17 鋗e ann嶪
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Pr幯oms alg廨iens authentiques (mis � jour et augment�)
Num廨o 83 Mai 2016
1�) Le retour, Amar Mezdad, pages 83-93 :
LE MOINEAU PRIS AU PIEGE
� Pour elle, je suis pr皻 � me ruiner ! M瘱e la maison
que m�a laiss嶪 mon p鋨e, s�il le faut, je�
l�abandonnerais.
Cet individu qui parle et que j�嶰oute en
ce moment s�appelle Mouloud Awadi. Tr鋊 jeunes, nous avons fr廦uent� la m瘱e
嶰ole et� toujours occup� la m瘱e table.
Ins廧arables, on nous prenait souvent pour des fr鋨es. Pendant des ann嶪s, nous
avons fait ensemble beaucoup de b皻ises.
A l�嶰ole, il 彋ait excellent ; il 彋ait toujours
premier et moi je suivais derri鋨e. Parfois, il me laissait passer devant en me
conc嶮ant un point ou un demi-point. Il n�omettait
pas de me dire � l�avance : � Cette fois-ci, ce sera ton
tour ! �
J�ai beau me creuser la
m幦oire, je ne me souviens pas d�une querelle entre nous, comme cela arrive �
tous les enfants ! Nous n�avons jamais eu
le plus petit d廥accord. Nous 彋ions tr鋊 proches dans l�enfance, mais avec le
temps, nos caract鋨es ont diverg� quelque peu et les contraintes de la vie nous
ont souvent s廧ar廥.
Le voici aujourd�hui en face de moi,
visiblement vieilli, le cr滱e aussi chauve qu�un terrain de foot-ball
d�autrefois. La course de son front rejoint la nuque
� l�arri鋨e du cou ; seuls restent, au-dessus des oreilles, quelques
cheveux r廥iduels toujours dans leur couleur
noire d�origine.
� Ne crois pas que j�aie perdu mes cheveux
� cause de l�殟e ! C�est mon cerveau toujours en 嶵ullition qui, un jour,
a d嶰id� de faire sauter le couvercle, exactement comme le fait le paysan en
sudation quand il enl鋦e son chapeau, ou le Fuji-Yama quand il se r憝eille.
Le cr滱e est certes aussi pauvre en
cheveux qu�un �uf mais le visage n�affiche pas une seule ride, la peau est
lisse comme celle d�un enfant. Je parais beaucoup
plus vieux que lui ; on me prend souvent pour son a螽� et pourtant
nous sommes venus au monde le m瘱e mois. Les angoisses font vieillir plus s�rement
que les ann嶪s qui passent.
Mouloud et les soucis n�ont
jamais fait bon m幯age, il a rompu toute relation
avec eux. � Ils ne r瀺ent pas dans les lieux o� je me trouve. Ils
ont certainement peur de moi �, disait-il.
A la fin de nos 彋udes, on nous appela
tous pour le service militaire ; lui ne
fut pas convoqu�. On l�avait oubli� ! Il
attendit quelque temps, puis il se rendit � la caserne de Blida pour 嶰laircir sa situation : l�attente et l�incertitude
commen蓷ient � l�agacer. On lui demanda de patienter un peu et d�attendre son
tour qui viendra s�rement. Quelques jours plus
tard, j�彋ais avec lui quand il re蓰t sa convocation dans une enveloppe
de couleur jaune sable. Avant qu�il ne l�ouvr褾, je
pensais qu�il allait p滎ir, trembler, avoir un peu peur. Non, pas un muscle de
son visage ne tressaillit, et le nom inscrit sur l�enveloppe 彋ait bien le
sien ! Il dit seulement :
� Il ne manquait plus qu�ils ne
m�oublient ! Dans une semaine, je serai bidasse ! Je
commen蓷is � 皻re fatigu� d�嶰outer mes vieux me relancer sans cesse sur leur
obsession de me voir mari�. Je te le r廧鋈e, la semaine prochaine, je serai
loin d�ici. J�ai un seul regret : ma bourse
d�彋udes en Italie me file sous le nez !
Il ouvrit d幨icatement l�enveloppe. Il en
retira un carton de la m瘱e couleur. Surprise ! Il ne s�agissait pas d�une
convocation, mais d�une dispense du service militaire en bonne et due forme.
� Ce sont deux ann嶪s de gagn嶪s !
C�est un don du ciel ! Je serai plus jeune de deux ans !
D鋊 la semaine
suivante, il se retrouva en Italie o� il passa deux ann嶪s enti鋨es.
Quand je sortis de la
caserne, il revenait de ce pays, 幨嶲amment habill�. Il 彋ait
ras� de pr鋊 comme d�habitude. Une pipe ornait ses l鋦res ! Il 彋ait au
volant d�une superbe voiture, de celles qu�on ne voyait qu�au cin幦a.
Mouloud, c�est tout cela : il ne rate
pas sa cible, il arrive toujours � tirer son 廧ingle du jeu. � Un ange est
toujours � mes c矌廥 pr皻 � voler � mon secours ! �
Tout petit, sa m鋨e lui aurait
concoct� un porte-bonheur : elle lui aurait fait manger une patte de chacal, c�est pourquoi il a autant de
chance. C�est ce qu�il avait l�habitude de dire.
Nous commencions � collectionner les
ann嶪s et � ne plus 皻re jeunes ; Mouloud, lui, restait vieux gar蔞n. Ses
parents ont longtemps essay� de mettre fin � sa vie de c幨ibataire, en vain. Sa
m鋨e lui reprochait de vouloir la priver du bonheur d�assister � son
mariage et de voir la maison anim嶪 de nouveau. � Je risque
de mourir et tu n�auras pas eu ma b幯嶮iction ! �, se plaignait-elle.
Il lui r廧ondait : � Mon
bonheur, c�est de rester libre, aussi libre que l�oiseau dans les airs !
Ni entrave aux pieds, ni charge sur le dos. Toi aussi, de ton c矌�, il n�y aura
personne pour te marcher sur les pieds ! Tu nages en plein bonheur et tu
ne t�en rends pas compte ! Eh bien, si tu veux 皻re heureuse, c�est le
moment ou jamais, profites-en ! Nous passons nos meilleurs instants,
ensemble ! �
Elle le bouda pendant� longtemps.
Ses vieux parents se firent alors une
raison et renonc鋨ent � lui ressasser cette histoire de mariage. Moi-m瘱e, j'ai
fini par 皻re convaincu qu�il terminera ses jours ainsi.
De temps � autre, un caprice du hasard
nous r徼nissait autour d�un jeu de dames, ou � un m嶧ndre de la vie. Il
m�arrivait de l�inviter � d螽er et il passait une partie de la soir嶪 �
s�amuser avec mes � rongeurs � : c�est ainsi qu�il appelait mes
enfants ! Nous ne parlions plus de son hypoth彋ique mariage, l�affaire se
d幨ayant dans le temps qui passait !
Et voici qu�aujourd�hui il se trouve
devant moi, disant :
� Je suis pr皻 � donner ma vie pour
elle !
� Pourtant, tu disais que les femmes,
c�est comme les oignons ou les patates, c�est au kilo !
� Mon Dieu, d鋊 que tu entends un mot tu
ne le l歊hes plus ! Tu me rappelles sans cesse cette phrase ! Tu
rab歊hes chaque fois les m瘱es mots !
� Raconte-moi donc comment tu t�es fait pi嶲er
et engluer comme un vulgaire moineau ? Cette femme ne doit pas 皻re
ordinaire ! Qu�a-t-elle de plus que les autres ?
J�esp廨ais lui tirer les vers du
nez :
� Un homme qui a pass� sa vie � faire
souffrir plus d�une fille, sans retenue et sans scrupules, est r嶮uit
aujourd�hui � courir derri鋨e un jupon. Tu n�as peut-皻re aucune chance
d�attirer l�attention de celle qui le porte ! Peut-皻re ne se rend-elle
m瘱e pas compte de ton existence ! Peut-皻re n�as-tu pas plus de valeur
qu�une mouche � ses yeux ! C�est s�r, cette femme ne doit pas 皻re
ordinaire !
Il r廧彋a : � Oui, c�est vrai,
je suis pr皻 � donner ma vie pour elle ! � Puis il se mit � parler
d�elle, tr鋊 vite, sans retenue, ajoutant beaucoup de choses.
Le pauvre, pensais-je, le voil� en plein d幨ire.
Ce mal qui le ronge est bien connu. Il l�a pris par surprise et a fini par le
neutraliser. Le voici, tel un oiseau fig� sous le regard du serpent, les pattes
immobiles, inutiles ; il a perdu tous ses moyens.
Il est dangereux d�attraper la rougeole �
partir d�un certain 殟e, quand elle vous a rat� dans l�enfance. Elle attaque au plus profond du corps, � l�幦ergence des
nerfs : on risque la paralysie ! La rougeole � un certain 殟e est
plus dangereuse que la peste. Le corps clou� au lit en sort rarement
indemne : il sera malmen�, 廨od�, creus�. L�os sera mis � nu !
Bient矌, il faudra dire adieu � la vie. La rougeole tue, � un certain
殟e ! C�est cocasse, un vieux qui meurt de la rougeole ! Moqueurs,
les gens diront de lui : � Il n�a que ce qu�il m廨ite ! Il
n�avait qu�� l�attraper plus t矌 ! �
Quand on est jeune, le vent qui souffle
efface aussit矌 le pr嶰嶮ent. La jeunesse est volage, elle oublie vite. Le c�ur
est souple, ce qui est souple s�彋ire et ce qui s�彋ire ne se brise pas. La
peau est lisse, ce qui est lisse ne se salit pas et ce qui ne se salit pas peut
se vautrer l� o� bon lui semble, sans vergogne. Le monde appartient � celui qui est sans crainte, celui qui n�a pas
de barri鋨es.
La maladie d�amour, � un certain 殟e, est
plus redoutable. On se moque de l�amoureux vieillissant, on le voue aux
g幦onies, aux feux de l�enfer. Les ricanements augmentent son supplice.
� Les vieux, ce sont les plus
vicieux !
� Il est vieux, mais c�est un vieux
bouc !
� Que la tombe l�engloutisse, lui et ses
obsc幯it廥 !
� Il a fini par jeter le masque !
� Cette vieille peau est indigne !
� Au bord du tombeau, il r瞚e de
jouissance !
� Au lieu d�aller � la Mecque se laver de
ses p嶰h廥, il court encore !
Dans la m嶰hancet�, il n�y a pas de
limites, les gens ne se g瘽ent pas pour dire n�importe quoi. D�une chose
ordinaire, on fait une montagne. Ce qui 彋ait propre au d廧art finit par 皻re
avili.
Mouloud n�est pas tr鋊 vieux, mais il
l�est assez pour les travers d�une vie amoureuse qu�il a longtemps m廧ris嶪. A
la diff廨ence des jeunes de son 殟e, il a pass� des ann嶪s � la fuir.
Normalement, il devrait se tenir � cette logique. Il nous a toujours habitu廥 �
le voir ma褾re de ses sentiments, la t皻e dominant le c�ur ! Aujourd�hui,
il d幨ire et semble bien exalt�. Les pattes coll嶪s, immobilis嶪s, otages d�une
glu aussi 幨astique que r廥istante, l�oiseau est cette fois pris au pi銶e. Il
n�y a plus d�envol possible. Il reste prisonnier, condamn� � 廧uiser ses
forces, ses ailes frappant inutilement dans le vide. En pleine lumi鋨e, de sa
poitrine chauff嶪 par le doux soleil, le chant continue de fuser mais c�est le
chant path彋ique de la libert� qui fuit.
Je dis encore :
� Pourquoi dramatiser ? Pourquoi
donner ta vie pour elle ? Tu es cingl� ou quoi ? Tu n�as
nullement besoin de sacrifier quoi que ce soit ! Tu as toujours dit que
les femmes ne co�tent pas cher. Celle-ci aussi te co�tera moins qu�une cannette
de bi鋨e. La fille est moins pr嶰ieuse au berger qu�une de ses brebis,
n�est-ce-pas ? Tout est simple, demain tu demanderas � ta vieille m鋨e
d�aller voir ses parents, et ce sera r嶲l� ! N�aie aucune crainte !
Malgr� tous ses ennuis de sant�, ta m鋨e s�ex嶰utera, la pauvre, elle se
d廧lacera, m瘱e en usant de ses b廦uilles. Elle verra son r瞚e de te voir mari� enfin
exauc�. Les parents de la fille ne causeront aucun souci : ils accepteront
volontiers de te donner sa main. Les gendres comme toi ne courent pas les
rues ; bien que tu sois plus 殟�, les jeunots de maintenant ne font pas le
poids devant toi. Avec le mal-vivre, sans travail, sans logement, ils refusent
carr幦ent de se marier ! Tu vois, tu dramatises pour rien !
� Tu te goures vraiment ! me r廧ondit-il. Premi鋨ement, je ne
suis pas beaucoup plus 殟� qu�elle ! Deuxi鋗ement, l�affaire n�est pas
simple du tout, elle est bien plus compliqu嶪 que tu ne le croies ! Elle
est plut矌 enchev皻r嶪 !
� Qu�est-ce que tu racontes, quel
enchev皻rement ? Toi, mon gars, tu dois me cacher une boulette !
� Elle est mari嶪 ! En plus, elle a
des enfants !
� L�, je t�arr皻e, tu es vraiment siphonn�,
il n�y a pas � dire. Au lieu de te simplifier la vie, tu te fourres dans toutes
sortes de gu瘼iers ! Tu es fou ! Qu�est-ce qui te prend de t�attaquer
� la femme de quelqu�un d�autre, et m鋨e de famille de surcro褾 ? Ne
trouves-tu pas qu�il y a suffisamment de femmes libres ? Ne disais-tu pas
que tu pouvais t�en payer dix d�un coup ?
� Je suis peut-皻re siphonn�, mais je ne
suis en rien responsable dans cette histoire. Elle m�est tomb嶪 dessus par
surprise. Tu vois bien, je suis pris au d廧ourvu ! Fais-moi confiance, je
vais tout r嶲ler avant que l�affaire ne se corse. C�est la femme qu�il me faut,
celle que j�attends depuis longtemps !
Il s�engagea dans un soliloque d嶵rid�.
Ce sera elle et non une autre. Sinon, il
mourra c幨ibataire ! La premi鋨e fois qu�il l�a vue, il re蓰t une fl鋃he
en plein c�ur qui le bouleversa compl鋈ement : il se mit � tituber sur des
jambes qui ne voulaient plus le porter. Il fut pris d�un vertige et se retrouva
au milieu de vagues en furie, plus terribles que celles d�une mer en f憝rier.
Les forces de Newton s�彋aient empar嶪s d�eux, les projetant l�un vers
l�autre : leur volont� n�y 彋ait pour rien. Ils n�avaient m瘱e pas d�avis
� donner. Que valait leur avis devant ces forces en action, devant cette puissance
qui leur tombait dessus sans qu�ils n�aient rien demand� ?
D�abord, une chose 彋ait certaine et
justifiait le reste : elle n�aimait pas son mari, cela se voyait sur son
visage ! Elle n�avait qu�� le
quitter ! C�est elle que lui, Mouloud, avait attendue toutes ces ann嶪s. Quand quelqu�un qui quitte son pays
abandonnant sa terre � d�autres mains, � son retour, elle lui revient
naturellement. Qu�on refuse de la lui rendre et il la reprendra quel qu�en soit
le prix, sans nul doute ! Lorsqu�elle quittera son mari, Mouloud lui
ouvrira toutes grandes les portes de sa maison. Avec lui, elle sera
heureuse ; leur vie sera telle qu�ils l�auront toujours r瞚嶪 : comme
apr鋊 une longue absence, ils se retrouveront, enfin ! Ils s�aimeront d�un
amour vrai, sans faux-semblants ! Ses enfants, eh bien, ce seront toujours
ses enfants, tout le temps ! Elle pourra les ramener avec elle ou les
laisser � leur p鋨e, selon leur choix ! Non, il ne les rendra pas
orphelins.
Cette femme lui 彋ait destin嶪 d鋊 sa
naissance mais les hasards de la vie ont fait
qu�ils ne s�彋aient pas rencontr廥 plus t矌 ; maintenant, c�est chose faite
et il ne la laissera pas s�en aller. Sa bonne 彋oile ne repassera
pas ; cette fois, il tient � la saisir.
� Il n�y a pas de honte � saisir sa
chance ! Le crime, c�est de me voiler la face en la laissant avec un
autre ! La honte, c�est de fuir en l�abandonnant dans sa d彋resse.
A pr廥ent, je suis de plus en plus
convaincu que mon pauvre ami n�a plus toute sa raison ! Lui, qui a
toujours gard� la t皻e froide en toute circonstance, est en train de raconter
n�importe quoi. Lui, l�ami g幯廨eux, qui a toujours 彋� ma褾re de sa volont�,
cherche � d彋ruire la vie d�une femme qu�il ne conna褾 m瘱e pas.
De cette histoire, il ne sortira rien de
bon, il en r廥ultera des blessures qui ne gu廨iront pas. En attaquant la
structure principale, mon vieil ami d彋ruira tout un 嶮ifice : il
bouleversera des existences, fera souffrir des enfants et des parents qui ne
lui ont fait aucun mal. Le sang pourra couler, et le sien en premier ! Des
gens pleureront, d�autres en riront !
2�) Tuɣalin, Σmar Mezdad, isebtaren 83-93 :
����������� � Kra din ad t-senzeɣ
fell-as� alamma� yenger wayla-w !� Ula� d
tazeqqa-nni� i yi-d-yeǧǧa� baba, ad ţ-sedduɣ, ma tlaq !
����������� Amdan-a yeţmeslayen� nekk�
aql-i smuzguteɣ-as, d Lmulud Awaḍi. Akken� i�
d-nekker,� segmi� nella neqqar. Aṭas medden� ţɣillin-aɣ� d atmaten. Nezga neddukul, ama deg ubraḥ
ama� deg ubrid.� Ɣugens daɣen akken i� neţɣimi.� Asmi�
nmed� cwiṭ� akken�
i nxeddem tiwaɣyin.
����������� Di tɣuri yeḥrec
mačči d kra. Yezga� d neţa
i d amenzu,� nekk� deffir-s, neɣ d tikkwal� am akken yeţaǧǧa-yi zeggireɣ
s tneqqiṭ neɣ s uzgen, yerna ad iyi-d-iɛeggen,� yeqqar-iyi : �� Abrid-a, d nnuba-k. �
����������� Kerzeɣ deg allaɣ armi ɛyiɣ,
ur d-ufiɣ xersum yiwen wass ideg nennuɣ, yerna ulac arrac ur
neţnaɣ ! Ma� d nekkni d awezɣi
amennuɣ gar-aneɣ. Mi meqqerit, yal wa yeεna abrid-is
di ddunit. Akken teddukel� temẓi i
tebḍa temɣer. Ṭbiɛa
teţbeddil.
����������� Assa atan sdat-i, ikad yedda di leɛmer. Anẓad
dayen� ur�
as-yezdiɣ� aqerru yuɣalen� d�
annar� ideg ţuraren
ddabex.� Tawenza-s� tennul�
taxjiṭ metwal� amggerḍ.� Nnig� ameẓuɣ,�� yeggra-d�� cwiṭ ucebbub
berrik ariḍa.
����������� � Ɣur-k� ad tɣileḍ� d temɣer�
i� i-yeseɣlin acebbub� :� allaɣ-inu�� yezga��
yeţfuru�� seg tegzi yeggten,
yuɣal yekkes i iman-is aɣummu, am�
ufellaḥ yečča uɣurar ! Neɣ Fuji-Yama� mi�
d-yendekwal !
����������� Ihi,�
ɣas� akka� aqerru-s�
tugar-it tmellalt� akken� yegget�
fell-as� umzur,� udem-is yezga�
leggaɣ,� d� aglim�
n� ucawrar� ur��
nessin aḥebber. Ad as-tiniḍ s waṭas i� t-ugareɣ,� amzun�
d� nekk� i d dadda-s, yerna deg yiwen waggur i nlul.
Yak d iɣeblan i� yesiwsiren,� mačči� d�
ussan.
����������� Lmulud,
iɣeblan, urǧin i� d-zzin� ɣur-s,�
yegzem yid-sen aseɣwen,�
anida� yella� ur�
d-tezzin.� � Ţaggaden-iyi � i yeqqar.
����������� Asmi i� d-nfukk�
taɣuri,� nekcem� akk� ɣer
lɛesker, neţa� ur� d-rrin�
ara� ɣur-s,� am akken ţun-t.
Iruǧa acu� iruǧa,� yuɣal�
yuder� armi� d Leblida, tamsalt-is ad inadi fell-as,� ad� ifakk� uraǧu yemsan. Nnan-as ad yeṣber
cwiṭ,� ad� d-rzun ɣur-s. Kra n wussan kan,� ḥedreɣ� mi d-yeṭef� tabraţ�
sɣur lɛesker, taɣlaft�
d tawraɣt,� tiɣmi� n�
yijdi.� Send ad ţ-yeldi, ɣileɣ
ad yiwriɣ, ad yexleɛ ; udem-is mačči yergagi,� amzun�
mačči� d� isem-is�
i� d-yuran sufella. Yini-yak :
����������� � Ma d�� nekk��
ara� ţun� !� Dɣa� ddurt�
i d-iteddun, ad ţ-id-awiɣ�
dihin,� ad nesteɛfu� meqqar cwiṭ deg imɣaren. Nniɣ-ak,� ddurt�
i� d-iteddun� ur iyi-d teţaf ara da. Acu i yi-ɣaḍen
d� la
bourse ɣer Telyan. ��
����������� Icerreg� taɣlaft-nni� s� uḥader,� yekkes-d seg-s takertunt� d tawraɣt� daɣen�
tiɣmi� n� ijdi. Mačči d ancad i t-id-necden,
d asuref i s-surfen ameẓlu
(*).
����������� � Sin iseggasen-a, am win ara� ten-yafen ! Ad� asen-geɣ�� luleɣ-d�
sin�� iseggasen� deffir�
azemz-inu. �
����������� Ddurt-nni d-yewwḍen, tufa-t-id
di Telyan : yeqqim dinna sin�
iseggasen.� Asmi� i� d-ffɣeɣ� si lkazirna, neţa yuɣal-d si
Telyan, acu icettiḍen, acu n tumubil�
!� Ula� d�
asebsi� i� d-ileqqem�
i icenfiren-is urǧin i t-walaɣ�
di� tmurt-a :� anagar ayen ẓerreɣ di sinima.
����������� Akka i� d�
Lmulud,� anida� i ţ-iger�
tuɣ, anida isewweq ad d-yessis. Iteddu yid-s� lmelk ! Asmi�
i� d-ilul� tesečč-as� yemma-s�
taqejjirt� n wuccen. Lḥasun
akka i yeqqar.
����������� Ɣas akka� tura ddeqs i nedda di� leɛmer, nesna aṭas iseggasen,
neţa� yeqqim� d�
ambur.
����������� Imawlan-is ekkes-d akken ur witen ad
yerr axxam,� neţa� yegguma.�
Aṭas� �i�
teqqim�� yemma-s�� ur��
t-tluɣa,�� teqqar-as :�� � Tɣulleḍ-iyi ad ḥedreɣ
i� lferḥ-ik,� ad yacaṛ uxxam skud ddreɣ !
Ma mmuteɣ ur ḥḍireɣ ara i lferḥ-ik, ad tawiḍ
deɛwessu ! � Neţa yeqqar-as : ��
Lferḥ-iw d wa, mi akka lliɣ d ambur, ulac win� ara d-isuɣen ɣef uqerru-w.� D�
ambur,� aql-i� am�
lbaz deg igenni. Ulac rrebg, ulac azaglu fell-i. Ma d kemm, ulac tin
ara� m-yerren� luḍa�
d� asawen,� akken�
i m-yehwa i telliḍ. Ihi,�
tura� imi ilaq� ad tferḥeḍ ɣas freḥ
meqqar, ulac win yellan akka nella�
nekkni, di tegniţ-a. �
����������� Uɣalen imawlan-is armi ursan
(*) deg-s,� ur as-d-beddren ara tamsalt-a
n teslit ara� d-yacaṛen axxam,
dayen uysen. Ula� d�� nekk��
nniɣ-as, amexluq-a akka ara ikemmel ussan-is, ad yemmet d ambur.
����������� Sya�
ɣer� da,� neţemlili ɣer tiddas, ama d tid n
wurar ama d tid n� ddunit. D tikkwal,
yeţas-d s axxam� s� imensi,�
yeţurar cwiṭ d imumaden-iw : akka i sen-yeqqar i warrac
!� Ma d tamsalt-a n� jjwaǧ,�
dayen� ur� ţ-id-nbedder� ara,�
amzun� tefra�� dayen,�
tedda�� d iseggasen izerrin !
����������� Tura
atan sdat-i, la yi-d-yeqqar :
����������� � Nniɣ-ak,
aqerru-w ad t-senzeɣ fell-as !�
����������� � Yak� teqqareḍ,�� tisednan��
am�� tbeṣlin�� neɣ tibaṭatatin, mraw s tḍellaɛt
!
����������� � Kečč anagar aya i
d-tesmektayeḍ ! Teţaṭafeḍ awal deg ucebbub ! A
baba-Rebbi, mi tesliḍ i kra� ur
as-tberruḍ !
����������� � I�
mer� ad� iyi-d-teḥkuḍ�� meqqar��
amek teţwaṭfeḍ�
akka,� am� uɛezzi�
deg addad ?� Ɛni tamexluqt-a
ur d tameṭut n menwala, acu akka tla nniḍen ?
����������� Ḍemɛeɣ ad t-id-seɣliɣ
deg awal. Amek� argaz am wa yefkan tawaɣit� i�
tlawin,� ulac� tuggdi�
ama deg udem n Rebbi ama deg udem n umdan, atan� assa la yeţazzal� deffir�
ijufaṛ,� yerna� wissen�
ma� d-zzin ɣur-s, yerna
wissen lall-nsen� ma ad t-twali� neɣ�
d izi sdat wallen-is. D ayen ikaden, tameṭut-a� ur d tin n menwala.
����������� Atan di tawla meskin, ikad acu-t waṭan
i t-yuɣen ; imi ur yebna�
fell-as� atan yurez-it, ambiwel
ulac, am ugdiḍ yesakked uzrem, neɣ win� yeṭef�
waddad di tqejjirin.� Tewɛer� tbuzeggaɣt� di temɣer ma tezgel bab-is� di� temẓi ;� tekkat�
amdan ɣer ugensu n yiɣes anida yeţili wafud :� tanekkra�
d ayen ulac. Tabuzeggaɣt di�
temɣer� tugar� ţerka. Win tennul dayen ur iteddu ɣef
uḍar, ad yefk idis i wussu. Ad yeţnunnut, ad itezzi,� ad�
yeqqaz,� alamma tewweḍ tfidi
s� iɣes,� beqqa-ɛla-xir� a tudert,�
d lawan n yinig� ad� nuɣal. Tneqq tbuzeggaɣt� di� temɣer
!
����������� Yerna, amɣar tenɣa
tbuzeggaɣt yeţaǧǧa-d, a medden, taḍsa,
mačči aṭas i� yeţɣidi.
Amɣar tenɣa tbuzeggaɣt,
anagar win ara s-yinin : ccah ! acimi akka ur ţ-yuḍin ara
di temẓi ? Am akken ɣer ufus-is, i ţ-tella !
����������� Aṭan n tayri deg temɣer,
mačči� am win� i t-yeṭfen di temẓi. Temẓi,� d taxeddaɛt� ur�
nceffu, aḍu i d-isuḍen yeddem wayeḍ,� tasa�
leqqaqet,� ayen leqqaqen
yeţnejbad. Ayen� yeţnejbaden� ur�
yeţruzu. Udem leggaɣ, ayen leggaɣen ur yeţames,� ayen�
ur neţames� anida� i�
s-yehwa� ad� yeglilez, �ansi� i
s-yehwa ad yekk ur yeţaggad. Ayen ur�
neţaggad, ddunit akk d ayla-ines. Wamma� tayri�
di� temɣer, kra ţaḍsan,
kra sawaḍen-as times i win�
yeţewten, i win i tent-yuɣen.
����������� � D�
imɣaren� i� tent-yesemɣaren.
����������� � Ccib icab, d ccib� uḥuli.
����������� � Effer leɛyub, ay� akal.
����������� � Ziɣ d amɣar bu tecmatin,
armi d tura� i� d-yesken�
wudem-is.
����������� � Ɣef imi uẓekka, la
yesaram azekka.
����������� � Mer d lebɣi ad yesikel� ɣer�
Mekka,� ad� d-yesired��
iɣsan-is,�� neţa
yeţḍafar ijufaṛ.
����������� Medden,
iles ɣezzif, imi meqqer. Ayen� yellan�
d� amecṭuḥ� ad� yuɣal� d aggeεmir, ayen yebdan s tezdeg medden� ţaran-t�
d alexxax.
����������� Lmulud neţa dɣa,
mačči d amɣar aciban, acu kan tayri am akken yezri� lawan� ɣur-s,� am akken�
yekka-d nnig-s, imi yennuɣ yid-s di temẓi,� imi yegguma-ţ asmi teţazzal fell-as
tnudda.� Mer� d lebɣi, tura� ad� yeṭef� kan�
di�� truka-s,�� yak neţa� yesaɣ-aɣ� tannumi�
tasa� d� wul-is�
yetgelled fell-asen wallaɣ ! Assa,�
atan ur� yeẓra� acu i d-yeseftuy, yeţwaṭef d
tideţ am uɛezzi�� yeṭef�� waddad : tiqejjirin ţmantaḍent,
ţukeccbent, ţwarzent, addad yeţnejbad, yugar akawaču.
Tiferrawin la zzaḍent aḍu,�
ifeg� ulac,� d� ameḥbus
neţa lhebs-ines d azwu.�
Yeţwali� tafugt,� ḥmant tedmarin, tcennu taɣect
s� ccna�
n� win� ara teǧǧ tlelli.
����������� Nniɣ-as :
����������� � Acu i d-yegren
aqerru-k ?� Win ara k-d-yeslen ad
as-yini amdan-a yečča-ţ umcum di leɛqel-is. Fiḥel ma
tesenzeḍ fell-as� kra,� yak� d
kečč i yeqqaren tilawin baṭel. Ad� ak-d-tekker�
ddaw wazal n tebyirt. Akken teqqareḍ zik,� d tixsi�
i� yeɣlayen� ɣer�
bab-is, wala taqcict� ɣer
baba-s. Azekka ɣef
yiman-ik, in-as i
temɣart� ad tekker� ad taweḍ� s�
imawlan-is.� Ɣas teǧǧa-ţ
tgecrirt,� ur� ţaggad,�
ad taweḍ� ɣas� ɣef tfednin, aṭas i tesaram ad
twali lferḥ-ik, atan dɣa yewweḍ-d wassen. Imawlan n teqcict,
ur ţaggad, ad ak-ţ-id-fken s sin ifassen, anida akka� ara�
afen adeggal am kečč ?�
Taqcict� ɣas tugareḍ-ţ� cwiṭ�
di leɛmer,� ur� teţaf�
ara�� yiwen�� akka��
am�� kečč deg ilmeẓyen
n tura. Atenad msakit� ṛwan� axessar, ulac axeddim, ulac tanezduɣt.� Ur� la
jewǧen� ara maḍi, akken akk i
qqiment tullas, ur teffɣent. Twalaḍ aya� d�
ayen� isehlen,� teseɣliḍ-d� fell-ak adrar ɣef ulac !
����������� � Din i tɣelḍeḍ !� Tamezwarut,�
ur� ţ-ugareɣ ara aṭas
di leɛmer. Tis snat, tamsalt mačči d awɛar kan i tewɛer,
d tiyersi i tekres !
����������� � Ad aɣ-yemneɛ Rebbi di tyersi
! Acu-t uxessar-a daɣen ara d-tbegseḍ, a winnat� ?
����������� � Tameṭut tejweǧ, yerna ɣur-s
dderga !
����������� � Ihi ziɣ d tideţ,
yefla� uqerru-k ! Yefla-yak
ucenfir !� Medden ţnadin
talwit, kečč� d tawaɣit
iwumi� tesawaleḍ !� Ad iyi-d tiniḍ� acu�
ara� k-yawin� ɣer�
tmeṭut� n medden, ɣer
yemma-s n medden ?� Ɛni� negrent�
tidak yellan� i� iman-nsent��
?� Akken� teqqareḍ,� mraw� s
tḍellaɛt !
����������� � Ahat�� aqerru-w��
d tideţ�� yefla,�� ma d tawaɣit ur d� nekk��
i�
ţ-yeţnadin !�
D� neţat� i d-yeɣlin fell-i ! Yerna, twalaḍ
ur bniɣ ara fell-as� ! Nniɣ-ak
tiyersi tekres, acu, zemreɣ ad ţ-fsiɣ.� D�
nekk� iwumi� tlaq, d neţat i ţraǧuɣ
wicfan aya.
����������� Yedda deg umeslay. Ma
mačči d neţat,� akka ara
yemmet d� ambur.� D ta�
kan� i� s-ilaqen.�
Mi ţ-iwala� amzun� d�
iggig� i� s-ineqren�
tasa,� ul-is yennegdam, iḍarren-is
mḍerkalen, allaɣ-is yurew-d tiṭangiwin, yugar illel deg furar.
Mi ţ-iwala, iɣallen n Newton ddmen-ten deg sin yid-sen : am� neţa,�
am� neţat, lebɣi-nsen ur
ten-id-isawem. Mačči ɣur-sen i ţ-tella, ur ksanen ara, acu
iwumi �yezmer lebɣi sdat� iɣallen n le magn彋isme i d-yeɣlin fell-asen, yerna ur nudan fell-as ?
����������� Akken�
yeţwali,� ur� tḥemmel� ara argaz-is, d ayen ikaden ɣef
udem-is. Imi akka, ɣas
ad t-teǧǧ kan !� Lmulud, d
neţat i yeţraǧu�
d� iseggasen aya.� Am�
bab� n tferka iɣaben, ɣas
iɣab yiwen wass ad� d-yuɣal. Mi
d-yuɣal, taferka megglen wiyaḍ ilaq ad ţ-ǧǧen, ma ur
ţ-ǧǧan ara, neţat ad ten-teǧǧ !� Ma� teǧǧa� argaz-is, neţa�
Lmulud Awaḍi,�� ad�� as-yeldi��
tawwurt�� n uxxam-is. Akken i s-yehwa ara tili.� Tudert-nsen ad tuɣal d targit, ad
myafen, ad myeḥmalen, tayri n tideţ, mačči d tin ukellex.
Ma d arraw-is, assa, azekka, d arraw-is !�
Ma yehwa-yas ad ten-id-tawi�
yid-s, ma� yehwa-yas� ad ten-teǧǧ� i�
babat-sen.� Mačči� d asgujel ara ten-yesgujel, ma� d tameṭut� d�
neţa iwumi� tura�� asmi�
i� d-lulen.� Tirwas�
n ddunit ur� bɣant� ara�
ad� mlilen zik,� assa�
imi� i ţ-iwala d ayen ur
as-yeţserriḥ ara.� D� zzher-is�
i d-inudan� assa,�� ma��
yeǧǧa-t�� yennser,�� dayen��
ur d-yeţuɣal.
����������� � Ulac ddnub� yellan,�
ulac� lɛib ! Ddnub� ma segneɣ iman-iw,� ggiɣ-ţ� i� wayeḍ.� Lɛib,�
ma� rewleɣ fell-as !
����������� Ameddakel-iw meskin, d
tideţ� uggaɣ� yeţwaɣ. Neţa yezgan iga
aleggam� i� wafrayen,�
tura� atan� la yeseftuy awal d aɛrab, awal d
aqbayli. Neţa yezgan iga aleggam i lebɣi-s, yerked wul-is, tura atan
yeţnadi ad yerwi tamduct n tmeṭut ur ţ-yessin, ur t-tessin.
����������� Ad as-d-yeglu s wayen n diri,� ahat�
d� afeddix� ur neţejji. Ad yeseɣli axxam yulin,
ad yerẓ tajegdit� i tzeqqa� ibedden.�
Ad yesegriwel� tasa� n�
tarwa� d imawlan, yerna ur
as-xdimen kra. Yezmer ad� yesizzel
idammen, ad mmiren wid-is ahat d imenza.�
Ad ţrun medden, ad ḍsen wiyaḍ. Ma d wa i d lferḥ
i teţraǧu yemma-s,� a ur� d-yaweḍ,� d�
ussan� i� s-d-yeggran meskint ara yesibrek.� Tamɣart, ayen tesaram taggara
ad as-yuɣal d ilili. D leɛmer-is�
ara� yesiwzel.
����������� Nniɣ-as :
����������� � A Lmulud, self i wudem-ik, uggaɣ� mačči� d fellu kan i yefla uqerru-k, d tazemmurt
i� d-yemɣin deg-s. Ma d urar i tebɣiḍ
ad turareḍ mačči s ti, ma d�
uzuf,� anida� teddiḍ�
yella.� Eǧǧ� medden��
di lhemm-nsen,�
kečč� ru�� lhemm�
i� lhemm-ik.�� Efru-tent fell-ak, mačči d tiwaɣyin
nniḍen ara d-tagmeḍ.� D argaz
i telliḍ mačči d bu rebεa�
iḍarren ! Urǧin teţekkiḍ� deg ayen�
n� diri, mačči tura ara tebduḍ
tiwaɣyin !� Kečč, ziɛma kra din tgiḍ-as
aleggam, allaɣ yeddeb agerbuz, assa teɣliḍ deg ayen ur iqebbel leɛqel !
����������� Yerra-yi-d :
����������� � A�
ur� neţekki� deg ayen�
n� diri,� ad� aɣ-yemneɛ
Rebbi !� Nekk�� tibṣelt� ur�
zmireɣ� ara ad ţ-id-qelɛeɣ
ma ur as-yehwa ara. Izi ur zmireɣ�
ad t-nɣeɣ ! Tura�
aql-ak� teseɣliḍ-d� igenni : idammen, ad� ţrun�
medden, ad� ḍsen� wiyaḍ ! Uggaɣ mačči
di ddunit i telliḍ ! A tbeddel ddunit ɣur-k ad tɣileḍ,
aql-aɣ di lqern wis 20. Medden�
d lehna i
ţnadin,� mačči� d�
addari� kan� i� bɣan� ad ddarin. Tudert mi tezri dayen ur
d-teţuɣal !� Ma mlalen sin ur
d-myezgen ara, yif-it meqqar ma bḍan. Acimi ara mzukraren sin am
izamaren� s agezzar, ma ur msebɣan
ara ? Nniɣ-ak, tameṭut-a teṛwa tawaɣit, neţat d
urgaz-is ur d-myezgen ara. Yiwen� deg-sen
ur yufa iman-is. Yal� ass� d�
amennuɣ,� yeseṛwa-yas
tiɣrit d imeṭawen ! Neţat daɣen, ayen iwumi� tezmer ur as-tcuḥ ara.� Segmi�
mlalen, anagar tiberkanin. Ahat mara bḍun, ad d-teɣli
fell-asen talwit. Asmi ara� bḍun,�� nekk��
ad ţ-rreɣ,� ad ţ-aɣeɣ !
Ad terbeḥ, ad yerbeḥ urgaz-is mara�
s-yebru !� Ad rebḥen
warraw-nsen, ad ifakk fell-asen� ṭrad.�� Nekk�
daɣen ad afeɣ iman-iw, imi d neţat i ţraǧuɣ
!
����������� Amdan-a,� ulac�
taduli� ur�� ijebbed��
ɣer tama-s.� D� amcic�
i� d-iɣellin� seg uneggaru�
igenwan� ur� t-yeţaɣ kra,� yeţaf-d�
iman-is� ɣef iḍarren-is.
D islem yeswan tamda ur yendim.
����������� Yeţkel di lḥeq-is i
yella, ur yennul� aɛwin n yiwen, ur
yekcim taferka ma tinna ɣur-s imawlan.
Num廨o 83 Mai 2016
ACHILI Fadila
Universit� de Tizi-Ouzou
A travers ses diff�rents modes op�ratoires, la litt�rature repr�sente un miroir social charg� de sens et d�indices inhomog�nes et dissemblables complexes, inclus dans des syst鋗es sociaux qui affichent la m�me complexit�.
Dans cette approche, nous tenterons de mettre en exergue une exp�rience particuli�re dans la composition litt�raire kabyle. Ce faisant, notre objectif n�est pas de monter une quelconque �volution historique, car notre int�r�t premier va vers l�analyse des structures de ces textes dans leur interaction avec les cadres s�miotiques th廩riques mis en place par A. J. Greimas, qui ont impos� une h�g�monie sur les �tudes litt�raires modernes. Notre choix th廩rique portera donc en premier lieu sur l�analyse du discours.
C�est en effectuant une immersion dans les profondeurs du discours que nous serons en mesure de clarifier son sens voil�, � condition de passer par les m�canismes de la s�miotique qui ont pour but de sonder le m嶰anisme constructif pour y d嶰eler les contextes manquants. Cette d�marche a pour vis�e de parvenir � souligner les structures axiales profondes que comportent les romans �tudi�s, en faisant 嶰later l�ensemble des rapports qui r�gissent les structures du discours romanesque, loin du sens impressionniste qui ne remplit plus de fonction.
Dans son indication s�mantique, le caract鋨e du vocable est consid�r� comme l�un des caract鋨es de la sph�re des signes qui pr�sente l�aspect de la structure synth彋ique du vocable et ses d�riv�s, comme les indices et les signes s�miotiques, s�int�grant � leur tour pour canaliser les �l幦ents qui composent la structure verbale, vu que le vocable isol� est n嶰essairement dot� d�un sens conceptuellement ind廧endant, de fa�on � ce que sa compr�hension ne soit pas tributaire d�un autre vocable, ou ne l�est pas.
Nous examinerons �galement les codes du vocable indicatif afin de souligner le contexte s�mantique bas� sur la structure du vocable expressif, ainsi que les rapports entre les significations, observer les associations s�quentielles, et saisir le sens dissimul� dans le dynamisme infini du signe.
La naissance du roman d�expression kabyle est associ�e � la r�alit� kabyle issue du Printemps berb�re de 1980. En effet, son apparition est all�e de pair avec l��mergence d��crivains et d�hommes de lettres dont la production s�est articul嶪 autour de la soci彋� et de la n嶰essaire clarification des �l幦ents fondamentaux qui r�gissent ses rapports, ses mutations et ses perspectives.
En d�pit d�une divergence dans les contenus et d�une diversit� dans les points de vue exprim�s vis-�-vis de la r�alit�, les romans apparus � la fin du deuxi鋗e mill�naire et au d�but du troisi�me sont tous en interaction avec la classe sociale moyenne, en ce sens que le roman ne se borne pas � refl�ter la r�alit� et l�imaginaire de cette classe, mais se revendique d��tre un produit de ses id廩logies. Les 嶰rivains ont transcrit sa r嶧lit�
mat�rielle et ses pratiques sociales dans le flux de sa qu�te d�un sens � son existence, ses pr�occupations, sa condition et sa vie.
S�appuyant sur une �valuation repr�sentative de la r�alit� objective et des forces sociales existantes, on s�attendait � l��mergence d�une litt�rature au mod�le occidental dans sa forme et ses port�es, sous r�serve des dissemblances entre les deux r�alit廥 kabyle et occidentale, dans leur aspect historique et culturel notamment.
L�嶰riture romanesque est un art qui connait ses origines dans le monde occidental. En partant de l�, il n�y a aucun embarras � ce qu�elle soit redevable au roman universel de sa pr�pond�rance en mati�re d�innovation artistique dans cette production narrative. Dans la soci�t� bourgeoise europ�enne, le roman �tait consid�r� comme la forme litt�raire la plus indicative. Elle nous est parvenue par le biais de vecteurs culturels divers, tels que la presse, la cr�ation d�嶰oles, d�instituts et d�universit廥 qui ont trac� aux 嶰rivains et romanciers la voie de l�imagination cr�ative romanesque et l�instauration d�une litt�rature qui se revendique de ce nouveau genre.
Le roman kabyle est le produit d�une contig�it� avec l�Occident, et le r�sultat d�une ouverture sur la litt�rature � travers la langue, la pens�e et la pratique. Son apparition est venue optimiser une expression sinc�re de la r�alit� sociale et de la vie r�elle en partant de la cat�gorie sociale qui lui a fourni une mati�re et lui a permis de r�v�ler sa r�alit�, charg�e de souffrances mat�rielles et morales. Cette forme d�expression intellectuelle est connexe au milieu social et � la vision esth彋ique �mergente.
L�ouverture � la litt�rature occidentale constitue l�un des facteurs qui ont contribu� � l��laboration du projet d��criture
romanesque kabyle, parall�lement aux facteurs subjectifs et objectifs qui ont jou� un r犨e ostensible dans l�apparition de ce genre litt�raire.
Partant de ses conditions historiques objectives et subjectives, la sph�re de la cr�ativit� kabyle n�a pas connu une densit� cr�ative, en raison d�une d�ficience en traditions critiques sur lesquelles elle aurait pu s�appuyer dans le domaine de la critique romanesque. En d�autres termes, elle peine � acc�der aux sciences modernes, avec leur compl�mentarit�, et � une interaction effective dans le domaine du savoir. Il lui aurait fallu donc prendre d�s le d�part une direction singuli�re, comme si ce roman se devait de s�auto-cr�er, de mani�re tacite et h�sitante, par une th廩rie qui lui serait sp嶰ifique, issue de son propre parcours et de ses propres interrogations, loin des consid�rations esth彋iques qui lui sont quasiment �trang�res. Pour ces raisons, la critique romanesque �tale dans la r�alit� culturelle kabyle une sp嶰ificit� qui est amput�e au fait qu�elle s�occupe d�un genre litt�raire qui ne s�est pas impos� dans le domaine de la cr�ativit� ; la sp�cificit� de la critique romanesque �tant bas�e sur cet 幨�ment.
La trilogie romanesque d�Amar MEZDAD constitue le socle de l��criture romanesque kabyle qui a occup� une part ostentatoire dans la production litt�raire kabyle pendant les ann嶪s 1990 et le d�but du vingt-et-uni�me si�cle ; cette phase est un rep�re temporel important pour marquer la gen�se de cette 嶰riture.
Cette trilogie, � Iḍ d-wass �, � Tagrest urɣu�
et � Ass nni � est
apparue dans un intervalle
de temps qui constitue un pr�lude, non
seulement au niveau des �v�nements li�s aux activit�s du
mouvement berb�re, mais de l�impact sensible qu�elle a produit
sur la politique et la culture nationales. Ces ouvrages sont venus
alimenter un nouveau courant litt�raire en gestation, principalement caract�ris� par son aspiration avant-gardiste, qui
veut s�exprimer par une transcendance dans ses connotations
s�mantiques au niveau de l�approche, de la connaissance et de la pratique.
Compar�e � une constellation de productions romanesques qui ont �merg� pendant cette p�riode, cette trilogie n�est pas exempte de qualit�s int�ressantes, en ce sens qu�elle aspire � r�aliser cette transcendance � travers une qu�te de formes innovantes et de nouvelles m彋hodes d�expression romanesque.
Les romans ont pour vocation de mettre en �vidence les aspects de r�volutionnarisation et de changement attel廥 � la vie sociale et politique d�avant et apr�s l�ind�pendance. Ces aspects ont �t� largement investis par le romancier kabyle Amar MEZDAD dans ses textes, cit�s plus haut. En effet, l�auteur a relat� la probl�matique de la violence et ses r�percussions sur le mode vie sociopolitique. Partant du principe que le discours litt�raire se construit autour de la production et de la reproduction des �l�ments dominants dans la vie sociale et politique, la trilogie est venue offrir un observatoire de la r�alit� de la r�volutionnarisation, qui se confronte � l�autorit� et � la tyrannie ; et c�est l�aspect g�n�ral qui singularise le discours dans les textes cit�s. Les horizons du discours romanesques ne se limitent pas � p�n�trer la r�alit� politique et sociale mais vont au-del� pour y porter un regard critique. La croissante prise de conscience des personnages dominants dans les textes, fait na褾re un ressentiment � l�encontre du pouvoir et de tous ses acteurs, au point de focaliser l�int�r�t sur ce pourvoir en tant que source de rejet et de r�cusation. Tous les attributs accord�s par l�auteur aux sujets actifs dans la trilogie convergent vers un th鋗e central qui est la r�volutionnarisation ; celle-ci est r�ductrice de tous les r犨es th幦atiques des personnages. Cette r�volutionnarisation est un d�ni de l�ordre �tabli et un rejet de tout ce qui lui est tributaire, et c�est une marque appos�e par l�auteur � l�entit� s�mantique des personnages pr�pond�rants dans le texte.
Au d�but de la trame narrative, les sujets semblent li�s � des objets de valeur. Si l�on s�att�le � d�terminer la nature des liens qui connectent les sujets � leurs objets de valeur, on constate que ces sujets sont singuliers dans leur d�marche, personnifi�s dans leur nature et d�tach�s de leurs objets. Par ailleurs, les structures des objets refl�tent un ensemble de s�mes individuels et non mat�rialis�s, qui paraissent d�tach�s des sujets. Une comparaison �l幦entaire des s�mes g�n�rateurs de sujets et de leurs objets nous montre qu�ils ont pour d�nominateur commun un s�me individuel et disjoncteur, et une opposition mat�rialis�e dans l�unit� s�mantique.
On consid�re que les valeurs de disjonction et de conjonction comme �tant le socle s�mantique qui r�git le rapport du sujet � son objet.
Le
sujet/ Mohand Am�ziane qui s�est impos�
dans le premier
volet de la trilogie d�Amar MEZDAD � Iḍ
d w-ass � est en
conjonction avec l�objet de son d�sir, qui est de garder sa place
au
sein de l�usine et affronter � la d嶰ision de licenciement prise par la direction de l�usine � son encontre. En cherchant � entrer
en
conjonction avec son objet, ce sujet se retrouve au d�but du
roman en �tat
de disjonction
qui le projette
� travers
un m�canisme de d�ni de la valeur de disjonction � provoquer une jonction avec son objet de valeur.
Le roman comporte une anti-d�marche narrative oppos�e � la d�marche du sujet, � travers laquelle se d�gage un anti-sujet, le directeur, qui cherche � compromettre le projet du sujet. La comparaison entre l�anti-sujet et son objet montre clairement qu�ils convergent au niveau de deux s�mes : individuel et disjoncteur, et qu�ils s�opposent sur un s�me : personnalis�. Le sujet comporte, sur le plan s�mantique, une indication personnalis嶪, alors que l�objet comprend une indication qui lui est oppos嶪, comme repr�sent� dans le sch�ma suivant :
En jonction avec l�objet fg en jonction avec le sujet
Chaque sujet forme une d�marche narrative pour entrer en jonction avec son objet. L�anti-sujet cherche � licencier le sujet/ Mohand Am�ziane de l�usine, au moment o� se dernier lui tient t皻e.
Le contenu s�mantique corr�latif � la relation du sujet/ Mohand Am�ziane et l�anti-sujet/ Directeur d�tient un ensemble de contenus s�mantiques correspondant � chaque personnage selon son projet narratif, en ce sens que les unit廥 s�mantiques du projet adopt� par le sujet/ Mohand Am�ziane renferment un ensemble de contenus, dont un d�sir franc d�initier un projet syndicaliste au profit des employ�s. Et � travers l�institution de leur d�marche narrative, ces unit�s s�mantiques ont pour autre finalit� de r�volutionner, en exer�ant, par exemple, un acte persuasif sur les employ�s afin de les inciter � la r�sistance, � l�endurance, � l�insoumission et au rejet de l�ordre �tabli. Par ailleurs, l�anti-sujet/ le directeur a un projet autoritaire, d�autant que sa confortable situation est compromise et menac�e par la conscience dont fait preuve le sujet/ Mohand Am�ziane. L�anti- sujet s�oppose � ce qu�une prise de conscience se propage parmi les ouvriers ; ce qui explique son acharnement � mettre un terme au projet du sujet/ Mohand Am�ziane en tentant de l��loigner de l�usine. L�anti sujet/ Directeur s�oppose formellement au changement qui porte une atteinte � ses int�r�ts et annonce la fin de son emprise et de son existence. Donc, c�est dans l�ordre naturel des choses qu�il cherche � maintenir le statu quo sur la situation et garder les ouvriers sous son autorit�. Les s�mes suivants sont une r�duction des deux projets : le narratif et l�anti programme narratif, qu�on r�sume dans les interactions suivantes :
Cette r�duction s�mique constitue
la r�gle textuelle de base pour
organiser la relation
conflictuelle entre les
deux
projets. En effet, le sujet (Mohand Am�ziane) est en relation antagonique avec l�anti-sujet (le directeur), en raison de l�opposition dans les
connotations s�mantiques entre leurs projets respectifs. Le sujet
tente de d�fendre, au profit des ouvriers, un projet syndicaliste qui finit par se heurter � l�anti-sujet qui symbolise la tyrannie et l�abus d�autorit�. Ainsi, les deux s�mes qui sont r�ducteurs de ces
deux axes s�mantiques sont : r�volutionnarisation VS tyrannie, et r�sument le fondement logistique du roman �
Iḍ d w-ass �.
Dans le roman � Tagrest urɣu �, les vocables narratifs du projet narratif du sujet/ Salem comportent le m�me contenu s�mantique. Le projet narratif du sujet comporte l�indication de r�volution contre un ordre �tabli et �galement un d�sir de changement. Au d�but de la narration, Salem apparait en �tat de disjonction de son objet de valeur, qui consiste en la r�ussite de sa mission de guerre. Ces motifs le conduisent � l�action et � la constitution d�un plan par le biais duquel il veut entrer en jonction avec son objet. Cependant, la transformation de la relation de disjonction entre le sujet et son objet en une relation de conjonction exige de se confronter � l�anti-sujet (l�ennemi), car ce dernier constitue une entrave � sa d�marche. Cependant, le d�s�quilibre entre les sujets conflictuels fait que le sujet/ Salem recoure � la manipulation au lieu de la confrontation. On peut le constater dans la structure fondamentale qui r�git la relation entre le sujet/ Salem et l�anti sujet/ ennemi. La confrontation entre les deux sujets d�montre que le sujet est individuel dans sa d�marche, alors que l�anti-sujet poss鋄e un s�me collectif.
La lecture pouss嶪 des programmes narratifs inclus dans le roman � Tagrest urɣu � permet d�acc�der aux relations conflictuelles entre les deux projets. Le plan narratif du sujet/ Salem est un projet � vocation r�volutionnaire, dont le but est d�op�rer un changement, tandis qu�il rejoint l�anti-programme dans son attribut de guerre et s�en d�marque par son aspect colonial dont se sert l�ennemi pour confirmer et consacrer l�ordre �tabli. Dans le texte, les unit�s contenues dans la d�marche narrative du sujet/ Salem se croisent avec celles de l�anti-sujet. Ce croisement a produit les oppositions s�miques suivantes :
|
R�volution |
VS |
Colonisation |
|
Changement |
VS |
Constance |
Il en ressort que le s�me �projet de guerre� peut �tre consid�r� comme l�axe s�mantique qui int�gre deux s�mes : r�volutionnaire VS colonial, qui mat�rialisent la r�gle logistique fondamentale constituante de l�assise du roman.
Dans le roman � Ass nni �, une autre situation conflictuelle �merge dans la trilogie au moment o� le sujet/ Redouane d嶰ide de se rebeller contre le pouvoir et l�autorit� parentale, pour �pouser la doctrine du courant extr�miste. A l�issue de sa d嶰ision, une nouvelle relation conflictuelle apparait dans le texte. Livr� par les circonstances � la fatalit� terroriste, le sujet/ Redouane veut rompre avec sa condition ant�rieure afin d�aller vers un changement qui donnerait un nouveau sens � sa vie. Dans ce cas, son projet narratif porte une indication de r�volution contre un ordre �tabli, motiv� par le d�sir de changement. Les unit�s s�miques relatives au projet narratif du sujet comportent une indication de r�volutionnarisation. Le sujet �uvre � mettre fin � un ordre �tabli corrompu et aspire � le troquer contre une soci彋� r�gie par les lois religieuses ( chari�a), convaincu que l�ordre �tabli est ind廥irable et impose le changement. L�indication de r�volutionnarisation est transmise � travers le virement du sujet vers l�extr�misme ; ce dernier indique qu�une r�bellion contre l�ordre �tabli est en train de s�op�rer ; elle se manifeste dans l�opposition du sujet/Redouane � tous ceux qui n�adoptent pas sa doctrine et son rejet de tout ce qui est �tabli. Sur la base de ces �l幦ents, on peut dire que le projet r嶰itatif du sujet mat�rialise l�objet du rejet et de la r�bellion contre l�autorit� �tablie ; il exprime son ressentiment de mani�re qui le pousse � adopter un projet narratif qui refl�te parfaitement sa r�volte contre la situation d�plorable et qu�il cherche � changer. Ainsi, on peut r�duire sa d�marche � deux s�mes qui sont la r�volte et le changement.
On peut voir dans cet expos� une volont� des sujets textuellement pr�pond�rants � mettre fin � un ordre �tabli, tout comme leurs projets narratifs sont porteurs d�indications de r�volutionnarisation et de s�mes relatifs � la r�volution, la r�bellion et la lutte. Ces �l幦ents, qui sont des leitmotivs dans tous les projets narratifs contenus dans la trilogie, renvoient vers une indication de pr�sence d�une situation ind廥irable et d�une d�marche pour la changer. Les projets narratifs des sujets convergent tous vers une sph�re s�mantique unique qui est la r�volutionnarisation. Les unit�s s�miques le mettent ostensiblement en �vidence, tout comme elles renvoient indirectement les lecteurs vers le contenu s�mantique tacite du discours, en se basant sur la force d�interpr�tation des vocables narratifs. En �tablissant une comparaison sommaire entre les projets narratifs mis en �uvre par les sujets, il ressort qu�ils n�ont pas tous �tabli de conjonction avec leurs objets de valeur et n�ont pas op�r� le changement escompt�. En effet, Salem est tomb� au champ de bataille, Mohand Am�ziane a �t� licenci� et Redouane a �t� arr�t�. Malgr� une prise de conscience sur la n嶰essit� d�agir, et en d�pit d�une d�marche qui consiste � entrer en conjonction avec leurs objets en d�niant la valeur de disjonction, les sujets ont 嶰hou�. Leurs d�marches narratives sont retrac嶪s dans le sch�ma suivant :
Le sch�ma met en �vidence l��cart entre les sujets et leurs objets de valeur. Cependant, Nicole Everaerd-Desmedt souligne dans S�miotique du r�cit que l�absence de jonction des sujets avec leurs objets ne signifie nullement qu�ils n�ont pas accompli leurs plans fondamentaux. En effet, la relation Sujet/ Objet est toujours �tablie, quelque soit le niveau de disjonction entre ces deux �l幦ents, car cette disjonction est � m瘱e de susciter ou d�annoncer une conjonction post�rieure.
Il ressort que dans ce texte, le discours a �t� fond� sur deux principes qui sont la r�volutionnarisation et le changement.
Les indications exploit�es par l�auteur dans son texte s�incorporent � ces deux concepts. C�est pourquoi, les dictionnaires s�accordent � d�finir la r�volutionnarisation comme un changement fondamental dans l�un des aspects de la vie sociale, intellectuelle ou politique et le rejet de tout ce qui est �tabli. Cette d�finition constitue exactement la marque appos�e par l�auteur � l�entit� s�mantique de ses personnages. Quelques soient leurs divergences id廩logiques et doctrinales, tous les sujets agissants qui ont initi� les transformations narratives dans le texte ont rejet� leur situation et �uvr� pour un changement. Les personnages sont donc porteurs d�un attribut de r�volutionnarisation pour d�signer la r�bellion contre une situation ind廥irable. Si on admet que Salem soit convaincu que seule la lutte arm�e lib�rera son peuple de l�asservissement colonial, son fils Mohand Am�ziane voulait susciter une nouvelle approche des relations �conomiques et sociales pr�dominantes, op�rable uniquement par une r�volution qui renverserait l�ordre politique corrompu. Par ailleurs, la r�bellion
de Redouane refl�te un r嶪l d�sir de changement qui l�a pouss� � int�grer les groupes terroristes et adopter leur id廩logie, faisant usage des armes comme moyen de r�volte contre l�autorit� et le syst鋗e. Ces personnages actifs ont endur� des conditions n�gatives qui ont �t� de puissants catalyseurs pour y mettre fin ; ils ont pour ainsi cr�er des programmes narratifs pour y parvenir. Pareillement, les contenus s�mantiques de ces plans narratifs convergents vers un mod鋩e s�mantique unique qu�on peut int�grer dans une forme de discours plus globale qui est la r�volutionnarisation, qui repr�sente la forme mat�rielle et l�aspect tacite de ses indications. De son c�t�, l�aspect actualis� se r�v�le � travers un ensemble de parcours figuratifs d�finis des actes �manant des sujets, qui, rappelons-le, aspirent au changement. Ce qui ressort du texte et s�est actualis� n�est qu�un ensemble de parcours figuratifs qui mettent en �vidence les actes des personnages, et constituent ainsi une preuve des valeurs de r�volutionnarisation et de changement dans le texte.
ACHILI Fadila
Universit� de Tizi-Ouzou
- MEZDAD Amar, Iḍ d wass, Ed. Asalu/ Azar, 1990.
- MEZDAD Amar, Tagrest urɣu, Ed. Ayamun, 2000.
- MEZDAD Amar, Ass nni, Ed. Ayamun, 2006.
- Greimas (A. J.), Du Sens II, Edition Seuil, 1983.
- Greimas (A. J.), S�mantique structurale, Ed. PUF, 1986.
- Groupe Dentrevernes, Analyse s�miotique des textes, PUL, 14�me �dition, 1984.
- Everaert-Desmedt (Nicole), S�miotique du r�cit, Ed.
Boeck universit�, Bruxelles, 2007.
Num廨o 83 Mai 2016
par Correspondance particuli鋨e pour Le Matin
Le Matin du 20 Avril 2016

Rachid-Aliche un des auteurs en langue amazigh
Dans une conf廨ence donn嶪 le 16 avril a Ottawa au Canada par l�嶰rivain Aumer U Lamara, sur le th鋗e de "la litt廨ature tamazight, quelles perspectives (tasekla tamazight : anwa i d abrid-is)", il a d憝elopp�, dans une d幦arche structur嶪, le potentiel dont dispose la langue et culture amazigh pour acc幨廨er le mouvement en cours du passage de la litt廨ature essentiellement orale � une litt廨ature 嶰rite.
Au-del� de la pr廥entation (en tamazight) sur le roman amazigh et la nouvelle g幯廨ation d�嶰rivains, trois points fondamentaux ont 彋� d憝elopp廥 par le conf廨encier :
1. Tamazight est une langue libre de tout dogme et donc porteuse de potentialit廥 r嶪lles pour son d憝eloppement. Elle n�a pas subi, dans l�histoire, de contraintes de normalisations scl廨osantes par un pouvoir quelconque car elle a toujours 彋� la langue du peuple, hors des cours des diff廨ents aguellids. La diversit� actuelle des parlers doit etre consid廨嶪 comme une richesse. Aussi, la langue tamazight n�a jamais 彋� un instrument d�une quelconque religion qui l�aurait enferm嶪 dans le sacr� et la rigidit� paralysante des codes mystiques.
2. Tamazight est "la langue des savoirs ancestraux" de l�Afrique du Nord (Tamazgha), la langue des connaissances cumul嶪s depuis des si鋃les pour la compr嶭ension et l�organisation de l�environnement (cosmologie, flore, faune, droit du sol, droit de l�eau, m嶮ecine par les plantes, �).
3. La langue tamazight est l�instrument naturel pour exprimer la perception de l�imaginaire amazigh qui fonde la culture de Tamazgha dans sa diversit� (mythes et explications de l�univers, rites ruraux, contes, �). A noter que ce qui est v嶭icul� par la langue dardja (arabe dialectal) n�est souvent que la traduction fid鋩e de ce qui dit en tamazight.
Un d嶵at de haut niveau a permis un 嶰hange anim� sur les diff廨ents points pr廥ent廥 par le conf廨encier et la nouvelle situation apr鋊 l�officialisation hypoth彋ique de la langue tamazight en Alg廨ie.
Un moment d�espoir en contradiction avec les 嶰hos v嶭icul廥 par les medias (emprisonnement des militants des droits de l�Homme � Ghardaia, d彋ournement des revenus p彋roliers, corruption de grande ampleur, menace d�AQMI et de Daech, �).
Correspondance particuli鋨e pour Le Matin
Num廨o 83 Mai 2016
MOULOUD MAMMERI
OU LE COURAGE LUCIDE D'UN
INTELLECTUEL MARGINALIS�
Abdelkader Djeghloul
Extrait de � Awal, Cahier d�Etudes berb鋨es � 1990, Sp嶰ial
R嶧lis� en juillet 1987, cet entretien est dans son contenu une sorte de condens� de la d幦arche intellectuelle de Mouloud Mammeri. Par ses d幨ais particuli鋨ement longs de parution, et le changement m瘱e du lieu de parution, il illustre bien les obstacles auxquels Mouloud Mammeri a 彋� confront� tout au long de sa vie pour pouvoir s'adresser | � son 厚ublic naturel�, le public alg廨ien pour qui il 嶰rivait, pour. Lequel il luttait au nom d'une conception de la lib廨ation de l'homme qui faisait sourire de mani鋨e narquoise ou fr幦ir de col鋨e les intellectuels fonctionnaires, gardiens du discours officiel dont il a tent� avec une t幯acit� exemplaire et une s廨幯it� � toute 廧reuve de dissoudre les tabous et de d嶰onstruire les cat嶲ories pour faire 幦erger la voix profonde du peuple alg廨ien et plus g幯廨alement maghr嶵in.
Initialement j'avais programm� cet entretien dans le cadre d'une s廨ie de dossiers consacr廥 aux grandes figures de la culture alg廨ienne. Il devait para褾re dans les 嶮itions d'Actualit� de l'幦igration dont j'彋ais � l'廧oque coordonnateur de la r嶮action. Il 彋ait heureux de s'adresser au public alg廨ien. Le fait d'皻re � la retraite lui avait donn� une seconde jeunesse. II avait accept� avec 彋onnement et enthousiasme le principe d'un entretien qui ne serait pas une simple interview mais un dialogue vif, parfois contradictoire. D'un commun accord, le r犨e qui m'彋ait assign� 彋ait de le pousser dans 哀es derniers retranchements�. Sa seule exigence fut de me demander d'arr皻er le magn彋ophone dans les moments o� la conversation prenait un tour qui l'impliquait de mani鋨e trop personnelle. Nous n'彋ions pas amis, mais une complicit� intellectuelle n嶪 � la fin des ann嶪s soixante-dix nous unissait. Nous avions tous les deux faits le choix difficile et p廨illeux de travailler dans 勁'institution� pour faire 剃e quelque chose� que l'勇nstitution� ne nous demandait pas � coup s�r : contribuer � une lib廨ation de la parole, � une critique du langage du pouvoir, � un d憝oilement des aspects occult廥 de notre soci彋�. Les conditions de la confiance 彋aient remplies, et c'est dans un climat d彋endu, jubilatoire parfois, que s'est d廨oul� l'entretien.
Pour des raisons ind廧endantes de ma volont�, la publication du dossier Mammeri fut report嶪 sine die. Quand je l'en ai inform�, Mouloud Mammeri m'a regard� avec un sourire triste et ironique qui signifiait sans doute 俊u vois bien...�
Et puis les mois ont pass�. Le choc d'octobre a eu lieu et j'ai quitt� l'institution. La mort a emport� Mouloud Mammeri. En mars 1989, Actualit� de l'幦igration a publi� une version condens嶪 de notre entretien... Gr歊e � la revue Awai dont il 彋ait le directeur il para褾 en entier dans ce num廨o. Contre 勁'institution� et contre la mort, la parole vivante de Mouloud Mammeri a fini par gagner.
Plus de deux ans apr鋊 la r嶧lisation de cet entretien, sa parole ne s'est en rien affadie, elle a plut矌 gagn� en acuit�. Les modifications qui ont affect� le champ politique depuis la semaine sanglante d'octobre 1988 ne peuvent se transformer en v廨itable mutation d幦ocratique que si les questions pos嶪s par Mouloud Mammeri sont r嶲l嶪s au fond. Par-del� la reconnaissance formelle du socle culturel amazigh, comment la .soci彋� et l'Etat peuvent-ils mettre en place une expression culturelle multiforme qui, seule, peut nourrir un pluralisme politique qui risque de d廨iver en 幨ectoralisme mesquin ? Comment le mot d幦ocratie pourrait-il avoir un sens si les intellectuels producteurs de sens continuent � avoir un acc鋊 strictement limit� et contr犨� � leur public naturel ? Comment la soci彋� alg廨ienne peut-elle se r嶰oncilier avec elle-m瘱e et s'ins廨er de mani鋨e cr嶧tive dans la civilisation mondiale si le faux clivage arabophones-berb廨ophones est maintenu, si un arabo-islamisme � pr彋ention totalitaire continue � refouler ou � folkloriser la culture berb鋨e et si les d嶨enseurs de la berb廨it� transforment cette derni鋨e en ghetto culturel ou en fonds de commerce 幨ectoral ? Comment reprendre enfin le mouvement de lib廨ation de la soci彋� alg廨ienne non pas sur la base d'une tol廨ance syncr彋ique mais d'un dialogue f嶰ond et sans complaisance entre tous les courants d'id嶪s et les r嶨廨ents culturels qui travaillent notre soci彋� ?
Telles sont certaines des questions que pose sans esprit pol幦ique mais de mani鋨e tranchante Mouloud Mammeri. S'il ne r廧ond � toutes de mani鋨e compl鋈e, il dresse un 彋at des lieux et d嶲age des pistes de r嶨lexion et de recherche stimulantes qui contribue � faire sortir la pens嶪 alg廨ienne des sentiers battus des discours a-critiques. M瘱e mort, par la vigueur sereine de sa pens嶪 critique, Mouloud Mammeri reste parmi nous beaucoup plus vivant que les 哀cribes� d'hier et d'aujourd'hui qui entendent maintenir l'鋨e du b毃llon, l'鋨e des discours mystificateurs et p彋rifi廥.
Abdeikader Djeghloul. � Laphomic a publi� il y a quelques temps un entretien r嶧lis� par Tahar Djaout[1] qui porte essentiellement sur ton �uvre romanesque et th殪trale. Mais tu es aussi linguiste et anthropologue. Comment situes-tu ton activit� litt廨aire dans l'ensemble de ton travail intellectuel ?
Mouloud Mammeri. � Je r廧ondrai comme 蓷 tout de go que la litt廨ature, ind廧endamment des 幨幦ents personnels qui peuvent intervenir, va peut-皻re plus au fond des choses, va peut-皻re plus � la r嶧lit� des choses que d'autres disciplines qui peuvent viser les m瘱es buts, les sciences humaines par exemple, et ceci pour deux raisons. La premi鋨e est qu'elle n'est pas biais嶪. Quand on fait de la science, on est oblig� de suivre avec rigueur une certaine m彋hode alors que la litt廨ature permet une prise sur la r嶧lit� infiniment plus 彋endue, plus vraie. La seconde raison est, qu'� mon avis, l'aspect cr嶧tion est une chose fondamentale ; on ne cr嶪 pas � partir de z廨o bien s�r, on cr嶪 � partir de la r嶧lit� qui existe, mais je crois que la fonction d幦iurgique de la litt廨ature double la r嶧lit� de quelque chose que l'on cr嶪. A mon avis c'est au moins aussi important que d'essayer d'expliquer la r嶧lit� ou du moins, en quelque sorte de la rendre sans rien y ajouter. Je crois que la litt廨ature ajoute � la science une dimension suppl幦entaire, une dimension de cr嶧tivit� qui est quand m瘱e essentielle.
D.A. � Tu viens de donner ton appr嶰iation sur la litt廨ature. La question que je te posais portait sur l'憝aluation de la part de ton 嶰riture litt廨aire par rapport � l'ensemble des livres et des articles que tu as publi廥, des conf廨ences que tu as faites...
A ton avis est-il juste de dire : 俑ouloud Mammeri le romancier� ?
M.M. � Je serais tr鋊 tent� de r廧ondre : c'est � la fois vrai et faux. Ce n'est pas faux, ce n'est pas tellement faux, c'est insuffisant, voil� ! Il est exact que dans mon adolescence j'ai commenc� par 嶰rire des romans, mais je consid鋨e que mon action, mon 嶰riture ult廨ieure comptent aussi sur un autre registre. Existentiellement, le passage d'un registre � un autre m'a permis de m'exprimer ou d'exprimer un certain nombre de choses. Ces deux registres ne sont pas exclusifs l'un de l'autre. Au contraire, chacun d'eux compl鋈e l'autre. Disons que si on me d嶨inissait uniquement comme romancier, je trouverais 蓷 un peu r嶮ucteur.
D.A. � Un peu r嶮ucteur... ou beaucoup r嶮ucteur ?
M.M. � Je ne sais pas si c'est une question de dosage...
D.A. � Je r廧鋈e ma question : Quelle est la place de la litt廨ature dans l'ensemble de ton �uvre 嶰rite ?
M.M. � Je ne peux pas dire qu'elle soit secondaire...Je la consid鋨e comme importante dans l'ensemble de mon �uvre y compris celle qui int廨esse la linguistique ou l'anthropologie. J'ai commenc� par la litt廨ature et je suis rest� fid鋩e � l'expression romanesque et th殪trale puisque mon dernier roman date de trois ou quatre ans[2]. Je ne suis venu � la linguistique et � l'anthropologie que tardivement. M瘱e si je faisais de la linguistique d鋊 le d廧art, je le faisais de mani鋨e artisanal et pour l'amour de l'art A partir d'un moment j'ai 厚ig暺 qu'il y avait d'autres modes d'expression, en particulier l'anthropologie et la linguistique et qu'ils n'彋aient pas contradictoires avec le premier. Je consid鋨e que c'est vraiment un peu la m瘱e chose, une autre fa蔞n de dire les m瘱es choses.
D.A. � De dire quoi ?
M.M. � Bon, alors l� on peut rester jusqu'� demain matin !
D.A. � Que tu 嶰rives sur le mode de la litt廨ature ou sur celui des sciences humaines, au fond qu'est-ce que tu veux dire ?
M.M. � Bien. Je vais le dire comme je le pense. Personnellement, � la fois par temp廨ament et par principe, je consid鋨e que le but de l'嶰riture, quel que soit son registre, est une esp鋃e de lib廨ation de l'homme. Plus on avance dans l'histoire moderne plus l'homme est soumis � des projets qui le limitent, qui quelquefois le briment carr幦ent. Il suffit de lire un journal pour s'en convaincre. Les exemples sont tellement nombreux et tellement offusquants qu'il n'est pas n嶰essaire d'廧iloguer l� dessus. Alors, si pour des raisons objectives l'憝olution du monde moderne va dans ce sens-l�, la premi鋨e vis嶪 des gens qui 嶰rivent, ou du moins de certains, serait d'annoncer une esp鋃e de contrepoids � ce fardeau de servitude qui en d嶨initive a pour but de nous contraindre. A notre 廧oque, c'est une action absolument essentielle car les techniques de l'ali幯ation sont tellement efficaces qu'on peut imposer aux gens n'importe quoi sur le plan physique mais aussi mental. Il faut que quelques personnes am鋝ent un contrepoids � cette entreprise qui est absolument d幦ente. Dans ces conditions, les deux modes d'expression que sont la litt廨ature et les sciences humaines (la linguistique et l'anthropologie en l'occurrence) vont � mon avis dans le m瘱e sens. Les m彋hodes peuvent 皻re diff廨entes, mais je crois que l'impact est le m瘱e.
D.A. � Merci d'avoir 彋� clair sur ce point. Cela nous am鋝e � une autre question : comment te situes-tu dans le champ de la litt廨ature et dans celui des sciences humaines ?
M.M. � On d嶰ompose...
D.A. � D'accord, alors premi鋨e question : quelle est ta place dans le tryptique Mohammed Dib, Mouloud Mammeri, Kateb Yacine.
M.M. � Ah !
D.A. � Dans ce tryptique tu te vois comment et comment vois-tu les autres ?
M.M. � Je me demande si la question se pose dans ces termes-l�. Je vais essaye.' de dire pourquoi. Quand nous avons commenc� � 嶰rire au d嶵ut des ann嶪s cinquante, je ne connaissais pas Dib pas plus d'ailleurs que Kateb qui est venu plus tard. Mais les conditions objectives dans lesquelles nous avons 嶰rit 彋aient fondamentalement les m瘱es. Nous vivions dans une Alg廨ie qui avait le visage qu'elle avait sous la colonisation qui � cette 廧oque-l� n'avait pas du tout cette mauvaise conscience qu'elle a acquise par la suite. Elle se consid廨ait comme install嶪. Nous, Alg廨iens, nous 彋ions dedans et nous avons r嶧gi... nous avons 彋� la voix de ceux qui subissaient cette colonisation. Je ne crois pas que l'�uvre de mes confr鋨es ou la mienne se limite � ce r犨e de porte-parole mais je dirais que franchement, il avait une unit� de l'homme alg廨ien install� dans cet environnement.
Dans ces conditions et quelle que soit la diff廨ence de temp廨ament d'un 嶰rivain � l'autre, et il est non seulement tout � fait normal mais m瘱e souhaitable qu'un 嶰rivain ait un temp廨ament qui lui soit propre, il n'en reste pas moins que nous avons traduit de fa蔞n diff廨ente, une r嶧lit� alg廨ienne qui 彋ait fondamentalement la m瘱e.
D.A. � En comptant Mouloud Feraoun[3] comment d'apr鋊 toi peut-on vous qualifier : vous 彋iez quatre individus ou un groupe ?
M.M. � II est difficile de r廧ondre de mani鋨e tranch嶪. Il est vrai que nous avons 彋� quatre individus. Au d廧art, nous ne nous connaissions pas entre nous pour constituer un groupe formel.
D.A. � Mais maintenant, on vous pr廥ente comme un groupe... l� est le probl鋗e...
M.M. � Exactement... Le fait de nous pr廥enter comme un groupe � l'heure actuelle vient du fait que nous vivions dans le m瘱e environnement par la force des choses et de nombreux facteurs ont fait sinon notre unit�, du moins notre communaut�. Il est normal, trois d嶰ennies apr鋊, dans une esp鋃e de troisi鋗e dimension r彋rospective que l'on pr廥ente les quatre 嶰rivains du d嶵ut comme un groupe, bien que nous-m瘱es n'avions jamais voulu faire un groupe � l'instar de l'Ecole d'Alger[4]. Il n'en reste pas moins que les facteurs qui nous rapprochaient 彋aient tellement nombreux qu'il n'彋ait pas n嶰essaire en d嶨initive de constituer un groupe formellement organis� pour qu'il y ait une unit�.
D.A. � C'彋ait donc une unit� de fait. Mais au niveau relationnel, as-tu entretenu des rapports avec Kateb Yacine, Mohammed Dib, Mouloud Feraoun ou bien chacun suivait-il son itin廨aire sans tellement conna褾re ses confr鋨es ?
M.M. � Moi, sur le plan personnel, je connais les confr鋨es dont on vient de parler, je connaissais Mouloud Feraoun, mais encore une fois nous n'avons jamais constitu� un groupe � la mani鋨e dont Robert Randeau ou Jean Amrouche l'ont fait avec des r徼nions r嶲uli鋨es, quelque chose de voulu, d'organis�, de conscient. De plus, avec l'殟e, chacun d'entre nous a suivi un itin廨aire particulier.
D.A. � Penses-tu que les quatre 嶰rivains du groupe de base ont tous en commun dans leur pratique de l'嶰riture de contribuer � la lib廨ation de l'homme ?
M.M. � Je crois qu'il faudrait peut-皻re poser la question � chacun des int廨ess廥.
D.A. � Je te demande ton point de vue.
M.M. � Mon point de vue est que cette volont� de lib廨ation existe chez nous quatre, avec bien s�r des temp廨aments diff廨ents, et quelles que soient les diff廨ences dans la mani鋨e et la m彋hode que nous utilisons pour la r嶧liser et en m瘱e temps la conceptualiser. A mon avis un 嶰rivain n'est pas un homme politique au premier chef ; il peut se d嶨inir comme tel bien s�r, mais la position politico-id廩logique qu'il peut avoir est, je crois, je n'ose pas dire quelque chose de subsidiaire... cela peut 皻re quelque chose de fondamental dans la vie d'un 嶰rivain, la traduction d'un projet fondamental qui est, selon moi, beaucoup plus profond.
D.A. � On a parl� jusqu'� pr廥ent de ce qu'on appelle les 厚鋨es fondateurs � de la litt廨ature alg廨ienne de langue fran蓷ise. Mais quand tu as commenc� � 嶰rire dans les ann嶪s cinquante, il n'y avait pas que des 嶰rivains de langue fran蓷ise, il y avait aussi des 嶰rivains de langue arabe. Les connaissais-tu ?
M.M. � J'avoue que non mais, pour des raisons tellement concr鋈es, tellement 憝identes qu'il n'est peut-皻re m瘱e pas la peine d'insister. J'彋ais incapable de lire un texte en arabe. Je savais qu'ils existaient. H ne faut pas trop se faire d'illusions sur leur audience dans les ann嶪s cinquante. Ces 嶰rivains n'彋aient connus que d'une frange d'Alg廨iens assez limit嶪 qui avaient pu avoir acc鋊 � une expression linguistique assez 幨abor嶪 en arabe, ce qui n'彋ait pas donn� � tout le monde. Beaucoup d'Alg廨iens connaissaient l'existence d�Abderrahmane Djilali ou de Toufik El Madani[5], mais ils ne lisaient pas pour la plupart leurs �uvres. Certaines de leurs id嶪s passaient cependant dans la population par l'interm嶮iaire des clercs et demi-clercs qui eux pouvaient les lire. Mais eux-m瘱es n'彋aient pas tr鋊 nombreux et, de toute fa蔞n, ne produisent qu'un effet secondaire.
D.A. � Toi aussi, quand tu as 嶰rit tes premiers romans en fran蓷is, il n'y avait pas beaucoup d'Alg廨iens capables de les lire. Te posais-tu parfois la question de savoir pour qui tu 嶰rivais ?
M.M. � Oui, absolument et c'彋ait vraiment un probl鋗e. Je crois que les gens qui 嶰rivent actuellement ne s'en rendent pas compte. Nous ne pouvions pas 憝iter ce probl鋗e. Il s'est pos� � moi comme il s'est pos� � mes confr鋨es, � quelques nuances pr鋊... J'嶰rivais dans une langue qui 彋ait le fran蓷is, donc je savais d'avance que le lecteur 憝entuel - serait majoritairement fran蓷is et non pas alg廨ien.
Ceci dit, � partir du moment o� j'ai 嶰rit en vue d'皻re 嶮it�. - Je n'彋ais pas s�r d'皻re 嶮it� quand j'嶰rivais le manuscrit de mon premier roman, personne n'彋ait l� pour me dire qu'il allait vraiment 皻re 嶮it�, j'aurais pu tout aussi bien 嶰rire des po鋗es pour mon plaisir personnel - je ne me suis jamais dit : j'嶰ris pour le lecteur de Saint Germain des Pr廥. Le probl鋗e ne se pose pas en ces termes. Je savais que le public naturel des romans alg廨iens, c'est-�-dire ancr廥 dans la r嶧lit� alg廨ienne aurait d� 皻re, 彋ait en principe le public alg廨ien ; mais je savais en m瘱e temps que ce public alg廨ien n'彋ait pas nombreux.
Je dois dire aussi que pour moi se posait le probl鋗e de ma formation dont je ne pouvais pas 皻re coup�. J'ai en effet re蓰 une formation classique, classique au sens le plus classique du terme, c'est-�-dire les humanit廥, la litt廨ature, le grec et le latin, ce qui n'彋ait pas pour un Alg廨ien de cette 廧oque une carri鋨e 南aturelle.� Je savais que parmi les Alg廨iens qui allaient me lire, peu nombreux seraient ceux qui sauraient ce qu'est une togela. Dans une telle situation, on a un peu les pieds en fourchette entre un public qu'on aimerait avoir, le public alg廨ien et le grand public qui pour des raisons concr鋈es ne pouvait pas 皻re le public alg廨ien.
D.A. � On assiste � une sorte de t幨escopage historique. Les romans que tu as 嶰rits dans les ann嶪s cinquante sont maintenant lus par les jeunes Alg廨iens au moins en morceaux choisis. Quel effet cela te fait-il ?
M.M. � J'en suis tout � fait heureux... Je suis tr鋊 heureux de les avoir 嶰rits � ce moment-l� et que maintenant les jeunes Alg廨iens puissent tes lire. En quelque sorte ces romans retrouvent ou trouvent maintenant leur public naturel. Je comprends cependant qu'un lecteur de 1987 attende une autre 嶰riture que celle que j'ai d� r嶧liser ou accepter en 1952. Le fait d'嶰rire un roman avant d'皻re s�r de le faire para褾re pouvait biaiser l'嶰riture.
D.A. � Ton dernier roman. La Travers嶪, tu l'as 嶰rit pour qui ?
M.M. � Ah ! Celui-l� je l'ai 嶰rit pour les Alg廨iens... mais ce n'est pas vrai, il n'est pas 嶰rit uniquement pour les Alg廨iens... La concr彋isation alg廨ienne de mes romans, c'est la caution de r嶧lit�, d'authenticit�, on ne parle bien que des choses que l'on conna褾... J'aurais pu faire un roman sur les Chinois, mais comme je ne connais pas les Chinois...
D.A. � Tu as tout de m瘱e fait une pi鋃e de th殪tre sur les Azt鋂ues[6] !
M.M. � Oui, c'est vrai, on pourra y revenir tout � l'heure... Dans La Travers嶪, � travers la situation concr鋈e d'Alg廨iens, je parle des probl鋗es humains, pas au sens p嶴oratif ringard mais au sens g幯廨al de condition humaine. Je voulais que le public se rende compte que les probl鋗es qui se posent aux Alg廨iens sont des probl鋗es qui se posent, qui peuvent se poser � n'importe quel homme au monde. Simplement ils se posent dans un cadre particulier � un moment d彋ermin�, mais ce n'est pas une esp鋃e de r廥erve indienne dont on ne sort pas... J'ai 嶰rit La Travers嶪 d'abord et principalement pour les Alg廨iens, mais aussi pour tout le monde et je crois que les Alg廨iens de La Travers嶪 doivent int廨esser quels que soient les qualit廥 ou les d嶨auts de l'嶰riture, n'importe quel lecteur, qu'il soit sud-am廨icain, sud-africain ou indien... J'ai voulu r憝幨er aux autres hommes les Alg廨iens en tant qu'hommes.
D.A. � Un reproche t'a 彋� fait � plusieurs reprises, notamment quand La Travers嶪 est sortie : l'Alg廨ie ne vit plus � l'heure des ann嶪s cinquante, elle a ses propres maisons d'嶮ition. Pourquoi Mammeri continue-t-il � publier � l'ext廨ieur ?
M.M. � Bon... je peux donner deux raisons � cela. La premi鋨e est d'ordre purement factuel. Quand on publie chez un 嶮iteur, on signe un contrat qui vous engage pour plusieurs �uvres futures. Je suis encore dans ce cas. La seconde est plus fondamentale, quel que soit le jugement qu'on puisse porter dessus. Avant la parution de La Travers嶪, je n'ai pas 嶰rit que des �uvres litt廨aires, j'ai 嶰rit d'autres ouvrages. Non seulement ces derniers n'彋aient pas diffus廥 � grande 嶰helle en Alg廨ie, mais soit on les refusait enti鋨ement, soit on en diffusait quelques exemplaires pour ne pas dire qu'on les interdisait... Alors quand j'ai vu 蓷... je me suis dit : ce n'est pas la peine. La Travers嶪 � plus forte raison ne passera pas.
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D.A. � II y a un paradoxe Mammeri. D'un c矌� tu n'as jamais 嶮it� de livre en Alg廨ie et tu te plains de l'ostracisme officiel � l'嶲ard de tes ouvrages publi廥 � l'彋ranger, de l'autre, tu as pendant de longues ann嶪s dirig� � Alger une structure de recherche, le CRAPE[7] et tu 彋ais le responsable d'une revue, Libyca, qui avait une grande audience en Alg廨ie et � l'彋ranger. Comment expliques-tu ce paradoxe ?
M.M. � Effectivement, j'ai dirig� le CRAPE pendant dix ans ainsi que Lybica qui est une revue internationale. L'impact de ce que je pouvais dire, de ce qui pouvait 皻re dit dans Libyca ou de ce qui pouvait 皻re r嶧lis� dans le cadre du CRAPE 彋ait par d嶨inition limit�. Il ne concernait qu'un public scientifique restreint. Quant � mes ouvrages, ceux qui prennent la d嶰ision d'importer les livres ont consid廨� � tort ou � raison qu'ils concernaient le grand public et leur attitude a 彋� diff廨ente. Je n'ose pas dire qu'ils 彋aient contre leur diffusion, ce qui est s�r, c'est qu'ils n'ont rien fait pour la promouvoir, qu'il s'agisse de mes �uvres litt廨aires ou de mes ouvrages anthropologiques.
D.A. � On assiste � un processus de r嶯nt廨iorisation d'une partie de la production litt廨aire publi嶪 initialement � l'彋ranger qui devient ainsi disponible en Alg廨ie pour son public naturel. Nedjma de Kateb Yacine a 彋� r澭dit嶪 par VENAL[8] sur la base du rachat des droits. Laphomic 3 a fait de m瘱e pour les romans de Rachid Mimouni. En ce qui te concerne, la situation est diff廨ente...
M.M. � Oui, je ne peux faire qu'une chose : 幦ettre le souhait que la m瘱e chose soit faite pour mes �uvres litt廨aires ou scientifiques 4.
D.A. � Tes 嶮iteurs seraient d'accord ?
M.M. � Je suis s�r qu'ils seraient d'accord � condition 憝idemment qu'on leur en fasse la demande.
D.A. � Apparemment, cette demande n'a jamais 彋� faite...
M.M. � Je ne crois pas.
D.A. � L'as-tu demand� � l'ENAL ?
M.M. � M'appartient-il de demander � l'ENAL une chose pareille ? Je crois me souvenir qu'il y a eu dans le temps des tentatives de ce genre entre mon 嶮iteur de romans et la SNED[9]... Pour des raisons qui m'嶰happent, 蓷 n'a pas march�... sauf pour une 嶮ition de poche des romans qui 彋aient au programme de l'enseignement et s'adressait au public scolaire.
D.A. � C'est un achat de livres ?
M.M. � Oui, 蓷 n'a pas 彋� r嶧lis� en Alg廨ie... ce n'est m瘱e pas une co嶮ition.
D.A. � On arrive l� au second paradoxe Mammeri : le texte du roman L'Opium et le b漮on[10] est introuvable dans les librairies alg廨iennes alors que le film qui a le m瘱e titre a un grand succ鋊 en Alg廨ie.
M.M. � Comme tu dis, c'est un de ces paradoxes contre lesquels je bute et face auxquels je suis compl鋈ement d幦uni.
D.A. � Tu ne butes pas seulement. Finalement tu fais 冠vec� au sens positif du terme. Tu as contribu� � la r嶧lisation de ce film. Comment arrives-tu � comprendre que l'argent a 彋� d嶵loqu� pour faire le film alors que la petite quantit� de dinars n嶰essaires � la r澭dition du livre ne l'a pas 彋� ?
M.M. � Moi je dirais... pour le film on savait ce qu'il devait 皻re, ce n'彋ait pas L'Opium et le b漮on tel que je l'ai 嶰rit, c'est tout � fait normal - un film ne peut pas 皻re la copie exacte d'un roman -, mais on avait l'impression � tort ou � raison qu'on contr犨ait le r廥ultat, alors que le roman c'est moi qui l'ai 嶰rit et il est ce qu'il est. Une chose a g瘽� et g瘽e toujours dans ce roman : il y a des personnages berb鋨es, il y a des dialogues berb鋨es, il y a un long 廧isode qui se passe au Maroc qui est en effet berb廨ophone. Un d彋ail amusant : on a demand� que L'Opium et le b漮on soit r澭dit� parce qu'on en avait besoin pour les 嶰oles. Tout � la fin du roman, un des personnages 嶰rit dans une lettre : 青'est en berb鋨e que je voudrais t'嶰rire.� Dans le texte de la r澭dition, cela a donn� la chose suivante, je ne sais pas si c'est voulu ou non : 青�est en berb鋨e que j'aurais voulu t'嶰rire.� Admettons que ce soit simplement une coquille... en tout cas, dans le film, ils gomment enti鋨ement tous les 幨幦ents qui peuvent 憝oquer cet aspect berb鋨e.
D.A. � Nous voil� au troisi鋗e paradoxe Mammeri tu es tax� de 剎erb廨it暺, parfois diffam� ou attaqu� violemment dans la presse. En m瘱e temps, tu es le seul 嶰rivain de ta g幯廨ation � n'avoir jamais quitt� le territoire national... Certains te qualifient quasiment d'opposant et en m瘱e temps tu as toujours 彋� un intellectuel travaillant au pays. Tu as m瘱e accept� d'avoir un r犨e institutionnel en tant que Directeur du CRAPE. Peux-tu clarifier tout cela ?
M.M. � J'ai une explication personnelle et je crois qu'elle est fond嶪. Quand on me traite de 剎erb廨iste� je suis d'accord si l'on donne � ce terme le sens de quelqu'un qui veut r嶰up廨er une r嶧lit� alg廨ienne linguistique et culturelle qui s'appelle le berb鋨e et qui veut lui donner le d憝eloppement le plus grand. Je consid鋨e que l'Alg廨ie se fait avec des Alg廨iens en chair et en os, pas avec des Alg廨iens abstraits. On peut d嶨inir l'Alg廨ie abstraitement mais, � mon avis, c'est une mauvaise m彋hode sur le plan scientifique ou politique. Il faut d嶨inir l'Alg廨ie r嶪llement et je consid鋨e que la berb廨it� est une dimension absolument fondamentale de l'Alg廨ien mais ce n'est pas un ghetto. Quand je travaille � la berb廨it�, c'est � l'alg廨ianit� que je travaille, � quelque chose de tout � fait fondamental dans l'alg廨ianit�. Je consid鋨e que ceux qui ont fait dans la presse une interpr彋ation erron嶪 de ma d幦arche sont eux, anti-alg廨iens. Ma fa蔞n de vivre ma berb廨it� est � mon avis la fa蔞n la plus profonde, la plus authentique, la plus r嶪lle de vivre mon alg廨ianit�... Jamais dans mon esprit il n'y a eu d'opposition entre les deux choses : je suis berb鋨e et alg廨ien jusqu'au bout et je consid鋨e que les deux choses vont tr鋊 bien ensemble.
D.A. � A la limite, comme tous les Alg廨iens ?
M.M. � Oui. L'Alg廨ien peut parler arabe ou fran蓷is mais la berb廨it� fait partie de son identit�, il faut qu'il la revendique exactement comme moi.
D.A. � Alors, de mani鋨e un peu provocatrice, tu n'avances pas quelque chose de tr鋊 diff廨ent de ce qu'a dit le pr廥ident Chadli en 1983.
M.M. � Bon...
D.A. � Dans le rapport pr廥ent� au comit� central du FLN, il disait : 侯e suis un Alg廨ien qui a 彋� islamis� et arabis暺...
M.M. � J'ai en effet lu cette formule qui correspond pour moi � la r嶧lit� et avec laquelle je suis enti鋨ement d'accord. J'ajouterai cependant qu'apr鋊 une telle d嶰laration du magistrat supr瘱e du pays, il faut en tirer les cons廦uences sur le plan de la pratique, sur le plan de la politique culturelle ou de la politique tout court. Il y a eu une prise de conscience suppl幦entaire, si j'ose dire, � partir d'une certaine date l... Mais je disais que cette prise de conscience est un pr幨iminaire, un tremplin : il faut aller plus loin et tirer les cons廦uences pratiques de cette prise de conscience.
D.A. � Effectivement, la question principale n'est plus un probl鋗e de discours politique. Pendant une longue p廨iode, il y a eu un discours arabiste qui gommait la sp嶰ificit� maghr嶵ine berb鋨e. Entre 1983 et 1986, ce discours a subi des modifications profondes. Comment traduire ce discours qui est maintenant presque un discours consensuel en pratiques sociales concr鋈es ? Quels sont les axes de travail prioritaires ? Comment faire pour se r嶧pproprier le patrimoine berb鋨e et en faire le patrimoine de tous les Alg廨iens ?
M.M. � Je pense qu'il y a � la base un probl鋗e de volont� politique, il faut le dire... c'est un probl鋗e de projet politique. Il y a quelque chose qui n'est pas tout � fait au point... Dans ces conditions, parler des mesures concr鋈es...
D.A. � Les axes de travail. Que faut-il faire, qu'est-ce qui est fait ? Je suis tr鋊 frapp� par la 南ationalisation� de la chanson kabyle. Quel est l'Alg廨ien qui ignore Idir, Ait Menguellet, le groupe Djurdjura !
M.M. � Bon, c'est tr鋊 bien, c'est un exemple presque privil嶲i� et qui ne r廧ond que tr鋊 partiellement � la question que tu avais pos嶪 auparavant. La chanson a 彋� promue par les Alg廨iens, elle a 幦an� de la base, elle n'est pas l'expression d'un projet politique national mais de la cr嶧tion de la soci彋� sur le tas. De la soci彋� peuvent 幦aner certaines choses mais tu sais tr鋊 bien que cela ne peut pas suffire. Il ne peut pas exister une v廨itable recherche sur la soci彋� et sur la culture berb鋨es sans moyens mat廨iels...Moi j'estime tout � fait n嶰essaire et pas seulement souhaitable qu'il y ait une expression de cette culture tout � fait alg廨ienne dans tous les domaines ; le film, l'嶮ition, les journaux...
D.A. � Je te fais part du sentiment d'insatisfaction que j'ai ressenti en lisant ta Grammaire berb鋨e. Je me suis demand� pourquoi tu ne l'avais pas propos嶪 � l'ENAL.
M.M. � Ah !
D.A. � Pour voir s'ils
acceptaient de l'嶮iter.
3.
Maison d'嶮ition priv嶪.
4. Depuis sa mort, son espoir s'est partiellement r嶧lis�.
1. A ce moment, Mouloud Mammeri m'a demand� d'arr皻er le magn彋ophone. Le lecteur averti aura compris qu'il s'agit du 厚rintemps culturel berb鋨e� de 1980, dont l'幨幦ent d嶰lenchant a 彋� l'interdiction par le wali de Tizi-Ouzou d'une conf廨ence que Mouloud Mammeri devait prononcer au centre universitaire et dont le th鋗e 彋ait : 俠a po廥ie kabyle ancienne�.
M.M. � Oui, je suis d'accord avec toi. Mais ce serait le seul int廨皻. J'ai d嶴� eu l'exp廨ience de deux propositions d'嶮ition de po鋗es oraux qui n'ont rien de subversif que j'avais faites � la SNED. En gros, on m'a dit :-ce n'est pas la peine... S'il y a ce genre de barrage, � quoi bon continuer � proposer des textes. Je reconnais qu'嶮iter en France avec les moyens du bord, de mani鋨e tr鋊 artisanale, n'est peut-皻re pas la meilleure formule. C'est en Alg廨ie que j'aurais aim� publier ce livre. Il n'est pas exclu qu'on en fasse une r澭dition. J'en serais tr鋊 heureux, cela me permettrait de corriger quelques erreurs. J'aimerais que l�ENAL l'嶮ite.
D.A. � Mais l'ENAL ne peut pas l'嶮iter si tu ne lui remets pas le manuscrit.
M.M. � C'est exact. Bon, c'est une exp廨ience que je vais faire.
D.A. � D'autres textes sont quasiment absents du march�, je pense en particulier aux Po鋗es de Si Mohand...[11]
M.M. � Oui, c'est scandaleux.
D.A. � As-tu demand� sa r澭dition en Alg廨ie ?
M.M. � Cet ouvrage n'a 彋� import� qu'au compte-goutte. Cela signifie qu'on ne tient pas � ce qu'il soit largement diffus� et a fortiori � le r澭diter. Pourtant c'est un succ鋊 de libraire.
D.A. � C'est aussi un des ouvrages les plus importants au niveau de la r嶧ppropriation du patrimoine culturel alg廨ien. A vrai dire, je ne comprends pas ton attitude. Pourquoi n'as-tu pas tout simplement demand� � l'ENAL de racheter les droits.
M.M. � C'est vrai, je ne l'ai jamais demand�.
D.A. � Pourquoi ne demandes-tu jamais rien ?
M.M. � A cause de mon exp廨ience. Maspero est venu en Alg廨ie pour n嶲ocier la vente des Po鋗es de Si Mohand. En fait, on en a fait venir seulement quelques centaines d'exemplaires, juste pour ne pas dire qu'il 彋ait interdit. Apr鋊 des exp廨iences pareilles, je n'廧rouve pas grand enthousiasme pour aller demander quelque chose � l'ENAL, Ceci dit, je trouve l'id嶪 tr鋊 bonne, et si l'ENAL veut r澭diter ce livre j'en serais tr鋊 heureux car je consid鋨e que c'est un livre fondamentalement alg廨ien et pas seulement pour les berb廨ophones qui peuvent lire la langue, mais pour tous les Alg廨iens. Si l'ENAL le veut, je me fais fort d'aller trouver Maspero, de faire tout ce qu'il faut et je suis s�r que Maspero acceptera.
D.A. � Notre discussion factuelle pose un probl鋗e plus profond que tu as d'ailleurs commenc� � aborder. Pourquoi les 嶰rivains qui ont longtemps fonctionn� dans le syst鋗e institutionnel alg廨ien semblent incapables de prendre de nouvelles initiatives dans les structures alg廨iennes ? Kateb Yacine par exemple a une attitude similaire � la tienne. Il m'a dit r嶰emment : 侶uand on me ferme la porte je ne cherche pas � rentrer par la fen皻re.� Or vous n'皻es pas des intellectuels exil廥, vous travaillez dans le syst鋗e institutionnel, vous continuez � 嶰rire en tant qu'intellectuels ind廧endants mais vous ne prenez pas d'initiatives vigoureuses pour 皻re 嶮it廥 en Alg廨ie et toucher ainsi votre public naturel. Il y a l� quelque chose qui me choque.
M.M. � J'esp鋨e que c'est une fausse question que tu me poses. Il suffit de voir comment les probl鋗es se posent pour tout ce qui est dans ma mouvance. Dans le domaine de l'嶮ition et des m嶮ias, nombreux sont les gens qui par analphab彋isme culturel estiment que la berb廨it� ne fait pas partie de la culture alg廨ienne. Cela peut aller tr鋊 loin, jusqu'� la diffamation. Au d嶵ut des ann嶪s quatre-vingt, un journal alg廨ien\ a publi� des horreurs me concernant qui n'avaient aucune esp鋃e d'int廨皻 II m'attribuait une phrase que je n'avais jamais 嶰rite. J'ai d'abord 嶰rit au journal une lettre dans laquelle je leur disais qu'ils avaient commis une erreur et les priais de bien vouloir faire para褾re dans un num廨o ult廨ieur un rectificatif. Le journal ne me r廧ond pas et ne fait pas para褾re ma mise au point... J'ai demand� � voir le ministre 2, puisque c'est de lui que le journal d廧endait... et malgr� cela le ministre n'a pas fait para褾re le rectificatif dans le journal. C�est une diffamation.
D.A. � Peux-tu 皻re plus pr嶰is ? Que disait-on exactement sur toi ?
M.M. � Le journal affirmait que pendant la guerre de lib廨ation j'avais 嶰rit un papier dans lequel j'avais trait� les maquisards de l'ALN de 剃hacals de l'Aur鋊.� C'est affolant enfin... c'est aberrant ! Il m'attribuait aussi d'autres choses de ce go�t-l�... � peu pr鋊 de ce niveau-l�. Tout l'article 彋ait comme 蓷, par insinuations... Il avait l'air de dire que pendant la guerre de lib廨ation... tout juste si je n'avais pas 彋� un traitre.
D.A. � Quel a 彋� ton itin廨aire pendant la guerre de lib廨ation ?
M.M. � J'ai fait ce que je pouvais faire en tant qu'嶰rivain alg廨ien. Je n'ai pas tenu de mitraillette parce que ce n'彋ait pas mon r犨e. J'ai fait para褾re des lettres, des articles, j'ai fait parvenir � notre d幨嶲ation � l'ONU au moment o� la question alg廨ienne venait en discussion comme on disait � l'廧oque, des rapports sur la situation en Alg廨ie. J'ai cr澭 aussi, avant mon d廧art d'Alger, fin 1957, un mouvement de lib廨aux regroupant des Alg廨iens et je ne sais pas si le terme convient, des Europ嶪ns, qui avaient un organe qui s'appelait Espoir Alg廨ie. Au d嶵ut, avant que je ne quitte l'Alg廨ie, c'est moi qui faisais l'嶮itorial, et je le signais d'un pseudonyme. Les gens de L'Echo d'Alger ont fait para褾re � ce moment-l� des articles � eux et sign廥 du m瘱e pseudonyme que le mien. Alors le journaliste qui a 嶰rit cet article me diffamant, on a d� lui dire que c'彋ait la m瘱e personne qui 嶰rivait dans Espoir Alg廨ie et dans L'Echo d'Alger... L'ennui, c'est que ce n'彋ait pas moi qui 嶰rivais... c'彋ait peut-皻re mon nom de plume mais ce n'彋ait pas moi. Le journaliste aurait pu s'excuser, dire qu'il avait 彋� un peu rapide, l嶲er... mais il n'a pas voulu le faire... C'彋ait vraiment une diffamation parce que ce journal... c'est un quotidien lu dans l'Alg廨ie tout enti鋨e.
D.A. � Merci pour ces pr嶰isions. Je pense que cela m廨itait d'皻re dit et nous introduit au quatri鋗e paradoxe Mammeri ; tu es un homme public, mais tu es un homme extr瘱ement discret, on ne te lit quasiment jamais dans la presse, tu ne
1. Le quotidien El Moudjahid. en date du 20 mars 1980.
2. M. Abdelhamid Mehri.
t'exprimes publiquement que tr鋊 rarement. Pourtant tes silences et tes paroles comptent... plus tes silences que tes paroles d'ailleurs. Si tu avais voulu foncer dans les m嶮ias alg廨iens penses-tu que tu aurais pu, comme Kateb Yacine l'a fait au cours de ces derni鋨es ann嶪s, acqu廨ir une audience m嶮iatique?
M.M. � Non, je ne l'aurais pas eue... certainement pas. Quelques exp廨iences le montrent bien. Quand La Travers嶪 a paru, la moindre des choses aurait 彋� d'en parler en bien ou en mal, qu'importe. Or je sais que des journalistes ou des critiques litt廨aires ont 嶰rit des papiers sur La Travers嶪. Ils les ont propos廥 � des journaux alg廨iens tr鋊 connus qui les ont refus廥.
D.A. � Par exemple ?
M.M. � Alg廨ie Actualit�. Je ne savais pas ce qu'il y avait dans ces papiers... mais qu'importe... ils ont 彋� refus廥 uniquement parce qu'ils parlaient d'un livre que moi j'avais 嶰rit. A plus forte raison si c'est moi qui 嶰ris quelque chose, je suis � peu pr鋊 certain que 蓷 ne passera pas sauf si j'嶰ris sur la pluie et le beau temps, sur les p滸uerettes : 蓷 c'est possible! Je peux d'ailleurs citer d'autres exemples. J'ai 嶰rit une pi鋃e de th殪tre qui s'appelle Le Banquet, dont le sujet est la perte de l'ind廧endance des Azt鋂ues... On n'en parie pas... 蓷 veut dire quelque chose.
D.A. � Sur Le Banquet il y a eu des articles de presse...
M.M. � Oui juste pour dire pourquoi Mammmeri ne parle-t-il pas plut矌 des Touaregs que des Azt鋂ues.
D.A. � Je me souviens de ce petit papier m嶰hant � ton 嶲ard, mais relativement int廨essant sur le fond. Pourquoi avoir fait une pi鋃e sur tes Azt鋂ues?... ce n'est pas de l'exotisme gratuit.
M.M. � Certainement pas.
D.A. � C'est m瘱e un peu cod�.
M.M. � Oui, c'est tr鋊 cod�... Mais revenons � ce que nous disions au d廧art sur les m嶮ias. J'ai fait une pi鋃e dont le th鋗e est les Azt鋂ues, mais je consid鋨e que le probl鋗e trait� dans Le Banquet est un probl鋗e universel. Si j'avais 彋� journaliste, j'aurais 彋� content qu'un Alg廨ien fasse une telle pi鋃e, traite un sujet qui peut concerner l'Afrique, l'Asie, l'Am廨ique des Indiens. Je dois dire que je n'ai pas 嶰rit cette pi鋃e par hasard. Je l'ai 嶰rite parce que je suis Alg廨ien dans une certaine situation et que ce probl鋗e d'individus ou de groupes qui sont agress廥 et � la limite disparaissent me concerne directement. Je consid鋨e que j'彋ais mieux plac� que quiconque en tant qu'Alg廨ien et que Berb鋨e pour en parler, mais le sujet est quand m瘱e universel.
D.A. � On arrive l� au cinqui鋗e paradoxe Mammeri. Tes d彋racteurs te reprochent en m瘱e temps une sorte de nombrilisme berb鋨e et une trop grande int嶲ration dans la culture mondiale.
M.M. � Absolument... c'est vrai... Mais je crois que l'erreur ne vient pas de mon fait, mais de celui de mes d彋racteurs. Le grand reproche qu'on me fait, c'est ma berb廨it� ou non berb廨isme. Non seulement je l'admets, mais je l'assume enti鋨ement... Mais dans te m瘱e temps je dis que cette berb廨it� est justement un moyen privil嶲i� pour acc嶮er � l'universalit�. Je ne la con蔞is pas du tout comme une esp鋃e de ghetto culturel ou linguistique. Des 嶰rivains berb鋨es ont 嶰rit en latin et sont des 嶰rivains universels... Saint Augustin, Tertullien, et le m瘱e ph幯om鋝e a continu� dans l'histoire et continue jusqu'� pr廥ent. Ma berb廨it�, c'est mon authenticit� mais que je ne d嶨inis pas du tout de mani鋨e ghetto鮢嶪, comme certains justement me le reprochent et voudraient me le faire admettre.
D.A. � Dans cette perspective, en quels termes poses-tu le rapport entre la berb廨it� et l'arabit� culturelle ?
M.M. � Je dis que non seulement il n'y a pas contradiction entre les deux mais qu'au contraire, quelqu'un qui revendique l'arabit� culturelle devrait soutenir avec enthousiasme la revendication de la berb廨it� culturelle car on ne peut pas revendiquer une identit� culturelle pour soi et la refuser au copain qui est � c矌�. Le probl鋗e na褾 en fait � partir du moment o� on d嶨init une identit� culturelle par opposition aux autres, disons, d'une mani鋨e conflictuelle. Je dis que c'est une mauvaise d嶨inition. Moi je con蔞is les cultures comme compl幦entaires et enrichissantes les unes par rapport aux autres. Je suis tout � fait d'accord pour qu'en Alg廨ie un arabophone revendique sa culture arabe et je la consid鋨e comme mienne mais je dis que lui doit consid廨er ma berb廨it� culturelle comme 彋ant la sienne.
D.A. � Ce que tu viens de dire est tr鋊 int廨essant mais pose un probl鋗e... le grand probl鋗e de ce que l'on appelle la culture nationale.
M.M. � Je pense que les Europ嶪ns et les Fran蓷is en particulier nous ont rendu un tr鋊 mauvais service sur ce terrain. Il s'est d憝elopp� en Europe, en particulier apr鋊 la R憝olution fran蓷ise, une conception jacobine et unitaire qui, � mon avis, fait des ravages. Il faut dire les choses comme elles sont. Le processus a commenc� avec Louis XIV, a continu� avec Napol廩n puis avec la R廧ublique une et indivisible, enfin avec le Reich Allemand. Les Europ嶪ns ont r廧andu dans le Tiers Monde, pas seulement � l'Alg廨ie- qu'ils l'aient voulu ou non, 蓷 c'est une autre question- cette conception de la nation et de l'unit� nationale. Si l'on prend comme r嶨廨ence notre propre civilisation islamique, nous n'avons jamais eu dans le pass� cette conception de la nation. Les empires omeyyades et abbassides 彋aient des Etats multiculturels, ce qui ne g瘽ait personne et n'emp璚hait pas les gens de se percevoir comme appartenant � un grand ensemble qui 彋ait l'Oumma islamique. Il en est de m瘱e aujourd'hui dans des pays comme l'URSS o� le sentiment d'appartenir � l'ensemble sovi彋ique n'emp璚he pas de se sentir Arm幯ien, Tadjik. Je pourrais dire la m瘱e chose de la Chine ou du Canada.
A une 廧oque historique d彋ermin嶪, une transformation s'est op廨嶪 dans la d嶨inition de la nation dont nous sommes victimes � pr廥ent, que nous le voulions ou non... Actuellement, les Alg廨iens, les Tunisiens, les Marocains et d'autres au Moyen-Orient d嶨inissent la Nation en termes jacobins, en termes d'unit� sch幦atique.
D.A. � D'unit� totale...
M.M. � Oui d'unit� totale et alors on n'est pas tr鋊 loin du totalitarisme.
D.A. � Ta critique de la notion de nation remet-elle en cause l'unit� politique de l'Alg廨ie ? Je te pose la question car elle sert parfois d'argument � tes d彋racteurs.
M.M. � L'unit� politique de l'Alg廨ie ?
D.A. � Oui l'Alg廨ie, c'est 24 millions d'habitants, un Etat... Remets-tu cela en cause?
M.M. � Absolument pas!
D.A. � Alors... une r廧ublique kabyle...
M.M. � Non, je ne la revendique pas. Je revendique l'unit� de l'Alg廨ie, mais je dis en m瘱e temps que les Kabyles, avec les autres bien s�r, forment la texture de l'unit� nationale.
D.A. � Ceci dit, tu veux une expression culturelle multiforme ?
M.M. � Absolument, je suis d'accord avec ta formulation, une expression culturelle multiforme qui � mon sens sera un plus pour la culture alg廨ienne.
D.A. � Certains universitaires et intellectuels alg廨iens form廥 dans l'Alg廨ie ind廧endante, et principalement arabophones m瘱e s'ils sont aussi berb廨ophones et francophones reprochent � la r嶧ppropriation de la langue et de la culture berb鋨es de se faire en utilisant la transcription latine et non arabe. Tu es bien entendu mis sur la sellette. Pourquoi, disent-ils, Mammeri a-t-il transcrit les Isefra de Si Mohand en caract鋨es latins alors que ce dernier le faisait en caract鋨es arabes ? Le fond du probl鋗e pos� par ces jeunes universitaires qui reconnaissent l'importance de ton travail consiste dans l'affirmation de la n嶰essit� de casser le rapport du berb鋨e � la francit�.
M.M. � Je r廧ondrai la chose suivante : Premi鋨ement, je crois que c'est un mauvais argument ; par ailleurs, s'il y a un rapport vraiment privil嶲i�, (moi je ne crois pas qu'il le soit), il tient � des questions objectives qu'il faut 彋udier. Enfin si quelqu'un veut transcrire le berb鋨e avec les caract鋨es arabes, pourquoi pas ?
D.A. � Les choses ne sont pas si simples. La revendication des arabophones ouverts sur la culture berb鋨e est de revenir au syst鋗e ancien de transcription du berb鋨e avec les caract鋨es arabes. Autrement, disent-ils, tous ceux qui font des travaux sur le terrain de la culture populaire berb鋨e divisent la soci彋�, divisent le monde culturel parce que sans arr皻 ils nous renvoient � la France.
M.M. � Alors l�, je dirais que c'est un proc鋊 d'intention. Moi, je crois que c'est un mauvais argument L'essentiel, � mon avis est de reconna褾re que cette culture berb鋨e premi鋨ement existe et deuxi鋗ement est � cent pour cent alg廨ienne. Ensuite, pour ce qui est de ses modes d'expression, c'est un probl鋗e pratique qu'on peut 彋udier et auquel on peut trouver des solutions en fonction de l'environnement. Mais il faut d'abord reconna褾re la culture berb鋨e. En effet on a toujours l'impression que ceux qui sortent cet argument le font d'abord contre la culture berb鋨e. Que l'on d嶨inisse les rapports entre les cultures arabe et berb鋨e, d'accord, mais au fond il ne s'agit pas vraiment de rapports mais d'un soubassement identique qui s'exprime de mani鋨e diverse.
Si � l'heure actuelle la plupart des textes berb鋨es sortent en transcription latine, c'est pour des raisons purement pratiques. Comment veux-tu que quelqu'un qui est incapable d'嶰rire une phrase en arabe puisse s'exprimer autrement que dans les langues qu'il conna褾. Maintenant, si les nouvelles g幯廨ations sont arabis嶪s et peuvent r嶧liser les transcriptions en arabe, pourquoi pas. D faut cependant souligner que tes gens r嶧lisent d'abord leur culture en berb鋨e. Ensuite, qu'elle soit transcrite en fran蓷is ou en arabe, c'est une affaire circonstancielle. La culture berb鋨e ne doit pas 皻re amarr嶪 � une culture arabe ou fran蓷ise, mais � la culture alg廨ienne ou, disons, maghr嶵ine.
D.A. � Donc pas de conflit avec la langue et la culture arabe ?
M.M. � Pour moi, il n'y en a pas.
D.A. � Donc, enrichissement r嶰iproque ?
M.M. � Je crois qu'il faut vraiment insister l�-dessus. Ce que je vais dire est un peu universitaire et scientifique, mais il faut le dire parce que c'est vrai. L'arabe alg廨ien est une langue qui, structurellement. est du berb鋨e habill� avec des mots arabes. C'est vraiment un habit Les gens qui parlent arabe actuellement sont des Berb鋨es qui sont historiquement arabis廥. Je pourrais citer des tas d'exemples pour fonder cette approche. C'est pour cela qu'entre l'expression maghr嶵ine arabophone et l'expression maghr嶵ine berb廨ophone, il y a des confluences extraordinaires. Dans le prochain num廨o d'AwaI, nous publions un po鋗e en arabe parl� oranais. C'est un po鋗e qui a 彋� 嶰rit par un exil� politique au XIXe si鋃le et il y a des po鋗es semblables en berb鋨e. Les confluences sont telles... on sent que c'est la m瘱e fa蔞n de pr廥enter les choses et de les dire. Donc, nous; entre arabit� et berb廨it�, ce que nous voyons surtout, c'est cet aspect d'enrichissement mutuel et pas du tout un quelconque antagonisme.
D.A. � En d嶨initive, tu ne te reconnais pas dans la division berb廨ophones-arabophones!
M.M. � Je ne crois pas qu'il y ait division. En tout cas, il y a une perspective � adopter : ce sont deux modes d'expression dont il faut voir l'enrichissement r嶰iproque et non pas les consid廨er en termes antagonistes parce que l'antagonisme n'existe pas. C'est une invention � mon avis politique et tr鋊 circonstancielle qu'il faut refuser. ド c'est mon opinion personnelle.
D.A. � Revenons si tu veux bien � la litt廨ature. Dans les ann嶪s soixante, presque tout le monde pensait que la litt廨ature alg廨ienne de langue fran蓷ise allait dispara褾re. En r嶧lit�, elle s'est d憝elopp嶪 � un rythme rapide. Lis-tu les �uvres des jeunes 嶰rivains alg廨iens ?
M.M. � J'en ai lu quelques-unes.
D.A. � Plus de 500 titres sont sortis depuis l'ind廧endance : des romans, des nouvelles, de la po廥ie, un peu de th殪tre. Pour toi, quel sens a cette importante mutation sur le plan quantitatif ?
M.M. � Le ph幯om鋝e est un peu 彋onnant � premi鋨e vue. Elle existe, c'est d嶴� un ph幯om鋝e important. D'autre part, tu avances le chiffre de 500 titres. C'est beaucoup, et il est normal que dans le tas il y ait plusieurs voix. Je nuancerais donc ma r廧onse � ta question. Il me semble qu'il s'est d嶲ag� - c'est naturel, on a vu la m瘱e chose dans d'autres pays - apr鋊 l'ind廧endance, une esp鋃e de 剃onvention litt廨aire�, je n'ose pas trop avancer dans cette direction mais je crois que c'est vrai, qui d嶨init des sujets 卻blig廥� ou du moins 厚rivil嶲i廥�. Je pense par exemple � la guerre nationale. Un certain nombre d'嶰rivains ont pu 皻re tent廥 par cette formule-l�.
D.A. � Le r嶧lisme national ?
M.M. � Oui, mais je me demande dans quelle mesure il est vraiment 咬嶧liste�. Ce genre d'oeuvres va-t-il dans le sens de ce que nous disions au d嶵ut de notre entretien, c'est-�-dire la lib廨ation ? Par le sujel, c'est 憝ident, mais personnellement j'ajouterais que la meilleure fa蔞n de travai闇er � ce projet de lib廨ation, c'est de le consid廨er non plus dans un pass� qui devient de plus en plus mythique mais de l'envisager dans la r嶧lit� actuelle. L'ouvre de lib廨ation, ce n'est pas un moment ponctuel, une chose qui s'est pass嶪 entre 1954 et 1962. C'est un processus 憝olutif ininterrompu.
D.A. � D'une mani鋨e g幯廨ale, es-tu reconnu par les jeunes 嶰rivains. T'envoient-ils leurs textes ?
M.M. � Oui, mais ce n'est pas significatif. J'en re蔞is un certain nombre...
D.A. � Connais-tu les jeunes auteurs qui ont publi�. Discutes-tu avec eux ?
M.M. � Non, absolument pas. Cela ne se passe pas comme tu dis. J'en ai connu deux ou trois.
D.A. � Je pense � Boudjedra, Mimouni...
M.M. � Non. Je connais un peu Mimouni, Boudjedra je le connais � peine.
D.A. � II n'y a pas de lien entre l'ancienne g幯廨ation d'嶰rivains et la nouvelle ? C'est assez 彋range.
M.M. � Non, � quoi bon ? moi j'avoue que cela ne me frappe pas, ne me g&ne pas. Si ces liens existaient, ne serait-ce pas la reconnaissance d'une esp鋃e de patronage ?
D.A. � Non, pas n嶰essairement, 蓷 pourrait prendre la forme d'un dialogue. Mais apparemment il n'existe pas.
M.M. � Pour un dialogue, il faut des moyens, des conditions... sauf sur un plan strictement personnel.
D.A. � II y a les rapports institutionnels par le biais notamment de l'Union des 嶰rivains dont je crois tu n'es plus adh廨ent Peut-on savoir pourquoi ?
M.M. � Oh ! je ne sais pas... J'ai 彋� pr廥ident de cette Union tout � fait au d嶵ut... Je ne peux pas r廧ondre � cette question.
D.A. � Alors, faisons le point sur tes initiatives r嶰entes en mati鋨e de recherche et de publications.
M.M. � Depuis cinq ans nous avons mont� � Paris un groupe de recherche informel sur la berb廨it� au sens large : le CERAM (Centre d'彋udes et de recherches Amazigh). Nous publions une revue, Awai, que tu as d� voir.
D.A. � Nous en faisons r嶲uli鋨ement des comptes rendus dans Actualit� de l'幦igration.
M.M. � Oui, j'ai vu. Toi tu fais des comptes rendus dans ton journal, mais j'aurais aim� que la m瘱e chose soit faite dans les autres organes de la presse alg廨ienne. De plus, en r嶧lit�, ce centre de recherche et la revue auraient d� 皻re cr澭s � Alger qui est leur lieu naturel. J'aimerais que Awai paraisse � Alger pour qu'elle soit � la disposition de tous les Alg廨iens.
D.A. � Awai n'est pas une revue de vulgarisation...
M.M. � Non c'est une revue scientifique, quelquefois tr鋊 sp嶰ialis嶪, mais peu importe, son champ d'analyse est la r嶧lit� alg廨ienne.
D.A. � As-tu propos� � l'OPU[12] de prendre en charge l'嶮ition d'Awa/ ? L'OPU a une attitude tr鋊 ouverte en mati鋨e de publication. Il vient de publier en collaboration avec la Maison des sciences de l'homme un ouvrage de photos concernant l'Aur鋊 vu par Rivi鋨e 2.
M.M. � II n'est pas exclu que l'on fasse la demande maintenant. Il est exact que je ne l'ai pas faite jusqu'� pr廥ent mais j'ai d嶴� subi une exp廨ience qui a refroidi mes ardeurs. J'ai propos� un livre dans le m瘱e domaine qui apporte une documentation in嶮ite trait嶪 de mani鋨e scientifique, mais je dois dire que je n'ai jamais pu faire passer ce manuscrit.
D.A. � A l'OPU ?
M.M. � Oui
D.A. � Le manuscrit portait sur quoi ?
M.M. � Sur la lit廨ature orale d'un po鋈e tr鋊 populaire, un peu proph鋈e, un saint de la deuxi鋗e moiti� du XIXe si鋃le. Il s'appelle Cheikh Mohand.
D.A. � Tu as d廧os� le manuscrit ?
M.M. � Non, je ne l'ai pas d廧os�. J'en ai simplement parl� et on ne m'a pas beaucoup encourag� � le faire.
D.A.�On ne t'a pas dit non?...
M.M. � Non, on a 幨ud�, c'est comme si la chose ne devait jamais se faire. Mais qu'importe... le pass� est le pass�. Moi, j'aimerais que Awai paraisse en Alg廨ie, � l'OPU ou ailleurs.
D.A. � Tu vas demander � l'OPU de le faire ?
M.M. � Je vais le demander.
D.A. � Nous allons terminer cet entretien sur un dernier paradoxe Mammeri. On te pr廥ente souvent comme un intellectuel 前xt廨ieur� � la soci彋� alg廨ienne alors que tu es l'un des seuls de ta g幯廨ation � avoir r廥id� et travaill� de mani鋨e r嶲uli鋨e en Alg廨ie. Beaucoup de choses ont chang� dans notre pays entre les ann嶪s cinquante et les ann嶪s quatre-vingt Comment te sens-tu-dans l'Alg廨ie d'aujourd'hui ?
M.M. � Je me sens enti鋨ement dedans, sans aucune r廥erve. Je n'ai jamais quitt� ce pays parce que je me consid鋨e comme 彋ant enti鋨ement partie prenante de la r嶧lit� alg廨ienne. Outre mes romans et mes travaux de recherche, je suis intervenu dans des domaines culturels assez divers : J'ai fait jouer une pi鋃e de th殪tre dans diff廨entes villes d'Alg廨ie. Dans le domaine du cin幦a, outre ma participation � l'幨aboration de L'Opium et le b漮on, j'ai fait d'autres films documentaires ou historiques dans te champ de la litt廨ature orale et de l'anthropologie. Par cons廦uent, moi, personnellement, je n'ai pas de probl鋗es. Certains disent : 侶 s'exprime en fran蓷is.� C'est vrai, je ne cache pas les choses, le fran蓷is est une langue et une culture que j'aime beaucoup et que j'ai int廨ioris廥 pour diverses raisons. Je me sens d'autant plus � l'aise pour dire 蓷 que je revendique enti鋨ement mon alg廨ianit� et que je n'ai jamais quitt� ce pays, culturellement, physiquement et m瘱e institutionnellement.
2. Aures 1 Alg廨ie 1935 -1936 : Photographie� de Th廨鋊e Rivi鋨e, wrivi de Elle a pass� tant d'heures... par Faimy Colon�. OPU. Alger, Edition de la MSH, Pari�. 1987,214 p.
DA. � Toi tu n'es peut-皻re pas frustr�, mais ton public l'est Ta production n'est pas disponible en Alg廨ie.
M.M. � L�, la situation ne d廧end plus de moi.
D.A. � A quand ton prochain livre d廧os� � l'ENAL ou � l'OPU ?
M.M. � Tr鋊 bient矌 ! J'esp鋨e que la r廧onse sera positive. Je vais commencer par Awal tiens!
Entretien r嶧lis� par Abdelkader Djeghloul, extrait de � Awal , Cahier d�Etudes berb鋨es � 1990, Sp嶰ial Hommage � Mouloud Mammeri, pages 79 � 97
Num廨o 83 Mai 2016
Mouloud Mammeri et ses 幨鋦es ! vers 1950 ?
Photo collection priv嶪 de Dda Mohamed Moumouh Chami
Photo� tr鋊 rare !

Num廨o 83 Mai 2016
Tazmilt ɣef tira :
AGGAƔEN : akka i nelmed ɣer Dda-Lmulud, afensu-nneɣ :
_ t, d : d aggaɣen deffir l, n :
tamellalt, nutenti
aldun, ildi ,ndekwal, ndef
_ b : d aggaɣ deffir m :
tambult ambaṣi
_ g :d aggaɣ deffir b, j, r, ε , z :
inebgi ajgu
argaz aεgaz
azgen zger
_ k : d aggaɣ deffir ḥ, f, c,
ε, l, r, s :
aḥkim ayefki
ayeck-it εkes
afilku arkas
skud
Ɛ. Mezdad
Num廨o 83 Mai 2016
Les_Chants_du_Hoggar_de_Mohamed_Belaid.pdf
Etudes_berberes_et_Chamitosemitiques_Prasse.pdf
LE_CONTE_KABYLE_Camille_Lacoste.pdf
ESSAI_DE_GRAMMAIRE_TOUAREG_JM_Cortade.pdf
LANGUE_BERBERE_INITIATION_A_L'ECRITURE_2起EDITION_1989.pdf
EST-ELLE_POSSIBLE_UNE_STANDARDISATION _PROPREMENT_AMAZIGHE.pdf
Motylinski_Grammaire-Dictionnaire-Touareg-1908.pdf
Amawal-Lexique-Des-Sciences-de-La-Terre-Yidir-AHMED-ZAYED.pdf
Amawal_Amatu_n_Tfizikt_Tatrart_tafransist-taqbaylit.pdf
LES_CAHIERS_DE_BELAID_OU_LA_KABYLIE_D'ANTAN.pdf
ESSAI_DE_GRAMMAIRE_TOUAREG_JM_Cortade.pdf
LANGUE_BERBERE_INITIATION_A_L'ECRITURE_2起EDITION_1989.pdf
EST-ELLE_POSSIBLE_UNE_STANDARDISATION _PROPREMENT_AMAZIGHE.pdf
Motylinski_Grammaire-Dictionnaire-Touareg-1908.pdf
Amawal-Lexique-Des-Sciences-de-La-Terre-Yidir-AHMED-ZAYED.pdf
Amawal_Amatu_n_Tfizikt_Tatrart_tafransist-taqbaylit.pdf
Aghyul_n_wuregh_1.pdf, aṭerǧem sɣur Ḥabib-Allah MANṢURI
LEQRAN.pdf , aneεruḍ uṭerǧem sɣur Remḍan At-Mansur
LE_BERBERE_LUMIERE_DE_L_OCCIDENT.pdf
Lounes_MATOUB_LE_TESTAMENT_entretien_avec_ALIOUI_Liassine.pdf
Poster_educatif_amazigh_Les_motifs_berberes.pdf
ADJRAW_N_YIWALEN_TUMZABT_T-TFRANSIST_J.DELHEURE
GLOSSAIRE_GHADAMES_II_J.LANFRY
INITIATION-AU-KABYLE-MADELEINE-ALLAIN-CEBF-1954
LEXIQUE-FRANCAIS-TOUAREG-JM.Cortade-M.Mammeri
AIT-EMBAREK-NOTES-D-ENQUETE-LINGUISTIQUE-H.GENEVOIX
BIDA-MUNICIPUM-en-MAURETANIE-CESARIENNE-J.MARTIN
PLANTES-MEDICINALES-ET-AROMATIQUES-DrFourment-DrRoques
HERBIER-DE-LA-GRANDE-KABYLIE-J.M.DALLET
LA-CIVILISATION-DES-KABYLES-L.FROBENIUS
Afeɛɛes, la question d'Henri Alleg, s teqbaylit en PDF
_ JM DALLET Dictionnaire Fran蓷is-Kabyle.pdf
_ JM DALLET Dictionnaire Kabyle-Fran蓷is.pdf
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Num廨o 83 Mai 2016
Mmuteɣ, ur mmuteɣ,
sɣur Sεid At Mεemmer
Mmuteɣ ur mmuteɣ���������������������� �������� Muqlet tideţ amek tella
Ulamek akk ara fateɣ����������������������������� Ur unageɣ ǧǧiɣ-ţ
texla
Ḥesbet aggulen seɣtaɣ������������������� Ḥsut aderɣal� yes-i iwala
Eččet imyagen akk seftaɣ�������������� �������� Eǧǧet
ad d-tfeggeḍ tala
Nudaɣ�
ufiɣ i wen-d-wwiɣ������������� �������� Nneqma ddiɣ deg-s i tmussni
D ayen yelhan kan i nwiɣ����������������������� D inigi ula d igenni
Ur cuḥḥeɣ i izaylalen lwiɣ���������������������� Ulac tizilţ ur
awen-d necni
Yak s tafat i s i kken-in-ḍwiɣ�������� �������� Yiwen
wass tideţ ad awen-d-tini
Elset nnwaḍer i wen-id-uqmeɣ��������������� 亟rr kečč ay aɣyul�
inet-as
Ḥemmlet ayen akk ḥemmleɣ�������� �������� Ḥerzet-ţ
wayeḍ anfet-as
Yyaw ɣur-i ad awen-d-mleɣ��������� Yakk i wen-d-ǧǧiɣ
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[1] Dictionnaire des symboles, p.941.
[2] http://www.u-grenoble3.fr/ouamara/fichiers/contekabyle.html
[3] Voir sur ce point Pierre Bourdieu, L�honneur kabyle, Paris, 1972.
[4] LACOSTE-DUJARDIN, Camille, Le Conte Kabyle, Etude ethnologique, Editions Bouch鋝e, Alger, 1991, p.211.
[5] Dictionnaire des symboles, Op. Cit.
[6] Emile Dermenghem, in : http--alger-roi_fr.mht : L嶲endes Kabylesb / la litterature populaire magrebine, contes, documents alg廨iens, consult� le 01 ao�t 2014.
[i] Editions Achab, 2014. Traduction du titre : La Guerre 1954-1962 dans la po廥ie f幦inine.
[ii] Mouloud Mammeri, � L�exp廨ience v嶰ue et l�expression litt廨aire en Alg廨ie �, dans D廨ives n� 49, 1985, reproduit dans Culture savante, culture v嶰ue, Ed. Tala, Alger, 1991.
[iii] Ibidem.
[iv] Les chars, l�avion, le fusil, l�h幨icopt鋨e, la mitrailleuse.
[v] Sergent, Lieutenant, capitaine.
[vi] R嶲iment, l�arm嶪, les paras
[vii] Attaque, encerclement, bombardement.