorieux dans lesquels les colonisés ont pu retrouver une image valorisante
d'eux-mêmes. Nous en venons aux sources proprement orales.
II-Les sources orales
1. L’Egypte
II semble bien que les poètes
récitants des villes (cf. supra) transmettent à leurs auditeurs la matière
écrite apprise par cœur ; ceci n’exclut pas la possibilité d’une tradition
parallèle qui serait purement orale. En effet Taha Husain évoque à plusieurs
reprises dans Le live des jours le
souvenir du roman hilalien qu’il entendait chanter dans son enfance.
2. La Libye
Bien que nous ne puissions-nous
prononcer sur la nature exacte du Kitab
al-Adouâni
présenté par Féraud, nous prenons le parti de considérer le récit qu'il
rapporte des luttes entre Hilaliens et Zénètes comme un document oral nous
livrant le point de vue Zénète : on ne sera pas surpris de constater que
sont attribuées au héros, le Zénète Khalifa, les vertus majeures de beauté, de
vaillance, de maitrise de la parole et du don de poésie, tandis que les
Hilaliens, ses ennemis, subissent une défaite honteuse. Quant à l’hilalienne
Djazya, nous la voyons pour la première fois ici se battre aux côtés de
l'ennemi de sa tribu, lui donnant un gage de sa préférence par rapport à ses
nombreux prétendants hilaliens, particulièrement son cousin. Une fois le combat
arrêté, elle n’en rejoint pas moins la tribu hilalienne.
Nous avons un témoignage récent
(1975) de la présence de la geste dans la région déjà signalée par Féraud, soit
à Záwiya (à 60 km. à l'est de Tripoli) que nous devons à A. Ayoub. La fiche
signalétique qu'il nous a communiquée indique que trois informateurs différents
lui ont raconté une suite d'épisodes ayant leur origine au Nejd et continuant
de se dérouler au cours de la marche vers l’ouest : le personnage
principal est Abû Zayd : le lieu d'action essentiel est la Tripolitaine.
Les textes enregistrés (durée d'une heure) sont moitié prose, moitié poésie.
3. La Tunisie
Poursuivons notre inventaire de la
geste au Maghreb (cf. carte I).C'est en Tunisie que nous allons trouver
quelques-unes des plus importantes versions de la geste.
a. Provotelle (Dr) est le premier
auteur à citer selon la chronologie. Il nous fournit deux textes très brefs, en
berbère, donnés à la fois en écriture arabe et en transcription latine. Ces
textes proviennent de la région de Gafsa (48 km à l'est, Qalaat es-Sened). N
avons ici l’exemple rare de version dites en berbère par des Berbères. Nouvelle
illustration du point de vue berbère exprimé dans un épisode de vindicte où la
fille de Khlifa Ezzenati maudit son oppresseur hilalien, qui la traite,
semble-t-il, de façon honteuse en la mettant à moudre le grain.
b. L'un des textes importants de
la tradition bédouine libyo-tunisienne a été recueilli en 1927 par A. Guiga de
la bouche d’un vieillard tripolitain (oasis Jadou).Trente et un texte (prose et
quelques poèmes) composent ce recueil qui met en scène près de trente
personnages. Au début nous retrouvons l'épisode bien connu de la naissance de
l’enfant noir, Abu Zayd (cf. supra). Après quoi, les événements relatés
correspondent au troisième cycle : avant que toute la tribu ne s'engage
dans la ‘’marche vers l’ouest’’, elle envoie Bouzid et ses trois neveux en
éclaireurs ; il rentre seul, deux de ses neveux étant morts, le troisième
resté captif à Tunis. La tribu part à travers l'Egypte, puis la Tripolitaine,
pour atteindre l'Ifriqiya où elle va se heurter au Khalifa Zenáti.
Deux volumes de cette version
furent publiés à Tunis en 1968, le premier présente deux textes en regard, l’un
en arabe dialectal (version originale), l’autre en arabe littéral (version
adaptée à partir du dialecte par A. Guiga) ; le second volume est une
traduction française du texte original. La préface met en évidence le rôle que
nous avons déjà évoqué ici à propos de la geste au temps de la colonisation
(voir ci-dessus et note 38). Parlant de son père, T. Guiga dit :
‘’...il y puisait le courage devant l'adversité, une certaine dignité
exigeante et une mentalité d’homme d’avant-garde, à l’individualisme farouche,
qui servait les idées qui étaient siennes, en silence et avec obstination, sans
tenir compte de l'opinion de son entourage" (p.7).
c. Nous serons plus brefs pour
citer le conte de "Djazya Hilalienne" publié par M. Paollilo :
aucune indication ne nous est fournie sur l’origine du texte qui, en bien des
passages, semble inspiré de "La Djazya" publiée par BeI et dont il
sera question plus loin.
d. En revanche il convient de
mettre en relief l’ample récolte de versions encore inédites que des chercheurs
ont recueillies récemment dans l'ensemble de la Tunisie :
1. un manuscrit partiel de la
geste (quinze pages) écrit en caractères arabes par G. Boris et originaire
selon toute vraisemblance du Nefzaoua. Le texte totalement en vers (251 vers),
s'intitule "Djazya et les Baní Hilal". La fin traite longuement de la
séparation de Djazya et de son mari, l'étranger Ibn Hâsem. Le refrain qui
scande le poème d'un bout à l'autre est une lamentation sur le destin des Hilaliens :
"Où est la tribu des Ulâd
Hilal
……….
Ses traces sont-elles disparu à
jamais, ou pas encore?’’
2. trois versions recueillies en
arabe entre 1961 et 1965 par M. Marzouki et provenant respectivement du sud (ulâd siha, Douz), du centre (Kairouan) et du nord (Bizerte).
3. une version recueillie par G.
Laoust à Techine (sud) en 1969 (45 minutes d'enregistrement). Elle est pour
l'essentiel au niveau du récit très proche de celle de A. Guiga. Nous relevons cependant
l'absence de la naissance miraculeuse d'Abû Zayd (épisode extrêmement populaire
en Orient), en même temps que l'in-traduction d'un élément fréquent dans les
versions algériennes : l'apparition d'un ogre destructeur du bétail que le
Hilalien Dyâb va affronter en héros libérateur. Au niveau de la forme, il y a à
la fois des tournures familières et des évocations poétiques, en particulier
une description de chevauchée hilalienne.
4. 70 heures d'enregistrements
effectués par A. Baker dans le sud (Medenine, Gabès, Gafsa et sud-ouest de
Sfax). A. Baker a travaillé sur le terrain en 1972 et 1973 auprès de 66 poètes
(râwi) et poursuit depuis lors une recherche sur les textes. D'après les
informations qu'elle nous a fournies, les passages en prose semblent être
influencés par les éditions populaires venues d’Orient ; au contraire la
poésie serait d'une coloration traditionnelle locale.
5. 40 minutes d'enregistrement
effectué à Beja en 1975 par A. Ayoub. La version s'intitule al-hikâya al-hlaliyya, est en prose ;
le personnage central est Zâzya : le thème, celui de la séparation de
Zâzya et de son mari, le Zénète.
6. dix versions recueillies ces
dernières années par L. Saada et originaires de Jerba, Mdou (Gabès), Kairouan,
Bou Thâdi, Nefta, Tozeur, Salacta (Sahel), du Kef, de Nefta et de Tunis.
L'enregistrement de la version la plus importante excède 15 heures. Il s'agit
d'un corpus monumental et géographiquement homogène dont nous n'avons aucun
équivalent à ce jour ; c'est le fruit d'une enquête intensive et menée
avec une grande rigueur technique : texte original enregistré, transcrit,
traduit mot à mot (six cents pages), accompagné d'un appareil critique.
L'ensemble constitue un matériau fiable pour différents types d'analyse.
Nous savons d'autre part que T. Guiga
poursuit ses recherches sur la geste hilalienne.
4. L’Algérie
Nous observons que, beaucoup plus
qu'en Tunisie, dans les deux autres pays du Maghreb, ce récit subit une
transformation sur le plan de la forme et du contenu. Il s'agit de ce qu'il est
convenu d'appeler "des contes"; les personnages essentiels sont Dyâb
et Djâzya.
a. L. Féraud (1865) a recueilli
dans la chaine des Babor un récit où Djazia, après avoir été l'amante de
Khalifa le Zénatien, devient son ennemie acharnée. A sa mort elle profane sa
tombe en faisant uriner sa chamelle sur la sépulture. Elle meurt subitement et
est enterrée auprès de lui.
b. V. Largeau (1879) fit rédiger
en arabe des récits "historiques" par un Sheikh d'El Oued. Le cheikh
s'en acquitta dans un but d'édification perceptible dans l'épilogue. Parmi ces
récits il y a "L'histoire de Diyab, fils de Khalem". De ce long texte
on ne retiendra qu'un certain nombre de traits constants qui caractérisent,
nous semble-t-il, les versions algériennes: la relation prépondérante entre les
deux personnages formant couple, Diyab et Zadiya (Diyab a été mis à l'épreuve
et a triomphé des autres prétendants grâce à son courage et à son aptitude à
résoudre les énigmes): le thème de la sécheresse qui oblige la tribu à conclure
une alliance avec un chef étranger (Zadiya est donnée en échange de vivres): le
thème du jeu, ici jeu de dés, entre le mari et son épouse hilalienne (gagner à
ce jeu permet à Zadiya de regagner sa tribu): le thème du retour de l'épouse à
sa tribu qui a pour conséquence une succession de combats dont elle est
l'enjeu.
c. A. Vaissière (1892) donne une
version résumée en français ; il la recueillit.au sud de Khenchela, chez
les Ouled Rechaich, Berbères bilingues (à la fois berbérophones et arabophones)
qui se veulent d'ascendance arabe : la version semble avoir été recueillie
en arabe. Djaziya est donnée en mariage
au sultan de Tripoli comme monnaie d'échange. Elle échappe par ruse à son mari
pour rejoindre son amant Diab ben Ghanem.
d. A. Bel (1902-1903) recueillit
chez les Beni Chougran, près de Mascara, un long poème (156 hémistiches) dont
il donne le texte arabe et la traduction. Il précise qu'il a amalgamé deux
versions. On y retrouve les quatre thermes cités plus haut pour la version de
Largeau. On peut y ajouter un autre thème : celui de la scission de la
tribu, lorsque Dyâb obligé de céder Djâzya obtient, en compensation, du bétail,
des guerriers et des jeunes filles, ce qui lui permet de former sa propre
tribu.
Le poème s’achève sur une effusion
lyrique du poète qui pleure la séparation et la dispersion de la tribu.
e. Lartigue (Col. de), dans une
monographie de l'Aurès (1904), consacre quelques pages à "l'épisode de la
Djazia et de Diab". Le récit qu'il
résume provient d'une population d'origine berbère. Il présente des analogies
de contenu et de forme (passages rimés) avec les contes qu'a recueillis Cl. H.
Breteau (voir ci-dessous).Citons par exemple la relation amoureuse qui nait
d'un défi réciproque entre Djazia et Diab et l'apparition d'un personnage
traitre, le colporteur juif.
f. CI. H .Breteau (1966)
recueillit, de la bouche de trois informateurs différents, trois versions en
dialecte arabe du nord-est constantinois. Elles sont enregistrées (au total
environ 2 heures) et traduites en français avec la collaboration de
M.Breteau-Salhi. Elles sont en prose avec quelques formulettes rimées.
Ces trois versions sont pour
l'essentiel comparables avec celles de Largeau et de Lartigue. On y retrouve la
relation fondamentale du couple Dyâb Zâzya. Dyâb est choisi après qu'il a su
résoudre les énigmes que Zâzya lui posait par défi. Il fait preuve également de
"virilité» : il reprend Zâzya au colporteur juif et le tue ; il
triomphe en duel, au moins dans I ‘une des trois versions, d'un autre rival, le
Zénète. Enfin le thème du jeu (ici harbga)
qui oppose Dyâb à Zâzya n'est fait que pour renforcer l'union du couple.
Quant au thème de la sécheresse,
il est le châtiment provoqué par la ruse et l’impatience de Zâzya : la
fertilité est rétablie par l'intervention d'un saint (wali).
g. A titre d'information signalons
que G. Laoust a recueilli quelques fragments de la geste dans la région d'Oran
et que R. Grech recueille elle-même des récits hilaliens près de Biskra.
Enfin, nous avons toutes les
raisons de penser que la tradition hilalienne est encore vivante dans les
régions suivantes : à Tébessa, dans le Hodna, à Laghouat et, selon toute
vraisemblance, dans le Gourara.
5. Le Maroc
Dans l'état actuel des recensions,
notre documentation est singulièrement pauvre. Signalons pourtant deux
témoignages.
a. M. Ben Rahhal (1889) nous
révèle l'existence de récits hilaliens qu'il a entendus chez les Beni Snassen,
à la frontière algéro-marocaine. Ces derniers sont des Berbères qui soulignent
les exploits du chef Zénète au cours des affrontements qui l'opposent à Diab.
b. V. Loubignac (1924) a recueilli
chez les Zaïan et les Ait Sgougou deux petits contes berbères liés à la geste,
dont I ‘un porte le titre "Diab" et l'autre "Conte de Sidi Ali
et Zazia". Ils sont donnés en
berbère et traduits en français.
Dans le premier, on retrouve des
thèmes que nous connaissons déjà : la constitution du couple Diab Zazia, à
la suite des défis auxquels la jeune fille soumet ses prétendants ; la recherche
de pâturages et le don de Zazia que fait la tribu à un chef étranger. Ces
épisodes participent cependant beaucoup plus de l'univers du conte fantastique
que de l'épopée.
Le deuxième conte semble
n'emprunter que le nom et la prestigieuse beauté de I ‘héroïne hilalienne.
On peut également penser, comme
l'indique Bel au début du siècle, que la geste serait connue aux environs de
Marrakech.
6. L’Afrique sud-saharienne
La recension des versions orales
de la geste hilalienne y est à peine commencée. On a trouvé des traces de sa
diffusion chez des populations arabes ou arabophones du Bornou (Nigeria), du
Kanem et du Ouaday (Tchad), du Darfour et du Kordofan (Soudan).
A. Le Bornou
La recension à ce jour la plus
importante est celle effectuée par J. R. Patterson chez les Arabes Beni Hilal
du Bornou. II s'agit d'une sous-fraction des Arabes Yesiye qui constituent
eux-mêmes une fraction importante des Arabes Salamat. Le texte (édité en 1930)
comporte quatre récits qui ont donné lieu à une importante étude de B.
Connelly. Ils sont d'inégale longueur. Ils entremêlent des passages en prose et
des morceaux de poésie, parfois chantée. Patterson les tient d'informateurs non
lettrés. Un mallam, un
"maitre" (muɛallim) aurait fait une transcription phonétique
reflétant des particularismes locaux. Patterson fit ensuite normaliser cette
transcription par un autre savant. Nous disposons donc d'un texte arabe
normalisé et d'une traduction anglaise.
Dans l'état actuel de notre
connaissance très imparfaite des littératures orales de cette aire arabophone
africaine, il est évidemment difficile de mettre en évidence certains thèmes
jugés significatifs, comme nous avons tenté de le faire pour l'aire maghrébine.
Mais partant de la connaissance de certains épisodes bien attestés au Maghreb
et de certains traits considérés généralement comme ‘’orientaux’’, on peut
souligner les thèmes suivants: la conception simultanée, à la suite d'un vœu
,de deux enfants au destin de héros, cf.supra,1-5.(dans ce cas précis Abu Zaid
et Diyab, les femmes étant épouses de deux frères): l'enfance d'Abu Zaid,
jalonnée de prodiges de force et de sagacité, cf. supra, I-2.(son aspect
redoutable mettant en fuite le père et sa tribu) ; le mariage projeté par l'oncle paternel d'Abu
Zaid entre Abu Zaid et El-Jaz (ce projet étant contrarié par la passion
réciproque que s'inspirent El-Jaz et le fils du sultan de Tunis) ; le
déclenchement des hostilités entre Abu Zaid, sa tribu et le sultan llâm de
Tunis comme conséquence du rapt d'El-Jaz consentante (Abu Zaid poursuivant les
fugitifs jusqu'à Tunis) ; la perte des trois neveux utérins d'Abu Zaid
suivie de la victoire totale sur le sultan de Tunis.
A propos du premier récit, on
pourrait encore mentionner les mêmes motifs qu'en Tunisie : le héros Abu
Zaid mis à moudre le grain chez une vieille lors de son expédition à
Tunis ; la mort de son neveu à la suite de la morsure d'un serpent dans un
puits.
Enfin, dans le dernier des quatre
récits, Abu Zaid le héros, sa descendance et Diyab meurent. Les compagnons
d'Abu Zaid se noient pour la plupart, disant qu'après lui le bonheur ne saurait
exister. Observons que cette atmosphère de "fin du monde" caractérise
aussi bon nombre de versions maghrébines.
Parmi les nombreux traits
spécifiques de ces versions africaines, relevons par exemple le voyage
initiatique qu’entreprend le héros, guidé par sa mère, lorsqu'il se rend au Sud
et au Nord, après avoir interrogé cette dernière sur les quatre points
cardinaux
B. Le Kanem et le Ouaday
Dans la littérature orale déjà publiée, on peut également citer trois
chants arabes recueillis, transcrits (arabe normalisé et transcription
phonétique en caractères latins) et traduits par H. Carbou. Le lien qui les
rattache à la geste hilalienne est ténu : il est question de "Tunis
la verte", paradis que caractérise l'abondance de l'eau et l'absence
d'insectes piqueurs si funestes aux troupeaux ; on y relève l'appellation
"guerriers de Tunis" appliquée aux Toundjour ; enfin, dans la
troisième chanson, l’épouse d'un cheikh arabe chante les vertus de son mari
qu'elle juge incomparable ("il n'y en a pas deux comme lui... excepté
Diâb).
Ch. Décobert nous a signalé que
des étudiants tchadiens avaient entrepris de recueillir des versions orales de
la geste et de les transcrire.
C. Le Darfour et le Kordofan
Pour le domaine soudanais, c'est
dans l'ouvrage de H. A. Mac Michael que I ‘on trouve six historiettes
concernant le périple africain d'Abu Zayd le Hilalien. Trois de ces petits
récits se bornent à l'évocation des étapes dont la toponymie a gardé quelques traces.
Les trois autres histoires sont un peu plus étoffées par le rappel des exploits
ou qualités du héros : Abu Zayd est accompagné d'un personnage nommé Ahmad
“El Maɛakûr” (lit. “le mutilé”), présenté tantôt comme le frère d'Abu
Zayd, tantôt comme le petit-fils, tantôt comme un simple parent. Son surnom lui
vient d'une blessure à la jambe (dans une version c'est Abu Zayd qui lui a
coupé le tendon d'Achille), liée au châtiment d'intrigues amoureuses dont il
est soit l'instigateur, soit la victime. Ce personnage d'Ahmad "El Maɛakûr"
est investi dans l'un des textes d'une noble mission : il enseigne le
Coran aux noirs païens, leur apprend à parler l'arabe et les convertit à
l'Islam. Une observation peut être faite : les interférences entre le
cycle romanesque chantant les exploits du héros hilalien Abu Zayd et certaines
traditions orales liées à la formation des dynasties locales semblent, selon R.
S. O'Fahey, être un phénomène relativement récent.
Les itinéraires qui sont prêtés à
Abu Zayd le conduisent, dans cinq textes, d’est en ouest, la première étape
indiquée étant Kassala (cf. carte II, itinéraire A. C, E et F) ou simplement le
Darfour (cf. carte II, itinéraire B). Dans un seul cas. le périple est donné
comme commençant directement en Afrique du Nord où le héros combat les
Zénètes : il les pousse devant lui vers le sud jusqu'au Kordofan (cf.
carte II, itinéraire D).
Il serait évidemment souhaitable
que l'enquête sur la geste hilalienne soit systématiquement entreprise.
Nous sommes conscients que ce
bilan provisoire n'a de valeur que signalétique. Il permet cependant de mesurer
l'importance de cette vaste création littéraire dont les premiers témoignages
remontent, au moins, au XIVe siècle et dont la vitalité est telle que, de nos
jours, on peut encore la recueillir. La présence de cette tradition est repérée
du Liban au Maroc et de la Méditerranée au Bornou.
Pour dresser ce panorama, nous
avons utilisé toutes les sources écrites et orales accessibles, qu'il s'agisse de
versions proprement dites du récit hilalien, ou de productions ou ne figurent
que des éléments accessoires (noms, motifs, etc.). Notre inventaire se veut une
incitation à poursuivre le travail en multipliant enquêtes et analyses.
Nous espérons qu'il sera reconnu
de tous que nous avons affaire à un véritable chef-d’œuvre littéraire en grande
partie méconnu. La geste hilalienne a sa place – croyons-nous pouvoir affirmer
– aux côtés des mille et une nuits, ou des grands chants homériques, pour ne
parler que du monde méditerranéen.
.
Numéro
138 juillet 2025
Uqbel ad teɣreḍ ayen yellan akkin i umnaṛ
Sɣur Mohand Aklis
17juillet 2025
Uqbel ad teɣreḍ ayen
yellan akkin i umnaṛ n yisebtar-agi imenza, bɣiɣ ad d-iniɣ
kra ɣef wayen ara teɣreḍ. Uriɣ imeslayen n yisebtar-agi d
imezwura, uriɣ-ten mi yettnaɣ yiḍ d wass ; akken i ten-sarmen d
tayet i ten-bɣiɣ d tili ; d nutni i uriɣ d imezwura, uriɣ-ten
akken ad iyi-ilin d takarḍa swayes ara yeddu uɣerrabu n tira ;
igli-s, fell-as, ur tettwexxir (...)
Bɣiɣ ad d-aruɣ aḍris
ideg taɣect-iw ad tili d tadist irefden tuɣac tiyeḍ ; syin
akkin, ad asent-tili d annar, tin ara yuraren ad turar, tin ara yesrewten ad
tesserwet, tin ara icewwqen ad tcewweq. Akken bɣunt ilint... d takniwin n
tmellalt. Bɣiɣ-tent kan ad walint acmumeḥ n tmuɣli
yettarran tiɣri i yimeṭṭi ixenqen. Bɣiɣ-tent kan ad
ilint d nnefs-nni ara d-iseggren isem yettneqqraεen deg yiles mi yekkat ad
as-yessiwel. Bɣiɣ-tent...
Nekk, bɣiɣ-tent. Wagi d
lebɣi-w. D lebɣi kan. Ma d tazmert ! Ma zemreɣ-asent, wissen.
Bɣiɣ ad ččareɣ
asdewnen-inu s tuɣac, akken ad tuɣal tezlit i yezdeɣ usdenden d
imseɣret i ttqadaren yimeẓẓuɣen.
Ẓriɣ, mačči d
akal iweṭṭan, dacu kan diɣen, ur telli temsalt d lweεda n
uwezɣi. Akken tettmerrit tsawent i tessefraḥ tegnit ; akken tettɣurru
tkessart i tettḥuddu lluḍa.
Ma zemreɣ-as ? Wissen. Ahat.
Ma sawḍeɣ, ini-d d acu twalaḍ. Ma ur sawḍeɣ,
suref-iyi.
Bɣiɣ ad d-awint ɣef
wagu, simmal yettingiḍ yettuzur, amek yeččur iberdan yettawin ɣer
waktayen, amek ur yettaǧǧa allaɣ ad yaweḍ ɣer-sen. Bɣiɣ
ad d-awint ɣef usyax yekkaten ismawen d wawalen mi ara yekkat seg
tgennarit n tgerjumt ɣer yixef n yiles ; ayen i d-iselken seg tmeslayt
yettemlellay ɣef umnaṛ n yimi, yettaweḍ ɣer tmeẓẓuɣin
yettrajun d aḍu kan yulwan.
Bɣiɣ aḍris-agi d
annar n tuɣac. Yal yiwet tuzzar-ines, yal yiwet aserwet-ines, yal yiwet aḍu
ara
yefrun.
Bɣiɣ-tent kan... yal taɣect
amek, ad d-mmeslayent ɣef truẓi ur nettnejbar... ɣef tikli n
wallen mi ara tettemjadal d wuguren, mi ara tettuɣal d aḥnunuf...
Ma zemrent i wayagi... ma zemrent
i wannect-a n umerret, ad asent-geɣ irebbi, d ayla-w akk ad uɣalent.
Taɣect-iw d ayla-nsent. Ma ddant yid-i, ad tent-rreɣ d llem-iw...
yid-sent ad d-awiɣ asefru-nni uḥzin : Tikli n usmendeg d... tullza.
Ma suεfent-iyi tuɣac,
sawḍeɣ tayerza s aḥdid, ulac am wakken... Ma terreẓ
tgersa... ma yeqqur wakal... ma yugar uẓru akal... ma... ḥsu,
imir-nni, tamsalt, ur as-zmiren la imeslayen, la tuɣac, la ssmex...
yugar-iten uqbar ; d tasusmi kan i as-yeggran i lebɣi-iw. Imir, suref-iyi
(...)
Taɣect-nni, ur neclig la deg usemmiḍ la
deg ugeffur, terfed anina n umeslay, sliɣ-as mi d-tenna am win yettweṣṣin
:
"Ma tebɣiḍ ad temlileḍ d
yiman-ik, ad t-tissineḍ akken ur ak-t-yemmal wayeḍ, bedd ɣef
teftist n tudert-ik, mi ara yebdu ad d-iɣelli yiḍ ; imir-nni, ḥess-as
i lebḥer amek kkatent deg-s lemwaji n wussan-ik. Akken i msuman yiniyen n
wakud : tadamcact yettimɣuren n yiḍ d tafat yettezɣuɣuden
n wass i mlalen wakuden yezḍan tudert-ik : izri-ik d yimal-ik,
ttemjadalen ɣef yimir-nni, anwa ara as-yefken tafenda-s. Imir-nni, am lebḥer
am kečč, reffu d taḍsa d yiwet n tsarewt i ten-id-yefkan, neɣ
ma yehwa-ak, lemwaji n lebḥer ttmeslayent-ak-d ɣef yiman-ik. Ḥess-asent
kan mi ara ttawint ttarrant. Am kečč. D acu kan imir-nni, ur reffu ur
ttaḍsa, qabel iman-ik am win yettqazamen tidet. Fhem-asent kan tameslayt
Neɣ... suref ma izad wawal. Ma ur teffiɣ
fell-ak, anef-as i waman n ugeffur ad glun s wayen ur tebɣiḍ ad
as-tesleḍ".
Taɣect-nni, tsusem, nekk, beddeɣ am
amesmar isedḍen.
Numéro 138 juillet 2025
Mazal i d-neffiɣ si «la régression féconde »,
mi fkan
afus kra n ‘imussnawen !
sɣur Aumer U Lamara
Le Matin d’Algérie 07/05/2025
Ur d-rennu awal-nneɣ di wayhuh ikkren si mi
d-teffeɣ temsalt n Belghit-gateɣɣ gar Lezzayer akked tgelda n
Emirates. D ayen illan d aqdim, maca ass-a iban-d ur iffir. Ad d-nuɣal ɣer
wawal-nni…
Ugur mačči d ayen serwaten yimeɣnasen
n taârabt-tinneslemt akken ad d-snulfun tamurt ur nelli : ‘’Lezzayer d amur n
wakal aârab, d ayla n waâraben, anida ur llin Imazɣien, ur telli tutlayt
tamazit’’ !
Ugur ameqqran, d win selqamen imussnawen akken ad
rekklen tiḥila s yal udem, ɣas ẓran tidet illan.
Deg yiwen uḍris i d-iffen deg umis ameqqran
(1), Le Monde diplomatique, s uzwel/titre : « Amek tamrigt/armée n Lezzayer
terna amussu n Hirak », aḍris i yura Lahouari Addi, illa wayen isewhamen,
iserfuyen.
Asenqed-nne ad yili kan ef snat temsal i d-yufraren
seg uḍris, di tmuli-nneɣ nekkni.
1. Amek akka d
tamrigt ANP i yernan amussu n Hirak ?
Tanekra n hirak i d-ilulen di Kherrata syin di
tnemmast n Lezzayer tamanat diɣ furar 2019, tella si tazwara-s armi d
taggara-s deg unebdu 2020, d tanekra n talwit n yemdanen, ifassen d ilmawen. D
tanekra akken ad d-irgel ubrid i udabu n Bouteflika tikkelt tis 5, di tefrent
ur nelli d tafrent.
Di yal tamdint deg llant tikliwin, ur illi deg-sent
ccwal, ur telli truẓi, ur illi wammus n iberdan. Amaḍal akk izra-d
Izzayriyen ddan d imelyunen deg ‘iberdan, s talwit, s lmizan, s ucmumeḥ,
armi i yas-semman kra « tagrawla n ucmumeḥ».
Tanekra i d-illan, teslul-d asirem ameqqran di
tmurt n Lezzayer armi kksen iḥerragen, ur zeggren deg waman acku ilul-d
usirem, ad tbeddel tmurt, ad qqimen di tmurt-nsen.
Ayen i tga temrigt ANP ilha, ur d-tekkir d tacengut
n uɣref s ubarud di tazwara, acku ur frin gar-asen yimeqqranen n ANP.
Di yal tamurt, adabu aserdas ur iqebbel ad d-ilal
udabu aɣerfan ur nelli gar ifassen-is, ddaw uḍar-is, ugar di ma aɣref-nni
yettẓeggi s tiriɣ : « awanak aɣerfan, mačči d aserdas
! » (Etat civil, pas militaire).
Di tazwara teddukel tyita ɣef Bouteflika akken
ad ittwakkes. D iswi-nni i d-ɣislulen tadukli n tegnit gar uɣref
akked temrigt (union de l’armée et du peuple). Syin tamrigt ANP tefka ɣer
sdat tamsulta akken ad tergel iberdan, ad teg tiwlafin d videos, ad taru
ismawen, ad theggi tazarezt i yimeɣnasen i d-ɣibanen. Scenario n
tekriṭ ittwassen di yal tamurt.
Amussnaw ad d-yarun ass-a : « tamrigt n Lezzayer
terna amussu n ḥirak », ur illi deg ubrid n tidet. D tasleṭn
tidderelt, d tin n tḥila, ne d tin n warɣɣ tamussni n win
isduklen aseḥmu d userkem ?
Di tmuli-nneɣ, ur telli yiwet deg-sent, acku
ayen iẓerr Lahouari Addi, inna-t-id
yakan deg yiwen uḍris di tallit-nni, mi d-llant tikliwin timezwura
: « imelyan n yemdanen illan ffen-d di tnemmast n Lezzayer, zemren azekka ad
hemlen ef tzeqqa n uɣlif n wastan aɣelnaw (ministère de la défense
nationale), ad kecmen… ad ṭṭfen
adabu.
Tamuli n Lahouari Addi, d tin n «umussnaw » illan
ittferriǧ-d si berra, idduri, isaram ad teggerwel tmurt, am akken t-isarem
di tnekra-nni n FIS s wawal n « la régression féconde ».
D awal i yenna yakan Hassan II n Merruk di 1991,
asmi yesarem ad iṭṭef FIS adabu di Lezzayer, akken ad tili
tmurt-nneɣ zun d « laboratoire n udabu neɣ tinneslemt» i tmura
tinselmin.
Acu i yesfeclen
tanekra n ḥirak ?
Ur nettarra awren ɣer tessirt, akken illa
wawal. Snat temsalt i yesfeclen tanekra n talwit, ur tesaweḍ ad tbeddel
lsas n udabu :
Tamezwarut d tanekra i d-ilulen war ma yella
uqerru, war ma tella tuddsa/organisation ara yerzen asalu i umussu i d-ilulen.
Di yal amkan, dduklen yemdanen, llant tdukliwin iqedcen akken ufant, maca ur
d-ilul ugraw izemren ad iseddu aḥemmal n imelyan n yemdanen d-ikkren.
Mi yella uɣref ittẓeggi akken ad ikkes
udabu yellan, akken ad tbeddel seg uẓar, ad ikkes udabu n userdas, ad
ibeddel paradigme akken ad d-ilal wass amaynut, kra n imeɣnasen di
Lezzayer ttazzalen ad ẓren Mouloud Hamrouche, Ahmed Taleb Ibrahimi neɣ
wayeḍ, akken ad ten-id-awin ad ṭṭfen adabu, ad leqqmen
système FLN. Wiyaḍ ruḥen d imẓuren ɣer uxxam n Ali
Belhadj akken ad t-ciwren !
Amussu hirak iqqim itezzi am tzizwit taderɣalt
yal lǧemaâ, armi yexsi usirem-nni. Deg unebdu 2020, aṭan n Covid
yerna-d tilufa-s, ixla iberdan, kecmen medden ɣer yexxamen-nsen.
Γas tefcel tnekra, taggara iban-d wayen
d-illan ur itekkes : Izzayriyen zemren ad gen tagrawla tameqqrant, zemren ad
tt-beddlen azekka di talwit, acku tamurt teddukel deg yiwen usirem : bennu n
tmurt tatrart, tamurt n izerfan anida ara idiren yemdanen di talwit. D asirem i
d-iqqimen, ad d-iqqimen ɣer sdat, « nezmer-as !».
2. Tuccḍa nniḍen
n Lahouari Addi
Ayen i yura :
« Les dirigeants prétendent le protéger (le hirak,
ndlr) contre les islamistes et les berbéristes qui l’auraient infiltré » (adabu
yenna zun ibedd ad isdafel ɣef umussu n hirak, mgal imeṭṭurfan
inselmen akked « les berbéristes i t-ikecmen. »
D tamuli n Lahouari Addi, amek iẓerr tiḥila
n udabu i yewten ad issinef amussu n ḥirak i wammud/lfayda-s netta, am
akken illa wawal n zik, « ddu d waman iḥemlen akken ur k-teččen
waman ».
Tuzzma yellan ɣef Lahouari Addiɣ : amek i
yesemres awal « les berbéristes », war ma yefka-d ayen illan d azal-is, d
anamek-is n tidet, mačči d waɣzen i d-iɣffen seg yifri n
udrar, akken ad sigden yis imdanen, am akken yetturar yis système FLN si nnig
70 iseggasen.
Maca, Lahouari Addi yeẓra acu yellan s tidet
deffir wawal-nni n « berbéristes », anwi i d « les berbéristes » : d imelyan n
yemdanen iteddun deg iberdan i Lezzayer tazzayrit, d tilawin akked timɣarin
i d-iffen ad lḥunt ɣas uggadent at ‘ičumar, ugadent imsulta, d
tidukliwin illan deg unnar am RAJ, SOS Bab-el-Oued, taseqqamut n izerfan n
umdan LADDH, imastanen ilelliyen…
D ayen akk ur d-inni Lahouari Addi, iqqim kan deg
uwcem-nni « les islamistes et les berbéristes », zun ibedd d axuni n udabu n
système FLN, ayen iffren ur nefri yesaggad ugar.
Mačči d taḥilet i d-isnulfa
Lahouari Addi, maca yufa-tt d allal akken ad iseddu tikta-s di 2025.
Deg umezruy i d-tekka tyita, si tezent/la crise i
d-illan di 1948-1949 deg ukabar PPA-MTLD. Syin win i bɣan ad t-kksen, ad
as-snetḍen awcem n « berbériste ».
Di taggara n 1948, akabar n MTLD, win illan deg
ufus n Messali, ifka memorandum i ugraw n ONU, anida yura « Aɣlan azzayri
aârab ineslem, illa si lqern wis 7 ».
Amar Ould Hamouda, ameɣnas n ‘’comité
central’’ n MTLD, isuter i wegraw n imeɣnasen inelmaden i yessen di tmurt
n Iqbayliyen (2) (3), akken ad arun tazrawt i yellan deg ubrid n umezruy si
leqrun imezwura n tmurt tamazit, mgal memorandum-nni n Messali.
Mi yeffeɣ wawal n umussu-nni di MTLD, terna
tekker ugar di tfidiralit PPA-MTLD n Paris, gar imeɣnasen n « Lezzayer
taârabt tineslemt » akked Imeɣnasen n « Lezzayer tazzayrit », ikker umennuɣ,
tama tekka di tayeḍ. Amur ameqqran n imeɣnasen n Lezzayer tazzayrit
ffɣen seg ukabar MTLD. Tamehla n MTLD tesbabb-asen awcem n «
berbéro-matérialistes ».
Kra n ‘iseggasen ɣer sdat, mi tekker di 1954,
amur ameqqran n imeɣnasen-nni kecmen deg umussu n FLN-ALN. Γas
innulfa-d wawal n «berbéro-nationalistes », maca ur isaweḍ ad ikkes
awcem-nni amezwaru.
Tamsalt n 1948 tefrari-d diɣ di 1956, mi yefra
uswir n Soummam, mi tellaɣ tekker tettimɣur tnekra n Messali di MNA.
FLN isnulfa-d tayugra ur nelli, akken ad iwwet akka, ad iwwet akkin. Mi yefra weswir,
CCE ifka lamer i tfidiralit FLN n Fransa : « Il faut éliminer les militants
messalistes et les berbéristes » (issefk ad nɣen imeɣnasen n Messali
akked les ‘’berbéristes’’) (4).
FLN ittu yiwet temsalt : amur ameqqran n
inemhalen/cadres n Tfidiralit di Fransa llan deg umussu-nni n « berbéristes ».
D nutni i yeseddan tafidiralit armi d 1962. D tafidiralit-nni i ibedden d
tagejdit n tegrawla s tedrimt n ixeddamen akked tmussni n inemhalen ikecmen di
GPRA, akked yal amkan n tagensest n tmurt n Lezzayer deg umaḍal.
Ass-a d nnuba n useqdec n tyuga ur neqqin, «
islamistes et berbéristes », akken ad kksen azal i umussu n 1948 i yewten ad
ibnu tamurt tatrart ɣef umezruy illan, ɣef tiɣermi/citoyenneté,
mačči ɣef win i d-snulfan ixuniyen, si tmessalit ar ass-a, di
taârabt-tinneslemt.
Azekka diɣ zemren ad d-afen taḥilet nniḍen
ara sxedmen akken ur tettbeddil, ad qqnen « mafia-DZ et les berbéristes » !
Maca tallit tbeddel, tamussni tennerna, internet
ibeddel tagnit.
Urar n wid issemrasen tikerkas, akken buɣn ilin
d ‘’imussnawen’’, ad d-zzint fell-asen, d Lahouari Addi, d Belghit neɣ d
wayeḍ.
Neẓra ass-a anida tesaweḍ tmuli-nni n «
la régression féconde ».
Aumer U Lamara
Timerna / Notes :
1. Article « Et l’armée algérienne défit le Hirak
», Lahouari Addi, le Monde diplomatique N°853, Avril 2025, p.16.
« A aucun moment le Hirak n’est pris à partie dans
le discours officiel. Au contraire. Les dirigeants prétendent le protéger
contre les islamistes et les berbéristes qui l’auraient infiltré ».
2. L’Algérie libre vivra, Idir El-Watani, brochure
élaborée en 1948 par 5 militants du PPA-MTLD, sans l’accord de la direction du
MTLD. Elle est combattue et des milliers d’exemplaires saisis par le direction,
dans une opération coup de poing, pour éviter sa diffusion aux militants.
Edition Tafat, Alger, 2015.
3. 5 yinelmaden i yuran tazrawt-nni : Ali-Yahia
Saïd, Mabrouk Belhocine, Yahia Henine, Sadek Hadjares, Saïd Oubouzar.
4. Deffir uswir n Ifri-Uzellagen (Soummam) n ɣect
1956, CCE (Comité de Coordination et d’Exécution), isuter di Tfidiralit FLN n
Fransa : « Il faut éliminer les messalistes et les berbéristes ». illa
lkaɣeḍ zemlen s ufus n CCE.
Numéro 138 juillet 2025
Tidlisin nniḍen :
Textes Berbères des Ait Souab (Anti-Atlas, Maroc)_Jean
Podeur_1995.pdf
Tizi_wwuccen_methode_de_langue_berbere_kabyle.pdf
Dictionnaire-français-touareg-E.masqueray-1893.pdf
Menyif_akka
wala_seddaw_uZekka_Mohia_Abdellah.pdf
Numérisation
du lexique arabo-berbère d’Ibn Tunart - K. Naït Zerad _ S. Lounissi _ S.
Djemai.pdf
Essai_sur_la_litterature_des_Berberes_Henri_Basset_1920.pdf
Etudes_sur_les_dialectes_berberes_René_Basset_1894.pdf
Nasserdine_Ait_Ouali_Le_Roman_Kabyle_vol_I_Voix_et_voies_francophones.pdf
Numerisation_du_lexique_arabo_berbere_d_Ibn_Tunart
_K.Nait Zerad_S.Lounissi_S.Djemai.pdf
Amazigh_Voice_Vol-25-Issue-1_Summer-2023.pdf
Grammaire-Dialogues-et-Dictionnaire-Touaregs-Tome-1-Motylinski.pdf
LA_BERBERIE_ORIENTALE_SOUS_LES ZIRIDES.pdf
2 numéros de la revue Aguedal contenant la conférence de Mouloud Mammeri
sur la Société Berbère :
Dictionnaire_de_proverbes_RAM_Edition_Zyriab.pdf
LEXIQUE_ANIMAL_Mohamed_Oussous.pdf
Mehenna Mahfoufi, CHANTS ET POÈMES DE LA KABYLIE DANS LA
LUTTE DE LIBÉRATION,
pages 1-86
DICTIONNAIRE_FRANÇAIS_TOUAREG_EMILE_MASQUERAY_1893.pdf
Tameddurt_n_Galilei_Bertold_Brecht.pdf, asuɣel
sɣur Σ.Mezdad
TEXTES_BERBERES_DANS_LE_PARLER_DES-AIT-SEGROUCHEN_Charles_PELLAT_1955.PDF
LA_VIE_BERBERE_ PAR_ LES_TEXTES_ARSENE_ROUX_1955.PDF
Les
grands symboles meditérranéens dans la poterie algérienne_JB_Moreau
SIN-NNI.PDF,
par Muḥend-Uyeḥya
Culture_savante_culture_vecue_MAMMERI_Tala
Dictionnaire_Français_Kabyle_Père
Huygue_1902_1903.PDF
JOURNEE_D_ETUDE_DE_LINGUISTIQUE_BERBERE_LA_SORBONNE_1989.pdf
Akken qqaren medden sɣur
Mohia GEB, 1978
Berber
Art_Jeanne_d'Ucel_Norman_University_Oklahoma_1942
Dictionnaire_de_proverbes_Remḍan_At_Menṣur_3eme_Edition.pdf
Ageldun-amecṭuḥ_St-Exupery_Tasaɣelt_sɣur
Habib-Llah-Mansouri
Aglam-deg-wungal-n-Amer-Mezdad-Ass-nni,
sɣur
Ferhane Badiaa
RECUEIL_DE_PRENOMS_AMAZIGHS_Md_Akli_HADDADOU.pdf
ITIJ_BU_TCERKETT_Taher_Djaout_tasuqilt_Samir_Tighzert.pdf
La_Babel_du_Ponant_2eme_partie_Ali_Farid_Belkadi.pdf
Aglam_deg_wungal_n_Amer_Mezdad_Ass-nni_FERHANE_BADIAA.pdf
DESCRIPTION_ET_HISTOIRE_DU_MAROC_Leon_GODARD_1860.pdf
APERCU_SUR_TRENTE_TROIS_SIECLES_DE_L'HISTOIRE_DES_IMAZIGHEN.PDF
MUHYA_SI_PERTUF_traitement_de_texte.pdf
Revue Izen Amaziɣ, 3
numéros :
Textes berbères de l'Aurès_
Parler des Ait Frah
Romans et ambiances dans la maison
kabyle traditionnelle.pdf
La_Kabylie_Recherches_et_Observations_1833.pdf
Jules_Maistre_Moeurs_et_Coutumes_Kabyles_1905.pdf
Tighermin_yemmeccen_Sari_Med.pdf
MOULIERAS_Auguste_Une_tribu_Zenete_anti-musulmane_au_Maroc_Les_Zkara.pdf
LA_LANGUE_BERBERE_EN_AL_ANDALUS_Md_Tilmatine.pdf
Inédite,
une pièce de théâtre de Idir Amer :
Idir_Amer_Ay_Afrux_iferelles.pdf
Inédite, Dom Juan de Molière,
en langue kabyle :
DOM_JUAN_LE
FESTIN_DE_PIERRE_MOLIERE_SI YEHYA_TASEGLULT-S-UDΓAΓ.PDF
Dictionnaire_Francais_Berbere_Antoine_JORDAN.PDF
Les_Cabiles_et_Boudgie_F.PHARAON_Philippe_libraire_Alger_1835.PDF
Habib-Allah_Mansouri_Inventaire_des_neologismes_amazighs.pdf
Ddem_tabalizt-ik_a_Mu_Kateb_Yacine, version bilingue
Ad lemmdeɣ tamaziɣt
n Hamek : http://www.ayamun.com/adlis-usegmek.pdf
Belkacem Bensedira_Cours de
langue kabyle_Adolphe Jourdan_1887
JM_DALLET_LE_VERBE_KABYLE_FDB_1953.pdf
AMAWAL_TUSNAKT_H.SADI_1990.pdf
CHANTS_BERBERES_DE
_KABYLIE_Jean_AMROUCHE_CHARLOT_Ed.1947.pdf
OUARGLA_M.JARDON_J.DELHEURE_Tome1_FDB_1971.pdf
OUARGLA_M.JARDON_J.DELHEURE_Tome2_FDB_1971.PDF
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Numéro 138 juillet 2025
Imeslayen ucbiḥen i yezgan ɣef
yiles n Muḥya :
" Ad s-tesleḍ ( takassiṭ) , ad
d-tuɣaleḍ
Ad d-tiniḍ, rnu- d tayeḍ
Ad d-nernu, ad d-nernu..
Mazal lxiṛ ar zdat .. "
___ Muḥya yezga yeqqar :"Ṣṣeḥ,
d ayen i txedmeḍ , mačči d ayen i tkesbeḍ. Yerna ayen ara
txedmeḍ s ufus-ik, ad yeqqim i wiyaḍ..."
Dɣa, ayen i d - yeǧǧa Muḥya,
d agerruj ameqqran : d isefra, d iḍrisen, d tineqqisin , d timezgunin , d
timucuha, d tidiwenna (des interviews) d wayen nniḍen...
Di leqdic - ines, yella wayen i yura netta s
timmad-is, d asnulfu-ines. Yella wayen i d-yewwi ɣer yibeṛṛaniyen,
ɣer tsekelwin nniḍen , d amsasa kan , yerra - tent-id ɣer
teqbaylit . Icebbeḥ - itent akken iwata. D yiwen udem n usnulfu diɣen,
mi d as - nesla , ad d-tiniḍ d nutni i d-yugmen ɣur-s,
mačči d netta i d-yugmen ɣur-sen.
Ma nefka - d kra n yimedyaten kan : _ Muḥend
U Caɛban ( Le ressuscité n Lu Xun) _Llem-ik , ddu d aḍar - ik (
L'exception et la règle n Bertolt Brecht) _ Muḥend U Caɛban
yeččan taxsayt ( Memnon ou la sagesse humaine n Voltaire) _ Tagerfa d
uberraɣ ( Le corbeau et le renard n La Fontaine) _Imexluqen-agi heddṛen
kan ( Le loup et la vieille n Esope) _ Aggur d yitri, Lezzayer teddifili
(Cortège n Pervert ) _ Si Partuf ( Tartuffe n Molière) _ Tacbaylit ( La jarre n
Luigi Pirandillo) _ Muḥ n Muḥ ( Pauvre Martin n Brassens) _ Amzzeṛti
( Le déserteur n Boris Vian) _ A ddin qessam ( Merde à Vauban n Seghers) _ A
win iheddren fell-i ( La statue n J. Brel) _ Yiwwas ad dlun fell-as ( Nuit et
brouillard n Jean Ferrat) _ Taddart - nneɣ ( Le Jardin d'amour n W. Blake
) _ Annuz (L' opium du peuple, d ukkis deg udlis Capital n Karl Marx) .... atg.
___ Muḥya d yiwen i iḥemmlen ad iger
diɣen timuzigatin di leqdic - ines, dacu d tisgunfutin timecṭuḥin
kan. Gar ccnawi akked imẓawanen i yessemres, ad d- naf : ccna aɣerfan
n teqbaylit iḍebbalen , aẓawan akurdi ( kurde), aẓawan n
tefriqt (africain), timuzigatin n rradyuwat akked isura ( des pièces
radiophoniques et de films), timuzigatin n yimẓawanen am M. Theodorakis,
Menestrier, Strauss, S. Prokofiev...
___ Aṭas seg yiccennayen yecnan isefra -
ines, ma nebder-d gar-asen : Ferḥat, Yidir, Azenẓar, Brahim Izri, Ǧurǧura,
Sliman Cabi, , Ideflawen, Ɛli Tiddukla,, Agraw, Takfarinas, Malika Domran,
Debza..
Muḥya d yiwen iḥemmlen taqbaylit aṭas,
iga-yas ccan d ameqqran . Ɣur-s netta , yezmer akk ad immeslay yes-s tiɣawsiwin
yellan akk deg tudert, di ddunit. Dɣa tagi d asmekti kan, yiwet n tikkelt,
yenna - yas yiwen i Muḥya :
__ "Cukkeɣ Taqbaylit ur tezmir ara i
yiman-is."
__" Ahat d kečči ur nezmir ara i
yiman - ik, taqbaylit tezmer i yiman-is ". Akka i d as - yerra Muḥya
.
___ Mačči d yiwet i nezmer ad d-nini
fell-as, ayen nebɣu nenna - t-id, drus, am tiqqit n waman deg yilel (lebḥeṛ).
Amahil - ines meqqer,yufrar, igerrez, ur yettmettat, ad t-id-taf tal tasuta ...
___ Dagi. ferneɣ - d yiwet seg tneqqisin i
d - yerra ar teqbaylit. Afṛux di ccetwa ( L'oiseau, la vache et le renard
/ Udrig. Anonyme ) : https://youtu.be/IhiJSTiQLbA
[Tazwart]
Dagi tura, ur neẓri ara amek ara d-nini :
Ma yiwen ufus iwwet -ik, wayeḍ iceffeɛ-ik
neɣ yiwen ufus iceffeɛ - ik, wayeḍ iwwet - ik
Attan tqessiṭ :
[Aḍris]
Yiwen n ufṛux di ccetwa, laẓ, asemmiḍ,
yeɣli iri n ubrid, yeqqim - as-d ad yesselqef. Hata yiwen ileḥḥu
- d, yezzuɣer-d tafunast . Wwḍen - d nnig-s, tafunast, tebra- d i
ticict, a lxiṛ-ik a Ṛebbi : d taḥmayant, d taččuṛant,
d ayen kan. Afṛux - nni, temḍel - it dinna.
Cwiṭ kan, tezreɛ - it - id taṛwiḥt.
Ɣas yufa-d iman-is yenṭeḍ ddaw ticict, yekkes - as usemmiḍ
- nni, yekkes - as laẓ, yerra-tt i uṣeffer. Yettṣeffir,
yesčewčiw dinna, d tameɣra.
Iɛedda-d wuccen :
__ Ticict tesčewčiw !
Yewhem. Yebbeɣ aqamum - is, yufa afṛux
amcum. Yenna-yas :
__ Yya-d fell-ak i ttnadiɣ.
Yečča - t.
[Tamsirt]
Ad twaliḍ tura : Yiwen izebbel - ik, ahat
mačči d aɛdaw ayenni . Yiwen ad k-id - yessukkes, ahat
mačči d aḥbib ayenni . Ma tallast tekker fell-ak
Meqqar tawaṭṭfa n yimi.
______ Ad yesgunfu di talwit.
Mayas
Ilyas
Numéro 138 juillet 2025
Snat
temεayin sɣur Ahmed Ait-Bachir :
1)
Asmi yella Ḥmiduc d aεsekriw
Asmi yella Ḥmiduc
d aεsekriw, yenna-d yella yiwen lieutenant-colonel d aqbayli, maεna,
warǧin i d-yemeslay s Teqbylit. Asmi i nfuk lenstruction, yekunvuk-iyi-d
ar lbiru ines, wehmeɣ i wacu. Yenna-d wwḍeɣ, wwteɣ-as taḥya,
yenna-yi-d s teqbaylit :
-Andda i tebɣiḍ
ad tt-ruḥeḍ a mmi-s n tmurt?
-Bɣiɣ ad ruḥeɣ
ar Lzzayer.
-Yella wemkan ar Lḥarec,
maεna ma tuɣeḍ awal-iw, ǧǧ-ik di Lḥarec.
-Bɣiɣ ad
qarbeɣ ɣer wexxam.
-Nniɣ-ak aɣ
awal-iw.
-Ihi wali andda i
ilaq.
-Ad k-cegεeɣ
ɣer Becar, la 3em région militaire, ad tt-baεdeḍ ɣef cwal.
Yenna-d Ḥmiduc
ruḥ-ɣ ar Becar. Nebbeḍ akken-ni yak tarbaεt, nufa d yiwen
lkapiten i yellan d lofficier dina, dɣa yesawel i yiwen lajudan :
-Dir-hum Ṣef!
Yenna-d Ḥmiduc
ixedmeɣ d idura, syina yenna-yaɣ-d :
-Aya! Premier choix
men, deuxième choix men!
Yenna-d Ḥmiduc,
neqqim newhem kan, nettemyixzar gar-aneɣ, uɣaleɣ xedmeɣ cwiṭ
lkuraj i yiman-iw, nniɣ-as :
-A ḥaḍarat,
ma fhemnac.
-Kifac ma fhemtuc?
Premier choix Qbayl, deuxième choix lexxrin!
Yenna-d Ḥmiḍuc
kemmkeɣ-as i lkuraj-nni inu, ruḥeɣ ar wemkan-nni n premier
choix, dɣa ḍefren-iyi-d Yeqbayliyen yellan dina. Yiwen Ucawi ur
tyaεǧib ara lḥal, dɣa yenna-yas i Lkapiten :
-A ḥaḍaret,
ḥna gaε Amaziɣ.
-Ckun gal-k ḥna
mačči Amaziɣ? Ana, rak tcuf-feya Kapiten, beṣeḥ deuxième
choix. Ḍurka, enta ki rak tehdar, Amaziɣ mnin-k?
-Ana Cawi, men Batna.
-Ihih... anta rak
troisième choix! Ɛendi aḥal n sana f laṛmi, εemri ma
smaεt waḥed Cawi qal "ana Cawi Amaziɣi." Beṣeḥ
xawtek Leqbayl yezuxu b Leqbayla taεhum. Ki rak tḥewes tefhem,
ngul-kum waεlec premier choix i deuxième choix: "Waḥed lxetra,
tlaqina fi waḥed lakrucaǧ mεa irhabiyin. La compagnie n
taεi, εendi 52 εesekri, 20 Qbayl u 32 Aεreb. Ḥazni
wayed irhabi, blisit, teḥt. Lεeskker Ɛreb ki cafu-ni teḥt,
gaε harbu, waḥed ma bqa. Zuǧ εesekri-yin Qbayel, ǧebduni,
dawni ḥeta l trig lgudru, ḥebsu taksi, rrmaw-ni l-daxel, neḥaw
lpirmi lcufur, galu-lu dih lsbiṭar, leεcyia rrwaḥ teddi lpirmi
taεk f lkazirna. Tem tem walew lmenṭiiqa n taε lakrucaǧ.
Fi εecrin εesekri Qbayl, ḥeta waḥed ma hreb. Ngul-kum!
Yaxi ceftu gaε lfilm "Rambo"! Mala, Qbayl hadu, hak-dak daru!
Haw-lik waεlac premier choix i deuxième choix.
01-02-2025
2)
Rabeḥ Nat-Ɛli Wanu, d
acennay aqdim
Rabeḥ
Nat-Ɛli Wanu, d acennay aqdim, yettwasen kan di temnaṭ-nnsen.
Ttawin-t medden Icennu di tmeɣriwin, ḥemmlen-t akk, axaṭar
ixeddem lambyans. D acu, yesεa yiwen ccarṭ, d aqbuc n ccṛab,
ilaq ad-d-ires di la ssen, iwakken ad yesebzag taɣuct-is sya ɣer da.
Yezmer a d-ak yecnnu baṭel, maεna ma ulac aqbuc-nni aεekem, ḥawwet
neɣ qqim.
Yiwen wass iruḥ-d
ɣur-s Si Meqqran At-Lfuḍil si taddart n Tmeɣrusin, ttaddart n
yemrabḍen, yenna-yas :
-A rabeḥ,
atan ass n lǧemεa ad as d-awiɣ tameṭṭut i mmi, bɣiɣ
ad ntruḥ-ḍ ad aɣ d-ccnuḍ cwiṭ.
-Yirbeḥ
a Si Meqqran, maεna, yak tesneḍ ccraṭ-iw nekni ?
-Aha kan a r
Rabeḥ, ccarṭ-ik nesen-it, Kkes aɣbel, aqbuc-ik ad d-yili.
Tewwḍ-d
lǧemεa, iruḥ Rabeḥ ar Tmeɣrusin. Yuffa la
ssen-thegga, yečča imensi, yenna-yas i Si Lfudil :
-Yak, yella
weqbuc-nni?
-Ruḥ a
Rabeḥ ur ttaggad, aqbuc atan yezwar-ik ɣer la ssen!
Rabeḥ yuli
suffela n la ssen, yebda yettqεid
amunddul-is,
yerigl-it akk, yenna-yasen :
-Ihi dayen ad
nebdu?
-Wa tεeṭṭleḍ
a Rabeḥ, bdu bdu...
Yeddm-d
aqbuc-nni amecum, yewwi-t s immi-s, dɣa yeswawi, yergagi akk wedem-is,
isers aqbuc-nni, yeddm-d amuẓiḍ-nni n umunddul-is, yebda yettarra-t
ar daxel-is. Sya d sya ara d-ttuɣun :
-D acu-t akka
i k-yuɣen a Rabeḥ, εni ad ttruḥeḍ ?
Rabeḥ
iεeleq amunddul-is ɣef yatt-is, yenna-yasen-d :
-Wa Yat-Meɣrusin!
Ikil ttaken-t i yfellaḥen ad t-niṣeḥi Rebbi, mačči
i yfenanen!
16-01-2025
Numéro 138 juillet 2025
Sin ‘isefra i d-yesuɣel Ziri
At-Mεemmer
Liberté (Paul Éluard)
Tilelli
Ad aruɣ isem-im
Ɣef zzmamat-iw d ṭṭabla uɣerbaz
Ɣef isekla ur yezmir yiwen ad at-ten-yerẓ
Ɣef rrmel, γef wedfel mi ara d-yeddem aεekkaz
Ad aruɣ isem-im
Ɣef isebtaren akk ɣran medden
Ɣef icebḥanen ideg ccix ur yura ur
yedden
Ɣef weẓru, idim, iccer lkaɣeḍ neγ
iɣiɣden
Ad aruɣ isem-im
Ɣef leḥmuregga n wuraɣ
Ɣef lfuci n Ḥmed
Umerri-nneɣ
Ɣef tcucay igelliden akk ssneɣ
Ad aruɣ isem-im
Ɣef tẓegwa n tniri
Ɣef leεcuc d isennanen i tziri
Ɣef usiwel n temẓi-w, mi
ara s-d-tuɣal teɣri
Ad aruɣ isem-im
Ɣef tunṭicin ineglusen n yiḍ
Ɣef weɣrum amellal
n wass ay ul triḍ
Ɣef lawanat yemyexḍaben teẓriḍ
Ad aruɣ isem-im
Ɣef tfawtin usigna igenni-iw azegzaw
Ɣef tala n yiṭij iɣemlen zdat wallen n Wezwaw
Ɣef tasift itekksen fad i yimi, mi ara yekkaw
Ad aruɣ isem-im
Ɣef yal iger, ɣef ugemmaḍ
Ɣef iferrawen n wefrux mi ara yessegmaḍ
Ɣef tessirt n tili ideg nettḥulfu i
kra d asemmaḍ
Ad aruɣ isem-im
Ɣef yal abbu n tafrara
Ɣef yilel d lembaber merra
Ɣef Ğerğer ur sεint akk tmura
Ad aruɣ isem-im
Ɣef ifurran usigna
Ɣef tidi n rrεud diɣenna
Ɣef iberquqen ugeffur mi d-yerna
Ad aruɣ isem-im
Ɣef yal talɣa
iberrqen
Ɣef nnaqusat n yinan yettwamerrqen
Ɣef tidet m wul ireqqen
Ad aruɣ isem-im
Ɣef tebriṭ yettwaberrzen
Ɣef iberdan isaxen yeddrebzen
Ɣef imeḍqan ideg medden akk teddzen
Ad aruɣ isem-im
Ɣef teftilt yettaɣen imiren
Ɣef teftilt deg wallen-is mi ara tberren
Ɣef yexxamen-iw seddaw yiwen ssqef, yeffren
Ad aruɣ isem-im
Ɣef lfakya yebḍan ɣef sin
N lemri yakk d texxamt-iw, a win ur tt-nessin
Ɣef wusu-w ideg ur d-grint texnanasin
Ad aruɣ isem-im
Ɣef weqjun-iw aleggaγ iṣeqqḍen
Ɣef imeẓẓuγen-is ibedden
Ɣef ilabbaḍen-is a medden
Ad aruɣ isem-im
Ɣef lecqayeq n tewwurt-iw
Ɣef ijeqḍuren akk n wexxam-iw
Ɣef teḍsa n tirgit n wul-iw
Ad aruɣ isem-im
Ɣef tunṭicin akk nuklal
Ɣef yenyiren imeddukal
Ɣef ifassen akk yeẓẓlen, mi ara ten-nwali tikkwal
Ad aruɣ isem-im
Ɣef ṭṭwaqi n tmuffirin
Ɣef icenfiren yettrağun werɛad tt-frin
Di leεli sennig tsusmi n tudrin
Ad aruɣ isem-im
Ɣef lɣiran-iw
yerwin
Ɣef ikankilen-iw d-yeɣlin
Ɣef leḥyuḍ n teqreḥ-iw yulin
Ad aruɣ isem-im
Ɣef leɣyab war
asirem
Ɣef tewlawalt tabuεeryant yeqqes wezrem
Ɣef tseddarin n tmettant m lhemm
Ad aruɣ isem-im
Ɣef tezmert i d-yuɣalen
Ɣef kra ttagaden medden irewlen
Ɣef usirem war amekti n wussan yuzzlen
Yerna s wafud umeslay
Ad bduɣ ddunit
tamaynut
Luleɣ-d akken
ad kem-issineɣ
Akken ad am-ssawaleɣ
Tilelli
Erlkönig
(Johann Wolfgang γon Goethe)
Qebbaḍ lerwaḥ
Anwa-t wemnay-inna i s-d-yerran ssira i uεudiw-is deg iḍ-agi n waḍu?
D baba-s d mmi-s iɣef la yettsuḍu;
Yessers-d aqcic deg iciwi-s,
Iɣumm-it-id
s tecḍaṭ
ubernus-is.
"Ini-yi-d a mmi, d acu yerran akka udem-ik d awraɣ?"
"Nnaγ a ba! Ur twalaḍ ara qebbaḍ lerwaḥ-agi la d iyi-d-yettgabaren am ubaraɣ?
Qebbaḍ lerwaḥ s ucebbub-is imkerteṭṭi am win n tewkilt?"
"Xaṭi, xaṭi a mmi, allen-ik d azaylal i la ttwalint.
"Kker ay aqcic abaḥan, kker
ad tedduḍ yid-i tura!
Turarin yelhan, ad tent-turareḍ yid-i merra;
Kra n tjeğğigin tizerreqmaniyin ad tent-in ɣef yiri n wasif;
Yemma ɣur-s
icettiḍen n wuraɣ yezzuzufen lḥif"
"Wa ba, wa ba, tesliḍ-as i
wesbecbec-is d-iṣeggem,
Qebbaḍ lerwaḥ wayen akk d iyi-ṛeggem?"
"Ur ttagad, ur ttagad ammi, ala!
D aḍu-yagi kan i la yettsuḍun ger isekla"
"Ay aqcic uḥdiq, yak
triḍ ad tedduḍ yid-i kan?
Yessi tuɣ-itent la
k-ttrağunt yakan;
Yessi ad k-derrzent tawsa
Ad k-zzuznent s ccḍeḥ, ccna d teḍṣa".
"Wa ba, wa ba, ur tent-twalaḍ ara s agemmaḍ
Yessi-s n qebbaḍ lerwaḥ deg wadeg-inna aberkan asemmaḍ?"
"A mmi, a mmi, ur ddreɣleɣ ara:
Ayen d-tenniḍ segmi
ulac-it, ur t-walaɣ
ara"
"Ḥemmleɣ-k, ccbaḥa-k
tettseḥḥir;
Imi ur d ak-yehwi s leḥkar, ad
k-ddmeɣ s
udebbuz d lḥir"
"Wa ba, wa ba, la d iyi-tberren afus tezzuɣur deg-i!
Teqreḥ-iyi nezzeh
tmettant-agi!"
Argaz yerra-yas ssira i uεudiw d aqlaqal,
Yeẓmeḍ mmi-s yeqquren am ubuqal,
Yessaweḍ-it s amejjay ɣas yeqqel semmeḍ;
Deg iɣallen-is
i d as-yewweḍ sanda ara naweḍ.
Asuɣel n Ziri At-Mεemmer
Numéro 138 juillet 2025
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Dernière révision : 30/09/2025
mardi 30 septembre 2025